BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. 4.12 (April Ride) (2:58)
2. Fifth Dream (11:09)
3. Gothic I-V (13:31)
4. Heart Of A Dragon (7:59)
5. War Of Angels (4:55)

FORMATION :

Attila Heger (Laren D'Or)

(tous instruments)

LAREN D'OR

"War Of Angels"

Hongrie - 1997

Periferic Records - 63:59

 

 

Patronyme énigmatique, petite moustache raffinée en forme de collier et pose solennelle pour la photo ornant le livret, cet artiste hongrois se présente à nous en projetant une image des plus romantiques. Le 'synth-lover' en quelque sorte... Reste bien sûr à savoir si la musique de ce cocasse personnage est au diapason de cette sommaire présentation...

«Synth-Phonia» est le sous-titre de War Of Angels, et nous éclaire un peu mieux sur le contenu de cet album. De claviers, il est évidemment exclusivement question, mais dans un registre bien plus ambitieux que le contexte décrit plus haut ne pouvait nous le laisser supposer. Laren D'Or nous invite donc à découvrir son art en l'introduisant par une composition réellement enthousiasmante. A la manière de Motoi Sakuraba sur Beyond The Beyond, il bâtit une musique qui semble émaner d'un collectif en multipliant les arrangements et en lui associant une profondeur mélodique...

On sous-estime souvent l'importance du morceau ouvrant un album, car de celui-ci dépend très souvent l'attention qu'on porte à ce qui suit. C'est donc avec un a priori positif qu'on se lance dans l'écoute de War Of Angels pour en sortir, une heure plus tard, globalement satisfait. Il s'agit là d'une œuvre cohérente, qui parvient à maintenir l'intérêt de l'auditeur d'un bout à l'autre de son propos. Bien sûr, quelques moments moins réussis viennent ponctuer l'audition, et empêchent Laren D'Or de faire jeu égal avec le sus-cité Sakuraba. Néanmoins, rien ne peut vraiment empêcher de recommander cet album : pas de défauts rédhibitoires, mais au contraire une inspiration constante et globalement supérieure...

Les dix compositions (de 2:52 à 13:32) sont ainsi des plus accueillantes, pour qui cherche un moyen d'évasion tout à la fois symphonique et emphatique. Et pour finir sur une formule certes restrictive mais qui vous éclairera, sachez que Laren D'Or est une sorte de croisement entre un Wakeman moins pontifiant, un Jean-Michel Jarre moins simpliste, un Philip Glass moins répétitif et un Motoi Sakuraba moins... parfait.

Une belle réussite au total dans un genre capable des pires mièvreries, et souvent parasité par des divas en mal de reconnaissance. Le ramage n'a donc apparemment que de lointains rapports avec le plumage affiché... Et c'est tant mieux !

Olivier PELLETANT

Trois questions à LAREN D'OR :

Pourquoi as-tu choisi ce pseudonyme ?

Laren D'Or, poète solitaire, était le héros 'fantasy' préféré de mon adolescence. Alors je me suis promis de prendre son nom comme pseudonyme artistique si un jour j'en venais à présenter ma musique au monde...

Quel a été ton parcours ?

J'ai joué dans des groupes dramatiques, j'étais metteur en scène de plusieurs troupes amateurs. Pendant huit ans, j'ai pris des cours de piano dans une école de musique. Voyant le développement technique des instruments de musique, je fuis séduit par la possibilité de composer et jouer seul des oeuvres conçues pour un orchestre complet. Logiquement, ma musique est très influencée par l'interprétation instrumentale de grands solitaires comme Vangeiis, Mike Oldfield, Klaus Schulze ou Jean-Michel Jarre, sans oublier des groupes comme Solaris ou Tangerine Dream. Je pense néanmoins que le style classique, que j'ai étudié pendant mes années d'apprentissage du piano, a très profondément influencé l'ambiance de mes compositions, dont la majorité est présentée presque comme une oeuvre orchestrale.

Quel est l'historique du projet War Of Angels ?

Je compose des musiques pour synthétiseurs depuis dix ans, et même si j'aime beaucoup nombre d'entre elles, je suis particulièrement fier de War Of Angels. C'est une oeuvre très importante pour moi. Chaque chant est une partie de mon âme, un tableau de mon monde. Toutes les parties de cette oeuvre, tous les sons représentent un morceau important des thèmes, de leur dénouement pour atteindre le point culminant. Tout ceci est similaire, peut-être, à la peinture : ce que le peintre peut créer avec les couleurs, la touche, je le fais avec la 'couleur' du son, les effets... Pour ainsi dire, je «dépeins» la musique, pour éterniser l'ambiance, le sentiment. Quoi qu'il en soit, j'espère que le public écoutera War Of Angels avec un plaisir aussi grand que celui qui fut le mien en le composant !

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°24 - Janvier/Février 1998)