
PISTES :
CD 1 - Home :
1. This Life (2:30)
2. Hurt (5:35)
3. Moving On (6:02)
4. My Home Town (Far Away) (3:56)
5. Brave New Land (1:02)
6. The Journey (6:21)
7. Towers Of Hope (2:10)
8. Demons (5:16)
9. Morning Sunlight (2:43)
10. Joe (11:14)
11. A Dream (1:11)
12. The Visionary (6:00)
13. Journey’s End (7:41)
14. The Travellers Lament (1:15)
15. Home (4:13)
CD 2 - New York Dream Suite :
1. Arrival (10:58)
2. Home From Home (8:09)
3. White Lies (8:43)
4. Truth (10:53)
5. This Life - Reprise (1:21)
FORMATION :
Rob Reed
(claviers, basse, guitares, chœurs, flûte à bec, tambourin, piano, mandoline)
Christina
(chant)
Chris Fry
(guitare)
Martin Rosser
(guitare)
Dan Fry
(basse)
Allan Mason-Jones
(batterie)
INVITÉS
Tim Robinson
(batterie)
Martin Shellard
(guitare)
Lee Goodall
(saxophone ténor)
Hywel Maggs
(guitare)
Christian Philips
(guitare, chœurs)
Troy Donockley
(Uilleann pipes, whistles)
Mal Pope
(chœurs)
Lorrain King
(chœurs)
MAGENTA
"Home"
Royaume-Uni - 2006
F2 Music - 67:53/40:04
Ceci pourrait être la chronique du nouvel album de Magenta, le groupe anglais phare du prolifique claviériste-guitariste Rob Reed (Cyan...). Elle pourrait commencer ainsi... L'idée du concept-album, ou album à thème unique, n'a jamais cessé d'alimenter le rock prog. Tout juste a-t-elle été quelque peu battue en brèche pendant les années 90. Aujourd'hui la formule est plus vigoureuse que jamais. Elle ne fait ni peur ni honte. Elle fleurit de partout avec vivacité, en nous racontant des histoires davantage ancrées dans le réel, des méthodes de réflexion loin de l'héroïsme mystico-politico-fantaisiste d'antan, des tranches de vie dévoilées comme moyen d'appréhender l'univers et d'y trouver sa place. Et Magenta n'est pas en reste. Après les sept péchés capitaux mis au goût du jour sur l'album Seven (2004), il récidive avec Home, un mélange d'histoire d'amour contrarié (il n'y a pas d'amour sans maladie d'amour), de voyage initiatique (l'ailleurs comme thérapie) et de mal du pays (on n'est jamais si bien que chez soi). Par conséquent, l'héroïne de Home est sujette à toutes sortes d'émotions et d'humeurs.
Libre à vous d'approfondir la question, j'ai préféré me concentrer sur la musique, une sorte de néo-prog ambitieux qui revendique de manière assez personnelle l'influence de Yes, rendue plus que séduisante par le chant impeccable de Christina (écoutez en priorité «The Visionary» - six minutes -, un sommet sur ce plan là). Ce qui le rend relativement proche d'un groupe comme Glass Hammer, mais avec une composante mélodique plus évidente et directe. Yes donc, principalement, mais Robert Reed s'abreuve à d'autres sources, il le dit lui même haut et fort : Mike Oldfield pour un «My Home Town» (4 minutes au compteur) sur fond de percussions marquées en forme d'hommage à sa mandoline (sans oublier le xylophone de «Joe»), Steve Hackett (l'intro de «Demons» et le beau solo de guitare) ou Tony Banks (le break au piano sur «Joe», long morceau foisonnant aux choeurs yessiens de plus de onze minutes, ainsi que «The Journey» et son clavier évocateur de celui de «Supper's Ready»), Iona (Troy Donockley est d'ailleurs venu donner un coup de main sur le poignant «Journey's End» (7:41), aux soli de guitare très inspires, et sur le bref instrumental «The Traveller's Lament»), Pink Floyd (certains chorus de guitare, comme sur «Hurt») et même Elton John avec le louable «Hurt» (5:35). Admettons.
Certaines courtes ballades plus intimistes lorgnent d'ailleurs davantage du côté de la pop, tel «This Life» ou le délicat «Towers of Hope», à la mélodie fort séduisante, «The Dream», très inspiré de Massive Attack, ou l'acoustique «Morning Sunlight», sans pour autant que l'on puisse parler d'opportunisme, de par la diversité de l'album, la mise en place d'une atmosphère toute personnelle et la voix toujours touchante de Christina. «Moving On» est un modèle dans le genre, avec une mélodie irrésistible et un côté plus accessible, mais également un solo de sax et un autre de guitare, aussi court qu'incisif. Il en est de même du titre éponyme, aux atours orchestraux, une chanson assez classique dans sa structure, mais qui possède un potentiel certain grâce à son thème vocal. Par chance, le tout reste homogène, bien que très typé, essentiellement du fait de la voix charismatique de Christina. La tendresse de certains passages, faits de pures harmonies, peut caresser l'âme avec un luxe d'émotion qui y pénètre comme un rayon de lune pour donner une dimension autre à la vie. Bien vu.
Home, œuvre de près de deux heures d'enregistrement, a été par la force des choses partagée en deux disques distincts. Le deuxième album, inclus dans l'édition limitée seulement, s'intitule New York Suite. Il est essentiellement constitué de quatre longs morceaux (autour de dix minutes chacun), plus une courte reprise de «This Life», qui initialement devaient s'intégrer au centre de l'histoire. Il forme un tout cohérent sur le plan narratif (la parenthèse new-yorkaise du voyage) et musical (un caractère yessien plus prononcé, voix à l'appui, avec des influences genesiennes, surtout pour les claviers, comme pour «Arrival»). «Truth» (10:53) en est le point d'orgue, où on reconnaît sans peine les clins d'œil à l'architecture du «Machine Messiah» de Drama, mais en bien plus positif et enjoué.
Comme le Janus de la mythologie, le groupe Magenta a donc deux faces, l'une néo prog, plus dense, parfois «mainstream», l'autre plus ambitieuse, plus aérée. La première est disséminée dans le premier disque. Reed prétend que, débarrassée de sa New York Suite, d'esprit plus prog, Home devient ainsi plus accessible, plus direct, plus fort peut être. Mais un titre comme «Joe» peut heureusement le contredire. Le deuxième visage de Magenta est concentré sur l'album complémentaire New York Suite, que certains ne manqueront pas d'écouter en priorité. Mais le mieux est encore d'enchaîner les deux albums après avoir éventuellement réintégré les morceaux de la New York Suite à leur place initiale (autour du morceau «Demons» d'après les indications de R. Reed lui même). On obtient ainsi une œuvre importante, suffisamment diversifiée pour que l'ennui ne se fasse jamais sentir à son écoute.
Avec l'ensemble Home + New York Suite, disques plus aboutis et mémorables que Seven et Revolutions, qui n'étaient pas en mesure de nous satisfaire complètement, Robert Reed trouve enfin pour Magenta une force qui n'avait pas encore existée dans son groupe. L'album de la consécration, pas moins.
Alain SUCCA
(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)

