BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

Circus Of Life: (45:44)
1. Pt. I - Welcome (3:24)
2. Pt. II - Freakshow (6:14)
3. Pt. III - What If... (8:09)
4. Pt. IV - Trick Of The Mind (21:50)
Act I - Song Of Decision
Act II - Song Of Anger
Act III - Song Of Sharing
Act IV - Face To Face
5. Pt. V - The Clown (6:07)
6. Pointless Masquerade (8:57)
7. Watching The Waters (9:31)

FORMATION :

Kim Stenberg

(guitares, chant)

Lars Petter Holstad

(basse)

Allan Olsen

(chant)

Eirik Hanssen

(chant)

Jan Torkild Jahannessen

(batterie)

Gilbert Marshall

(claviers, chant)

MAGIC PIE

"Circus Of Life"

Norvège - 2007

Progress Records - 64:10

 

 

Grosse révélation il y a deux ans à peine, ce groupe norvégien franchit l’obstacle du deuxième album haut la main et nous offre un nouvel opus copieux et au moins aussi jouissif que son prédécesseur. Voilà une entrée en matière qui a le mérite de ne laisser planer aucun doute, n’est-ce pas ?

Mais le groupe non plus ne doute de rien : les musiciens sont fiers de jouer une musique dans un style qu’eux-mêmes affectionnent depuis toujours (ça nous change !), et ils proposent rien moins qu’une suite de 45 minutes (divisée en cinq parties) pour entamer l’album, complétée par deux autres morceaux de neuf minutes chacun. Dès les premières secondes d’introduction de ce monumental effort, le bien nommé «Welcome», on sent qu’on est parti pour un voyage au long cours en terres progressives symphoniques, un voyage qui sera riche en émotions. Le «Cirque de la Vie», pour les six membres qui composent Magic Pie, est peut-être sombre côté texte, mais il est vite lumineux côté musique. Tout ce qui nous avait enchanté sur Motions Of Desire se retrouve ici : les dialogues éloquents entre la guitare de Kim Stenberg et les claviers de Gilbert Marshall; le mélange des voix superbes des trois préposés au poste de chanteur (Allan Olsen, Eirik Hanssen et encore Gilbert Marshall); les influences bien digérées tant des années 70 (Pink Floyd, Gentle Giant, Genesis) que plus récentes (Spock’s Beard, The Flower Kings), avec un soupçon de folklore scandinave et une puissance tirée du hard-rock; enfin une faconde mélodique jamais prise en défaut.

Cette suite brasse ainsi les genres, à grands renforts de breaks et d’enchaînements de thèmes le plus souvent fort bien menés, où guitares et claviers s’en donnent à cœur joie lors de longues parties instrumentales (la seconde partie, «Freakshow», l’est entièrement) soit en solistes purs, soit en savoureux dialoguistes. On passe d’ambiances calmes (propices au chant) à des joutes plus musclées en passant par des effluves bluesy et des ritournelles folk. En dépit de sa longueur, cette pièce épique ne paraît jamais trop longue ni creuse, tant l’intérêt est sans cesse relancé (bon, allez, il y a bien un petit côté trop linéaire dans la troisième partie «What If...» mais c’est bien parce que vous me forcez à chercher la petite bête). Le mérite en revient aussi à l’excellence des parties chantées et aux voix bien distinctes des divers chanteurs : entre une voix chaude et un peu éraillée lorsqu’elle s’élève, une autre plus douce qui rappelle un peu Eric Woolfson (Alan Parsons Project) ou David Paich (Toto) et une dernière plus typiquement rock. Le groupe donne ainsi une couleur parfois très "américaine" à ses parties chantées, avec également des canons à la Spock’s Beard ou Gentle Giant, tandis que des chœurs plus floydiens et gospel viennent agrémenter de fort belle manière l’ultime partie du morceau, «The Clown». Voilà assurément un morceau-fleuve qui fera date et qui n’a pas fini de tourner sur nos platines avant d’avoir révélé tous ses secrets.

Mais les deux morceaux qui achèvent le disque (et l’auditeur) ne sont pas des bonus de seconde zone. «Pointless Masquerade» ajoute à des chœurs typiquement 'Spock’s Beardiens' le côté hispanisant d’une guitare acoustique bien typique aussi du groupe américain avant qu’un thème de claviers ne nous fasse retraverser l’Atlantique pour se retrouver en territoire cher aux Flower Kings. Mais même si ces influences sont assez évidentes, le groupe sait apporter sa touche et la longue partie instrumentale très intense qui va conclure le morceau ne doit rien à personne si ce n’est à leurs propres talents. Enfin «Watching The Waters» avec ses bruitages introductifs aux réminiscences de la bande à Roger Waters (!) fait la part belle à de bonnes parties chantées et des thèmes très rock où orgue et guitare électrique dominent. Tout juste peut-on regretter que le morceau ne se conclue pas de manière plus grandiose (schéma peut-être trop convenu ?), à la place de cette sorte de bœuf façon rock sudiste !

Magic Pie confirme donc bien son statut de révélation et Circus Of Life tient largement toutes les promesses de Motions Of Desire. Voilà qui fait plaisir à écrire - au moins autant que le plaisir d‘écouter leurs albums. Un nouveau grand groupe est bel et bien parmi nous !

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°66 - Été 2007)