
PISTES :
1. Leanhaun-Shee (7:49)
2. Anna-Magdalena (3:53)
3. Shadow (4:46)
4. Waltz (4:41)
5. Omen (10:12)
6. Lagrima (8:49)
7. Left Alone (2:44)
FORMATION :
Taku Fujii
(guitare)
Nobuo Itõ
(batterie)
Youzou Kashima
(claviers)
Chokura Nishiguchi
(basse)
Megumi Tokuhisa
(chant)
INVITÉS
Kazue Akao
(chant [3])
Kazuhiro Miyatake
(flûte [5])
Hiroko Nagai
(chant [3,5])
MAGDALENA
"Magdalena"
Japon - 1987
Muséa - 42:59
Par le hasard (?!) du choix des rééditions, Magdalena et son unique œuvre éponyme se retrouve chroniqué en même temps qu'un article est consacré à Pageant. Pourquoi est-ce notable ? Tout simplement parce que les deux formations japonaises ont musicalement beaucoup de points communs, et aussi parce qu'Hiroko Nagai, la chanteuse de Pageant, vient ici prêter "voix" forte sur deux titres.
Avec Magdalena, on se situe encore en plein âge d'or du rock symphonique japonais, même si sa carrière éphémère ne permit pas au groupe d'atteindre une notoriété égale à celle de ses aînés (de quelques années !). A l'origine, il y a une chanteuse, Megumi Tokuhisa (qui s'illustrera à partir de 1988 au sein de Teru's Symphonia) et un guitariste, Taku Fujii, bientôt rejoints par trois autres musiciens : Yuzo Kashima aux claviers, Chokura Nishiguchi à la basse et Shinishito Inoue (qui sera remplacé in-extremis sur l'album par Nobuo Ito) à la batterie. Vous en saurez plus sur l'histoire complète du groupe en lisant attentivement la biographie du livret (en anglais - c'est un moindre mal !), mais il faut bien garder à l'esprit que Magdalena a évolué à la même époque que les Mugen et autres Outer Limits, dans cette période faste où tout ce qui venait du Japon (ou presque) est touché par la grâce...
Très vite repéré par l'incontournable 'Numero' Ueno, le groupe enregistre un premier album en 1987... qui demeurera hélas sans suite (ou presque, comme nous le verrons plus loin). Dès l'introduction flamboyante du premier morceau "Leanhann-Shee", on pressent un album grandiose. Rassurez-vous, nous n'allons pas vous faire une nouvelle fois le coup du chef-d'œuvre incontournable ! Nous nous devons de dire que Magdalena se situe un ton nettement au-dessous des grandes figures que sont Pageant et compagnie (qui, elles, le sont, incontournables !). Cette remarque étant faite, vous serez peut-être plus tentés d'arriver au bout de cette chronique...
En fait, l'album souffre d'une inégalité évidente entre ses compositions. Difficile, en effet, de ranger dans la même catégorie un morceau comme "Omen" (10:12), sommet de l'album, et "Anna-Magdalena" (3:53), courte pièce dominée par le chant très aigu de Megumi Tokuhisa. Ce point particulier s'avère également source de critiques. Il est clair qu'il faut une accoutumance certaine à sa voix pour la supporter... Megumi évolue dans un registre qui est, pour beaucoup, la source du désintérêt des albums en provenance du Japon. Lorsqu'elle reste calme et posée, il n'y pas de problème, mais lorsqu'elle décide de s'envoler, certains passages n'y résistent pas !
Les cinq autres titres de l'album (de 2:44 à 8:49) alternent avec plus ou moins de réussite les qualités et les défauts des deux morceaux déjà cités. "Leanhaun-Shee" et "Legrina", les deux plus longues plages (avec "Omen") sont superbes, enveloppées de claviers grandioses à souhait, de solos de guitare très lyriques et foisonnants de thèmes et changements d'atmosphères. Magdalena possédait deux solistes de très grand talent, sachant trouver une harmonie l'un par rapport à l'autre sans virer à l'excès. Beaucoup de variété dans les sonorités (guitare électrique ou plus 'heavy', guitare acoustique, piano, orgue et synthés très orchestraux), une grande sensibilité et des influences qu'on sent tant parmi les compositeurs classiques que les maîtres italiens des années 70.
A côté de cela, Magdalena peut aussi sonner plus 'rock' (de la même façon que Pageant l'a fait, et d'ailleurs Hiroko Nagai chante sur ce titre, "Shadow", ainsi que la chanteuse de Terra Rosa, autre invitée, Kazue Akao), ou presque mièvre (le lent "Waltz").
Mais, avec ce fameux titre, "Omen", véritable perle qui se hisse (presque) au niveau des meilleures compositions de tout le progressif japonais, il y avait matière à beaucoup d'espoirs pour la suite de la carrière de Magdalena. Cette composition épique, qui voit encore une fois l'apport du chant exceptionnel d'Hiroko Nagai, regorge d'envolées sublimes, d'accalmies étourdissantes de beauté. C'est du rock symphonique dans sa plus belle forme. Ne serait-ce que pour ce morceau, vous devez jeter une oreille sur cet album. Après, vous déciderez ou non de l'inclure en entier à votre collection !
Je terminerai, comme je l'avais promis, par quelques mots sur la suite qui a été donnée à cet album. En effet, après la dispersion des musiciens en 1988 vers d'autres projets, le guitariste Taku Fujii tentera de recréer une nouvelle mouture de Magdalena en 1989. Une cassette démo concrétisera ce projet (elle s'intitule Reconstruction) et, aussi incroyable que cela puisse paraître, le résultat s'avère... grandiose ! La nouvelle chanteuse (Mitsuko Kitada) fait oublier sans peine la pourtant délicieuse Megumi, et la musique retrouve, sans le quitter une seule seconde (j'exagère à peine), le niveau de "Omen". Autant dire qu'une réédition CD de cette K7 serait plus que bienvenue (d'autant que sa qualité sonore le permet sans problèmes !), avis aux labels en manque d'idées...
Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°19 - Mars/Avril 1997)

