BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Każdy dzień to więcej ran w twej głowie (9:24)
2. Galeria iluzji (6:34)
3. Autoportret (4:51)
4. Strefa cienia (6:02)
5. Ogród przeznaczenia (6:10)
6. W krainie szmaragdowego jaszczura (13:41)
Pistes bonus :
7. Galeria iluzji (version live) (5:04)
8. W krainie szmaragdowego jaszczura (version live) (14:14)
9. Bez litości II (version live) (8:07)

FORMATION :

Damian Bydliñski

(chant)

Andrzej Jancza

(claviers, synthétiseurs)

Mariusz Szulakowski

(batterie, percussions)

Janusz Tanistra

(basse)

Mirosław Worek

(guitares)

LIZARD

"W Galerii Czasu"

Pologne - 1997

Ars Mundi - 52:31

 

 

Si l'effondrement du mur de Berlin a permis d'apporter aux malheureux citoyens de l'ex-bloc de l'Est nombre de délices de notre Occident libéral et capitaliste (en effet, n'est il pas merveilleux de savourer et de digérer pendant plusieurs heures un double-cheeseburger, arrosé d'un grand verre d'une célèbre marque de boisson gazeuse américaine, au fin fond de la Mongolie orientale ?), cet événement a eu des effets socio-économiques des plus discutables. Par contre, d'un strict point de vue musical, l'ouverture des frontières a permis à la scène progressive des Balkans d'échapper enfin à la censure d'Etat et l'accession aux circuits de distribution internationaux (cf. Solaris, Quidam et consorts).

A la lecture du patronyme de ce quintette polonais une profonde question m'effleure le cortex, la scène crimsonienne scandinave aurait elle fait des émules chez nos voisins slaves ? Que nenni, nul rapport avec le troisième (et très décrié) album du roi cramoisi... Lizard propose une progressif plutôt jovial, loin de toutes velléités expérimentales et dépressives.

Pour son premier opus, le groupe affiche une forte ambition autant créatrice que commerciale. Preuve d'une grande maturité, ces cinq musiciens arrivent à mêler de manière tout à fait heureuse et convaincante deux orientations musicales à priori antinomiques : un indéniable soucis d'accessibilité et une haute ambition artistique. Ne s'agit-il pas là de la définition d'un néo-progressif enfin adulte et intelligent ? Ce descriptif est devenu tellement péjoratif qu'il est dangereux de l'utiliser sans discernement. Parlons donc plutôt d'un progressif à l'instrumentation résolument ancrée dans son époque qui cependant respecte l'orthodoxie progressive en terme de construction mélodique et harmonique.

Pour une première œuvre, W Galerii Czasu est d'une maturité exemplaire. Les compositions, les instrumentistes, le chant en polonais très évocateur et la production sont irréprochables, ce qui permet de créer un progressif très moderne. «Equilibre» est très certainement le terme qui caractérise le mieux la musique de Lizard : équilibre entre passages énergiques et développements plus ambitieux et symphoniques, équilibre entre les instrumentistes (les claviers d'Andrzej Jancza et la guitare de Miroslaw Worek se partagent l'espace sonore de manière tout à fait équitable), équilibre entre les séquences instrumentales et le chant. Ce dernier représente d'ailleurs le côté le plus accessible de Lizard (les mélodies n'échappent pas toujours à une certaine facilité), mais sait se faire discret pour laisser la place à de longues variations instrumentales.

Les six compositions (de 4:51 à 13:41), sans être les plus révolutionnaires et novatrices qui soient, utilisent avec intelligence et brio l'héritage des trois décennies de la «culture» progressive. D'où une variété stylistique qui va du morceau court et efficace de circonstance, éventuellement diffusable sur ondes hertziennes - «Autoportret» (4:51) - à l'ambiance fortement réminiscente du Marillion 'Hogarthien') aux deux plages de clôture - «Ogrod Przeznaczenia» (6:02) - et surtout le magnifique «W Krainie Szmaragdowego Jaszczura» (13:41). Ces dernières offrent la facette la plus prometteuse et ambitieuse de la formation polonaise. La suite, structurée en sept tableaux, se clôt ainsi sur un final désormais très à la mode, le boléro. L'art de Lizard y est à son zénith, proposant une musique pleine de contrastes, savant mélange d'énergie, d'emphase et de nostalgie. Sans nul doute, la voie à suivre pour d'éventuelles œuvres futures.

Au total, nous ne sommes certes pas confrontés à la surprise qu'a pu représenter Quidam il y a un an, mais le bonheur auditif est bel et bien présent pour tous les amateurs de musique consensuelle. W Galerii Czasu demeure malgré tout une oeuvre solide et ambitieuse qui promet à son auteur un avenir radieux (et certainement une place de choix dans le prochain palmarès annuel de notre magazine préféré).

Olivier PAUTONNIER

(chronique parue dans Big Bang n°20 - Mai/Juin 1997)