BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Fractured pochette

PISTES :

1. Blood on the Tightrope (7:19)
2. Anymore (4:37)
3. Crumbling Teeth and the Owl Eyes (6:42)
4. Red Light Escape (5:43)
5. Fractured (4:36)
6. A Thousand Shards of Heaven (12:17)
7. Battlefield (9:05)
8. Moving On (5:14)

FORMATION :

Mariusz Duda

(chant, tous instruments)

INVITÉS

Marcin Odyniec
(saxophone)

Sinfonietta Consonus Orchestra, conducted by Micha? Mierzejewski
  [3,6]

LUNATIC SOUL

"Fractured"

Pologne - 2017

Kscope - 55:33

 

 

Chaque nouvel album nous le prouve un peu plus à chaque fois, et il serait temps désormais de le proclamer haut et fort : Lunatic Soul n'est pas (plus) le projet parallèle et secondaire de Mariusz Duda, le leader de Riverside, mais bel et bien un lieu où une autre facette de sa personnalité musicale s'exprime avec tempérament et créativité.

Dès l'annonce de la parution de Fractured, Duda avait indiqué que celui-ci pourrait surprendre par son côté moins sombre et ambient. Force est de constater qu'il avait raison ! Ce cinquième album démarre certes avec un bruitage didgeridoo, mais le côté electro est clairement plus mis en avant que sur les précédentes fournées. Assez bizarrement, nous voici en terrain connu, pas celui labouré habituellement par Lunatic Soul, mais plutôt celui auquel Riverside nous a parfois habitué au cours de sa carrière. Notamment sur la compilation Eye Of The Soundscape, sortie l'an dernier.

Globalement, en dehors de cette parenté affirmée avec le Riverside le plus atmosphérique, Fractured évoque les oeuvres d'artistes que l'on trouve sur le label Kscope. On pense ainsi à Steve Hogarth/Richard Barbieri, à Bruce Soord et son projet Wisdom Of Crowds (avec Jonas Renske de Katatonia).

Autre évolution notable, un plus grand penchant vers les années 80 et 90 se fait sentir, à la manière du dernier opus de Steven Wilson par exemple. La plupart des titres de Fractured sont ainsi clairement influencés par cette période et cela se ressent, tant au niveau de l'esthétique sonore choisie que dans la manière de bâtir les morceaux. Ce qui nous conduit, et le morceau titre en est le parfait exemple, à penser parfois à Depeche Mode, Massive Attack, Peter Gabriel, voire David Sylvian et ses expérimentations.  

Si le plus long titre de Fractured, "A Thousand Shards Of Heaven" (12:17), démarre de manière somme toute assez classique au regard de l'univers artistique de son auteur, il évolue progressivement au fil des minutes vers de divines séquences cotonneuses qui s'évanouissent, après un long crescendo des plus jouissifs, pour laisser la place à une délicieuse séquence fusion, d'abord menée par la guitare de Duda puis par un saxo rageur. La mélancolie reprend le dessus au final, comme le symbole d'une oeuvre jouant comme aucune autre avec nos émotions. De son côté, "Battlefield" (9:05), peut-être le meilleur titre du présent opus, décline un motif mélodique magnifique à la manière du "Quartz" ou "This Is the 21st Century" de Marillion. Frissons garantis !

Inutile d'aller plus loin dans l'évocation des qualités de Fractured, qualités qui ne font aucun doute mais qui ne manqueront pas (peut-être) de déconcerter parfois les amateurs d'un progressif plus orthodoxe. Lunatic Soul n'est donc pas un lieu récréatif pour Mariusz Duda, bien au contraire. Il y effectue toutes sortes d'expérimentations sonores, et les propose sous forme d'atmosphères et de mélodies soyeuses. Son chant, reconnaissable entre mille, se fond à merveille dans ces entrelacs meringués (sucrés, fondant et nourrissant à la fois), pour un rendu sonore parfaitement produit et dont on rechigne à s'extirper au final. Un progressif moderne et electro à la beauté apaisante.

Sébastien BLANDINEAU & Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°100 - Octobre 2017)