BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

CD 1 :
1. Gluttony (12:04)
2. Envy (9:42)
3. Lust (12:22)
4. Greed (13:49)
5. Anger (5:11)
6. Pride (12:09)
7. Sloth (10:06)

FORMATION :

Christina

(chant)

Rob Reed

(claviers, basse, guitares, chant)

Tim Robinson

(batterie)

Chris Fry

(guitares)

Martin Rosser

(guitare)

Martin Shellard

(guitare - piste 7)

Christian Phillips

(cha cha cha)

The Vienna Symphony Orchestra

(cordes)

MAGENTA

"Seven"

Royaume-Uni - 2004

F2 Records - 76:33

 

 

Créateur d'une petite onde passionnée lors de la sortie de son premier (et double) album, Revolutions, Magenta nous revient avec un opus toujours aussi copieux même si cette fois un seul CD a suffi à caser les 7 (longues) compositions. Ce groupe anglais, mis sur pied par Robert Reed (déjà leader de Cyan durant les années 90) avec le concours d'une chanteuse (la belle Christina), d'un batteur (Tim Robinson, également membre de The Fyreworks) et de quelques invités (essentiellement des guitaristes) a clairement opté pour une relecture du progressif symphonique tel qu'il se pratiquait dans les années 70, en y ajoutant une bonne dose de néo-progressif des années 80-90. Autant dire que ce groupe ne prétend pas innover, et on arrêtera là toute tentative de chercher à savoir si cette musique est «progressive» ou «régressive». La vérité est sans doute ailleurs, et le plaisir sans nul doute au bout de nos doigts (pour peu qu'on y tienne ce Seven !). Robert Reed a voulu rendre hommage aux merveilleux groupes qui ont bercé son enfance et qui lui ont donné l'envie de pratiquer la musique. Quel mal y a-t-il à cela ? Il suffit de savoir à quoi s'en tenir, ce qui me semble désormais le cas si vous avez lu jusqu'ici.

Il faut dire que notre homme est un très talentueux compositeur et musicien (clavier, basse, guitare et même chant, domaine où il est toutefois nettement moins convaincant), et ce second album de Magenta est probablement ce qu'il a fait de mieux jusqu'à ce jour. Revolutions, tout en étant un très bon album, était peut-être un peu trop ambitieux (mégalo diront les mauvaises langues) et ne tenait pas toujours toutes ses promesses sur la longueur. Revenu à un format plus réduit (tout est relatif bien sur, mais les compositions tournent plutôt autour des dix minutes que des vingt comme précédemment, plus une plus courte à cinq minutes), les idées de Rob Reed sont moins diffuses et les thèmes mieux développés. De même, si les clins d'œil aux maîtres des années 70 (essentiellement Yes, Genesis et Camel) ne sont pas totalement absents, ils sont plus anecdotiques et mieux intégrés tout au long de l'album. Le plaisir ressenti en est décuplé, et les nombreuses parties instrumentales qui se succèdent (avec force solos de Moog en particulier), toutes plus festives les unes que les autres, n'en sont que plus passionnantes. Reed est un mélodiste de très grande classe, et il n'a pas son pareil pour nous décocher (ou le faire exécuter par d'autres) un bon petit solo lyrique de derrière les fagots. Mention spéciale au très beau «Anger», très camélien dans l'âme, avec un jeu tout en retenue qu'Andy Latimer ne renierait sans doute pas.

Si la musique a la part belle dans cet opus, il faut aussi parler du chant. Car Christina, délicieux mélange d'Annie Haslam, de Maggie Reilly et d'un soupçon de Suzanne Vega est encore plus convaincante sur Seven que sur Revolutions. L'osmose entre elle et son mentor paraît plus aboutie et ses lignes vocales ne prêtent jamais le flanc à la critique (ce qui n'était pas forcément le cas il y a trois ans). On n'en dira pas autant des performances de Reed au chant, mais fort heureusement elles sont assez limitées pour ne rien gâcher.

Le tableau semble idyllique, et dans le cadre fixé (Magenta n'invente rien), il l'est effectivement. Quelques bémols ? C'est bien parce que vous insistez : la production est perfectible, le mixage met un poil trop en avant la batterie (avec un son de caisse claire un peu sec), et l'univers iconographique du groupe n'est pas à la hauteur (mais c'était pire sur Revolutions à mon avis !). A part ça, on tient là un excellent album de progressif symphonique qui ne s'ignore pas (excusez-moi d'insister), source de plaisirs durables. Il y a là de quoi contenter nombre d'amateurs parmi nous, et Magenta confirme de ce fait qu'il est une valeur sûre du monde progressif. Belle réussite !

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°53 - Mai 2004)