
PISTES :
1. Johan's Brother Told Me (7:30)
2. Cheerlesness (6:40)
3. Cry No More (5:20)
4. When Johan Died, Sirens Were Singing (9:20)
5. I Am (1:30)
6. Leave It Where It Can Stay (8:35)
7. To Be Free* (titre bonus) (3:01)
8. Don't remember (titre bonus) (3:34)
9. When you turn green (titre bonus) (2:44)
FORMATION :
Marc Ysaye
(chant, batterie)
Roland DeGreef
(basse)
Jack Roskam
(guitare)
Albert Letecheur
(claviers)
----------------------------------------------

PISTES :
1. Wisdom (6:00)
2. Sparkling Jaw (7:00)
3. Moments (3:17)
4. In The Reign Of Queen Pollution (6:56)
5. The Jester (5:20)
6. Mister Street Fair (7:55)
7. Rock, Sea, And Tree (9:52)
8. The Birds Are Gone (piste bonus) (1:49)
9. I'm Nowhere (piste bonus) (2:22)
FORMATION :
Marc Ysaye
(chant, batterie, percussions)
Roland DeGreef
(basse, guitares, percussions)
Mario Guccio
(chant, flûte, saxophone, clarinette)
Albert Letecheur
(claviers, piano, Mellotron, synthétiseurs)
Jean-Paul Devaux
(guitares, chant)
----------------------------------------------

PISTES :
1. Beyond The Silence (6:10)
2. Summon Up Your Street (5:03)
3. Rope Dancer (3:40)
4. Rebirth (7:10)
5. After The Crop (7:55)
6. Mary (4:10)
7. The Fith Season (7:25)
8. Wind Of Life (titre bonus) (6:12)
9. I'm Not A Loser (titre bonus) (5:42)
FORMATION :
Marc Ysaye
(chant, batterie)
Roland DeGreef
(basse)
Mario Guccio
(chant)
Albert Letecheur
(claviers)
Jean-Paul Devaux
(guitares)
MACHIAVEL
"Machiavel"
Belgique - 1976 - Spalax Music - 48:35
"Jester"
1977 - Spalax Music - 50:23
"Mechanical Moonbeams"
1978 - Spalax Music - 53:39
Lorsque l'on parle de rock progressif belge des années 70, un nom vient immédiatement à l'esprit : Machiavel. Ce groupe, l'un des rares à obtenir un succès commercial, publia dans la seconde moitié de cette décennie trois albums qui symbolisent pour beaucoup la scène progressive belge.
Remixés et réédités en 1993 par EMI en Belgique, ils sont arrivés récemment en France par le biais du label Spalax. Nous vous proposons donc une rétrospective de la carrière progressive de Machiavel.
La formation du groupe
C'est à 1972 que remontent les origines de Machiavel. Celui-ci était alors mené par le guitariste-chanteur Roland DeGreef, et changea souvent de patronyme, avant de se décider pour Moby Dick.
En 1973, le jeune Marc Ysaye intègre la formation comme batteur-chanteur. "Je n'avais jamais fait partie d'autres groupes auparavant. Je jouais depuis l'âge de 15 ans, sous l'influence notamment des Who, mais aussi de Led Zeppelin, Deep Purple, Pink Floyd, Supertramp, Genesis ou Yes...".
Le groupe végète quelques temps, avant que DeGreef et Ysaye décident de créer une nouvelle formation, en 1974. Le guitariste Jack Roskam et le rlaviériste Albert Letecheur sont recrutés, tandis que DeGreef passe à la basse et que Marc Ysaye devient le chanteur principal, tout en assurant la batterie : Machiavel est né !
Débuts discographiques : "Machiavel"
Les musiciens commencent à composer et, très vite, Albert Letecheur s'avère être le compositeur le plus prolifique. "Albert était vraiment le leader du groupe à cette époque, c'est lui qui composait la plupart des morceaux", se souvient Marc Ysaye. Moi, je composais aussi, mais c'étaient surtout des mélodies, que lui orchestrait ensuite".
C'est en novembre 1975 qu'est enregistré le premier album, alors qu'aucun contrat n'est encore signé. Finalement, le prestigieux label progressif d'EMI, Harvest, se montre intéressé, et Machiavel sort début 1976.
Il est important de comprendre, avant de se lancer dans l'analyse précise de celui-ci, que l'évolution musicale de Machiavel au cours de sa carrière, fut conditionnée par deux désirs antagonistes : le premier, généralement le pacte fondateur de toute formation, est celui, idéaliste, d'apporter sa contribution à l'histoire du style musical que l'on a choisi de représenter; le second, qui finit généralement par étouffer le premier, est celui d'une stabilité et d'un confort dans l'exercice de son métier.
Ce désir de professionnalisme va ou non à rencontre de l'intégrité musicale selon que le genre que l'on pratique obtient ou non un succès commercial. En ce qui concerne le rock progressif, la période 1975-78 fut celle durant laquelle celui-ci passa du statut de genre accepté et reconnu à celui de ghetto. Ce déclin constituera la trame de l'évolution musicale de Machiavel.
Ainsi, lorsque le groupe conçut son premier album, il put le faire en l'absence de pressions commerciales. Et c'est flagrant à l'écoute de celui-ci : si le degré de professionnalisme n'est pas des plus élevés, en revanche le caractère progressif est plus présent qu'il ne le sera jamais par la suite.
Soyons un peu plus clairs : les six compositions (la plupart durent entre 7 et 10 minutes) de Machiavel sont typiques d'un premier album en ce sens qu'elles célèbrent un rock progressif respirant la fraîcheur et la fougue juvénile.
Bien évidemment, Machiavel ne s'illustre pas ici par la perfection de son interprétation. Ce reproche concerne particulièrement Marc Ysaye, dont la voix monocorde et éraillée et la diction anglaise des plus approximatives (il faut dire à sa décharge que les textes - très pompeux - comprennent eux-mêmes quelques fautes de grammaire savoureuses...), rendent peu attrayants les passages chantés, aux mélodies pourtant fort agréables.
C'est donc dans les séquences instrumentales, heureusement majoritaires, que s'exprime l'individualité de Machiavel. Celle-ci prend racine dans le contraste original entre un guitariste profondément ancré dans la tradition hendrixienne, aux solos démultipliés et à la réverbération brumeuse, et un claviériste aux inclinaisons symphoniques, enrobant systématiquement les compositions de nappes de string-ensemble.
L'habillage en question est d'ailleurs pour beaucoup dans la couleur progressive de l'album, celui-ci étant composé de chansons sur lesquelles le groupe a plaqué parfois maladroitement des arrangements progressifs (cf. les deux premiers morceaux). Mais cette imperfection renforce le charme d'une musique que l'on sent profondément sincère.
On sent cependant, sur "Leave It Where It Can Stay" (8:35), et surtout l'excellent "When Johan Died, Sirens Were Singing" (9:20), les prémisses de la maturité. Sur ce dernier en particulier, la performance des musiciens est très convaincante; ceux-ci donnent l'impression d'être habités par leur musique, et nous entraînent irrésistiblement, au travers de thèmes parfaitement enchaînés, dans un "trip" musical multicolore et prenant. Ce morceau est sans doute, d'un point de vue progressif, ce que Machiavel a produit de meilleur. Et même si l'album dans son ensemble est plus inégal, le souci mélodique y est plus présent qu'il ne le sera dans les albums ultérieurs.
Le point culminant : "Jester"
Bien accueilli, sans plus, Machiavel est suivi d'une première tournée en Belgique, à la fin de laquelle Jack Roskam décide de quitter la formation, et Marc Ysaye de cesser d'assurer le chant et la batterie pour se consacrer uniquement à cette dernière. "Déjà, c'était très difficile pour moi de faire les deux. Mais aussi, visuellement parlant, ce genre de choses n'a aucun sens. Un groupe, je crois, a besoin d'un showman, quelqu'un qui occupe le devant de la scène. Quand on est perdu derrière des cymbales, une forêt de micros, et qu'on chante en même temps qu'on joue de la batterie, ça n'est pas vraiment efficace".
Après avoir évalué ses compétences respectives de chanteur et batteur, Ysaye parvient à la sage décision de recruter un nouveau vocaliste. Début 1977, après de longues recherches, Mario Guccio est recruté. Non content de posséder un organe (vocal, bien sûr !) aux possibilités étonnantes, celui-ci est également saxophoniste et flûtiste. Le problème du guitariste est également résolu puisque Guccio amène dans ses bagages Jean-Paul Devaux, qui complète un quintette à la durée de vie exceptionnelle : près de quatre ans !
La nouvelle formation entre rapidement en studio, en juillet 1977, pour enregistrer de nouveaux morceaux écrits avant l'arrivée des nouvelles recrues.
Jester est sans doute, rétrospectivement, le meilleur album de Machiavel. Il correspond à l'instant de l'histoire du groupe où compétence et ambition sont présentes à égalité. Maturité, inspiration et originalité se rejoignent dans sept compositions (de 3:17 à 9:22) formant un ensemble bien plus homogène que l'était Machiavel.
Cependant, en même temps qu'il a gommé les imperfections de sa jeunesse, Machiavel semble délaisser en partie le côté aventureux de sa musique, pour produire un rock progressif parfaitement produit, mais finalement assez consensuel. Les germes du déclin artistique futur du groupe sont déjà là, mais ne viennent pas encore desservir la musique. Au contraire, même : ils en mettent en exergue les qualités mélodiques et les fioritures instrumentales.
C'est un fait : Machiavel joue bien mieux. Albert Letecheur se démultiplie en fondant dans un mélange luxuriant et très personnel les sonorités feutrée du piano électrique et spatiale du moog à celles, chaleureuses, de ses nappes symphoniques. Quant à Mario Guccio, sa voix au registre étonnant (notamment dans les aigus, où il évoque Robert Plant de Led Zeppelin par ses intonations "efféminées") met parfaitement en valeur les contrastes musicaux de ses collègues par une théâtralisation très convaincante.
Machiavel est donc parvenu à mieux ordonner et agencer ses idées. Et, même si sa musique n'atteint jamais des sommets de complexité, elle n'en demeure pas moins dense et captivante. Jester ne lasse pas malgré les écoutes, et mérite à ce titre de figurer parmi les meilleures réalisations progressives de son époque.
La consécration commerciale : "Mechanical Moonbeams"
L'accueil de Jester par les critiques est des plus encourageants. Par ailleurs, les prestations scéniques de Machiavel, très théâtrales et travaillées, attirent un public de plus en plus nombreux.
Le groupe semble parti pour connaître un grand succès, et il se met donc au travail sur ce qui sera pour beaucoup son "grand classique" : Mechanical Moonbeams. Il est enregistré au printemps 1978, et contient des compositions collectives.
Généralement considéré comme l'album le plus abouti de Machiavel, Mechanical Moonbeams n'est malheureusement pas réussi sur tous les plans. Si la production atteint un niveau de professionnalisme inégalé, et si un succès public considérable au niveau national a accueilli ce troisième album, on ne peut pas dire, loin de là (est-ce vraiment étonnant ?), qu'il s'agisse du meilleur, en tout cas d'un point de vue progressif.
"Beyond The Silence" (6:10) ne trompe pas : un pas supplémentaire a été fait en direction du rock commercial. Les guitares, au second plan sur Jester, sont ici en première ligne. Les mélodies sont accrocheuses à défaut d'être belles. Le deuxième morceau, "Summon Up Your Strength" (5:03), nous montre pour sa part un Mario Guccio au chant plus agressif, privilégiant la puissance à l'émotion, et qui devient franchement envahissant.
Ces défauts n'épargnent hélas pas les morceaux plus progressifs. Qu'il s'agisse de "Rebirth" (7:10) "After The Crop" (7:55) - dont la première partie, à la progression magistrale, est réellement fabuleuse -, ou le plus secondaire "The Fifth Season" (7:25), l'auditeur reste sur sa faim lorsqu'au détour d'un changement de thème, ressurgissent des rythmes balourds ou la voix forcée de Guccio. C'est pourtant le même chanteur qui nous enchante avec le cristallin "Rope Dancer" (3:40), dont on regrette seulement qu'il n'ait pas donné lieu à des développements plus ambitieux.
Finissons par le titre le plus anecdotique et pourtant un petit bijou de second degré (volontaire ?). Il s'agit de "Mary" (4:10), petite chanson acoustique dans laquelle Marc Ysaye nous raconte à la première personne (avec sa grosse voix) le premier jour d'école d'une naïve petite fille de trois ans, qui tourne rapidement au cauchemar. "Maman, maman, ramène-moi à la maison !", s'écrie-t-elle finalement. Vraiment bizarre (et un peu malsaine...), cette chanson !
Finalement, Mechanical Moonbeams nous laisse sur un constat mitigé. L'inspiration mélodique n'est pas vraiment au rendez-vous, et certaines tendances commerciales ont fait leur apparition. La musique proposée demeure originale, mais la personnalité que nous présente Machiavel est bien moins séduisante que celle qu'il affichait sur Jester. L'évolution ultérieure du groupe ne fera que confirmer ces craintes.
La rançon du succès
A la sortie de Mechanical Moonbeams, les critiques sont très enthousiastes, malgré la "punk-mania" ambiante. L'album est certifié "or", bientôt suivi par ses deux prédécesseurs. "Rope Dancer", sorti en 45 tours, devient même un tube. Ça y est : la gloire est arrivée ! Le groupe part en tournée, et celle-ci se termine triomphalement par un concert au Cirque Royal à Bruxelles. Là, il bat un record qui tient toujours : celui du plus grand nombre de rappels dans une salle bruxelloise ! Pour la première fois dans l'histoire du rock belge, un groupe doit doubler ou tripler certains concerts !
Ce succès n'est évidemment pas sans conséquence sur la carrière du groupe. Des remises en question ont lieu. Machiavel a conquis la Belgique; il veut maintenant conquérir le monde. Le fait que tous ses albums soient maintenant disques d'or, voire de platine, ne peut que les inciter à tenter leur chance. Jusqu'alors, le groupe est victime d'un insuccès total en dehors de la Belgique.
"Nous nous sommes alors dit, de
manière erronée,
parce que
nous étions
jeunes je pense, qu'en changeant et en radicalisant le son et l'image
de Machiavel,
nous aurions plus de chances de nous imposer a
l'étranger. C'était évidemment une
erreur...".
La spirale commerciale est désormais en route. Elle conduira finalement à l'abandon du rock progressif. Un quatrième album, Urban Games (1979) sort, avant qu'au printemps 1980, Jean-Paul Devaux, bientôt suivi par Albert Letecheur, en désaccord avec cette évolution, ne quittent le navire. La page est alors définitivement tournée... ou presque !
Les rééditions
Malgré la renommée de Machiavel en Belgique, EMI a mis un certain temps à rééditer ses albums. En 1991, une compilation est sortie, mais c'est en 1993 que le catalogue complet sera digitalisé.
Selon Marc Ysaye, le déclic a été la découverte de pressages pirates de Mechanical Moonbeams fabriqués en Suisse et se vendant à prix d'or. Les ex-membres du groupe convaincquent alors EMI. "Nous trouvions qu'il était ridicule que des gens soient prêts à payer 2500 francs belges pour un pirate. Autant les faire sortir de manière officielle !". En mars 1993, Ysaye s'occupe donc du transfert digital dans un studio de Bruxelles. "Ça m'a pris un temps fou, mais ce n'était pas vraiment un problème...".
Grosse déception tout de même pour les amateurs de Machiavel : l'apparence formelle laisse à désirer - pas de biographie, pas de textes... On connaissait certes l'incompétence d'EMI dans son travail de réédition (remember Pink Floyd ou les Beatles), mais il y a de quoi être choqué lorsque l'on apprend que le groupe avait préparé de quoi faire des livrets complets (dont une biographie) ! "Ils ont décidé de limiter le budget et donc de ne pas faire de livrets intérieurs plus complets".
Heureusement, les CD ont été agrémentés de titres bonus. Seuls ceux de Mechanical Moonbeams (deux, de 6 minutes chacun) sont réellement intéressants, ceux des deux autres, datant de 1973-74 étant de courtes chansons rock sans aucun caractère progressif.
Aymeric LEROY
(chronique parue dans Big Bang n°10 - Mars/Avril 1995)

