
PISTES :
1. La Ballatta Dell'Uomo Nudo
2. Deserti
3. Glorioso Destino
4. Pioggia Di Fiori
5. Diamanti
6. L'Allegra Brigata
7. Principe Delle Marce
8. Alchimia Di Un Leggenda
FORMATION :
Daniele Agostinelli
(claviers, chant)
Luca Clari
(guitares acoustique, classique et électrique [1])
Alessandro Di Benedetti
(piano, synthétiseurs, chant)
Federico Tatti
(guitare électrique, saxophone)
Daniele Vitalone
(basse, guitare électrique)
AVEC
Stefano Crudele
(batterie)
Simone Durante
(orgue Hammond)
Eleonora Ricci
(chant)
MAD CRAYON
"Diamanti"
Italie - 1999
Mellow Records - 49:53
Les scènes progressives les plus florissantes de cette fin de siècle (États-Unis, Scandinavie, Italie...) n'en finissent pas de nous livrer des perles rares à une cadence exaltante - paradoxe ?... Le Dieu des musiques progressives est clément en ces temps troublés; ne nous plaignons pas de cette bénédiction ! Celle qui suit vient de Rome (forcément) et s'appelle Mad Crayon, dont c'est le retour dans nos colonnes après... quatre ans d'absence.
Convenons ensemble que le temps ne nous a pas paru trop long. Leur premier album proposait un frétillant néo-prog gorgé de soleil, de couleurs chaudes et de nuit douces mais qui ne créait pas de dépendance dangereuse. Ce qui risque de changer à l'écoute d'une telle réussite. Si vous voulez être touché par la grâce folle de ces diables de Romains, par ici la visite ! Suivez-nous dans ce pays enivrant, recouvert de blé brûlant, de jupes qui volent et de balcons romantiques. Diamanti contient tout ça et beaucoup plus...
Ceux qui connaissent déjà Mad Crayon ne seront pas surpris à l'écoute du premier morceau, «La Ballata...», admirablement écrit, joué et produit pour vous accrocher rapidement les sens : probablement une séquelle de leur anciennes affinités avec le néo-progressif italien, mais c'est déjà ce que l'on peut attendre de mieux de ce style de musique. Cet audacieux dosage maintes fois décrit dans nos colonnes, cette chaleur baroque en osmose avec le romantisme entêtant des anglo-saxons. Comme sur l'ensemble du disque, le groupe fait preuve sur «La Ballatta...» d'un professionnalisme étourdissant et met en son sa musique avec beaucoup de clarté malgré la profusion d'instruments. Toujours plus pressée par les doigts alertes, les notes accourent frénétiquement au tumulte de ces noces pétillantes.
Mais cette piste nerveuse est en fait une invitation à une musique plus ample et racée, à l'image du deuxième morceau, ce «Deserti» de nature généreuse. Ça commence par un chant poignant comme l'appel d'un oiseau triste. Puis chacun se met à bousculer son instrument pour gémir une musique dense, au mouvement rapide, gonflée d'harmoniques très douces mais étonnement vivantes. Puis la musique meurt dans un souffle langoureux comme un murmure de fontaine.
Le reste navigue entre motifs savants, lâchées de sons éclatants, farandoles de joie furieuse, envolées entre chien et loup, entre ciel et lac. Rien à jeter dans ce concentré de lyrisme aux démarrages inattendus (plus maintenant, non ?). Avec «L'Allegra Brigata» en point d'orgue : un modèle de construction ou l'apparente évidence cache une complexité résumant toutes les aspirations musicales du groupe. Rempli de faux départs malins, de vrai plaisir, de bonnes idées mélodiques s'enroulant finement autour d'un thème central récurrent. Une leçon non académique de douze minutes pour nous expliquer comment on voit le progressif aujourd'hui depuis le Colisée. Je vous assure que c'est très convaincant !
Avec ce second album, Mad Crayon vogue confortablement en pilotage automatique vers l'horizon du succès, haut dans un clair obscur moelleux. Sans turbulence mais avec une ferveur qui secoue sévèrement et qui fait du bien... Ses morceaux ont une valeur pleine, ils paraissent s'attarder dans votre esprit, s'y accumuler pour en délivrer une ivresse ouatée.
Au petit jeu/piège des comparaisons et références, une fois n'est pas coutume, pas de citation d'ancien combattant au tableau d'honneur du prog, tant l'influence des ainés est bien assimilée. Aucune réminiscence intempestive ou trop appuyée ne vient troubler la surface de votre plaisir. Mais les dernières productions de Finisterre et Leviathan peuvent vous mettre sur la voie. Plus classique que mon premier, plus alambiqué que mon second, mon tout fait bien partie des nouveautés à se mettre entre les oreilles ce mois-ci, et en urgence pour ceux qui ont l'intention de se pendre, histoire de changer d'avis.
Pas révolutionnaire, mais d'une fraîcheur bienfaitrice pour passer l'été le plus caniculaire...
Alain SUCCA
(chronique parue dans Big Bang n°31 - Juillet 1999)

