
PISTES :
1. Il Fiume (Parte Prima) (4:55)
2. Madre Mia (3:36)
3. Prima Acqua (3:14)
4. Chiesa D'Asfalto (4:03)
5. Danza Dell'Acqua (3:01)
6. Lungo Il Fiume (4:32)
7. Dove L'Acqua Si Riposa (1:22)
8. Il Vecchio (4:16)
9. La Parola (0:38)
10. Grande Acqua (3:46)
11. Il Fiume (Parte Seconda) (3:01)
FORMATION :
Aldo Tagliapietra
(basse, guitare acoustique, chant, sitar)
Michi Dei Rossi
(batterie, percussions, glockenspiel, gamelan)
Francesco Sartori
(piano, claviers)
Michele Bon
(orgue Hammond, claviers, synthétiseurs)
INVITÉS
Ensemble Gospel Veniceconduit par Andrea Dal Paos
Paolo Steffan(guitare acoustique [10])
Pepè Fiore(tabla [6])
LE ORME
"Il Fiume"
Italie - 1996
Tring - 36:33
À l'instar de leurs homologues anglais, les groupes-phares du mouvement progressif italien des années 70 semblent revenir timidement sur le devant de la scène à l'orée du XXIème siècle. Banco va donner des concerts au Japon en partageant l'affiche avec des groupes typiquement progressifs (Ars Nova et Providence), PFM fait crée l'événement en se reformant (album prévu pour avril) alors que tout espoir semblait exclu, et Le Orme renoue avec l'inspiration symphonique de sa période dorée. Espérons que ce mini-phénomène créera une saine émulation !!
La carrière exceptionnelle de Le Orme (qui va fêter cette année ses trente ans d'existence !) aurait mérité un article complet, mais l'immensité de l'œuvre est telle que, pris un peu par surprise et pressés par le temps, nous n'avons pas pu entreprendre une telle tâche. Ce n'est, évidemment, que partie remise... Mais pour tous ceux qui ne connaîtraient pas du tout ce groupe, il est utile de rappeler quelques jalons essentiels de son œuvre.
Evoluant le plus souvent sous la forme d'un trio (claviers, basse/guitare et batterie), ou plus épisodiquement d'un quatuor, Le Orme a souvent été considéré comme une sorte d'ELP italien. Cependant, même si la démesure n'a pas manqué d'émailler certains albums de sa discographie, il faut tout de même lui reconnaître une sensibilité très latine et une personnalité assez éloignée de celle du trio anglais.
Entre 1972 et 1974, Le Orme réalise ce qui reste considéré comme son œuvre la plus indispensable, la trilogie constituée par les albums Uomo Di Pezza, Felona E Sorona et Contrappunti. Avant et après, il y a du bon et du moins bon, mais ces trois-là sont des œuvres majeures qui ne souffrent que d'un seul défaut, leur durée (jamais plus de 35 minutes !). Au milieu des années 80, le groupe cessa plus ou moins ses activités, avant de reparaître à l'aube de la présente décennie, d'abord sur scène puis, aujourd'hui, avec un nouvel album surprise : Il Fiume.
Surprise en effet de découvrir au poste de claviériste (élément central de la musique de Le Orme comme vous l'imaginez) deux nouveaux venus, Francesco Sartori et Michele Bon, en lieu et place de Tony Pagliuca et Gianpiero Reverbi (ce dernier étant désormais à la tête du tristement célèbre Rondo Veneziano), tandis qu'Aldo Tagliapietra (basse, guitare, chant et sitar) et Michi Dei Rossi (batterie) sont toujours là 30 ans après, et demeurent les piliers du groupe.
Surprise encore de constater que l'album est construit comme une seule et unique pièce musicale, décomposée en onze parties (de 0:38 à 4:55), mais dont la durée totale dépasse tout juste les 36 minutes... ce qui respecte la "tradition" du groupe, mais paraît tout de même bien court à l'époque du CD. S'agit-il donc d'un mini-album pour tester l'accueil du public ?
Enfin, l'ultime surprise est le plaisir que procure l'écoute de cet album. Bien sûr, il ne s'agit pas de considérer Il Fiume comme l'égal des trois œuvres citées plus haut. Alors Le Orme renoue avec son style passé, mais en arrondissant les angles, en favorisant la mélodie et une apparente simplicité dans les compositions, plutôt que l'expérimentation ou la complexité. Certains passages n'échappent pas, d'ailleurs, à une certaine mièvrerie, notamment lorsque certaines parties chantées évoquent cette variété si typiquement italienne. Pourtant, la voix d'Aldo Tagliapietra est restée superbe (pour peu que l'on apprécie cette chaleur et cette couleur très latines), et le choix de la langue italienne s'avère pertinent (que d'albums gâchés par un accent anglais approximatif !).
La musique, quant à elle, privilégiant les séquences instrumentales (cinq "parties" le sont d'ailleurs entièrement), repose donc essentiellement sur une multitude de claviers (piano, Moog, orgue et divers synthétiseurs), évoluant en solo ou en accompagnement, relayés de temps à autre par les guitares, acoustique et électrique (cette dernière pour trois solos assez puissants), et même du sitar (sur le deuxième morceau). Au premier abord, tout cela peut paraître un peu fade et sans grande consistance, mais ce serait une erreur de se laisser berner par cette première impression. Au fil des écoutes, on découvre la richesse et la profusion des arrangements qui embellissent les mélodies, les multiples thèmes et cassures de rythme qui n'ont de cesse de tenir l'attention de l'auditeur en éveil, sous une apparence simple.
De par sa durée, l'album défile très vite, mais c'est aussi parce que tout s'écoule sans réelle baisse de régime. Certains motifs mélodiques se retrouvent, la boucle est bouclée. On se rend compte assez vite qu'une nouvelle écoute est nécessaire, histoire de retrouver ces bons vieux sons d'orgue et de Moog aux échappées virevoltantes (les deux jeunes recrues sont vraiment à la hauteur de la réputation de Le Orme - excellentes !), ces quelques envolées de chœurs discrètes, ces mélodies un peu tristes mais si évocatrices (certains thèmes semblent puiser dans les univers cinématographiques de Federico Fellini ou Sergio Leone !)...
Il Fiume n'est certes pas un chef-d'œuvre, ni même une œuvre rigoureusement indispensable, si on le compare à certains albums sortis ces dernières années par des groupes plus "jeunes", mais il devrait contenter largement au-delà des simples nostalgiques du groupe. Souhaitons en tout cas que cette renaissance soit suffisamment bien reçue pour que les musiciens aient envie de persévérer. Les géants sont-ils éternels ?!?...
Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°19 - Mars 1997)

