BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Arrival pochette

PISTES :

1. Gray (22:38)
2. Wish (9:12)
3. Glide (9:36)
4. Arrival (36:04)
- a. Echo of Spheres
- b. Manifest
- c. Dawn

FORMATION :

Jessica Rasche

(chant)

Jeff Hamel

(guitares, claviers, chant)

EXTRAITS AUDIO :

MAJESTIC

"Arrival"

États-Unis - 2009

Autoprod. - 77:40

 

 

Majestic est un projet porté à bouts de bras par un seul homme, le multi instrumentiste étatsunien Jeff Hamel. Déjà auteur d'un premier disque autoproduit, Descension, en 2008, il se fend d'un deuxième effort studio qui ne manque pas d'ambition : largement rempli, son album comprend seulement quatre titres, de neuf (pour deux morceaux), vingt-deux et trente-six minutes ! Une telle générosité permet de pardonner à l'artiste un livret totalement inexistant (seule une feuille recto verso en fait office, comprenant seulement les remerciements et aucune indication sur les crédits exacts).

Seule la chanteuse Jessica Rasche est là pour l'épauler, et sa prestation vocale est d'ailleurs une des forces du disque, son organe solide et plein de force la rapprochant de Lisa Bouchelle, un temps chanteuse de Mastermind. Tout juste remarquera-t-on occasionnellement une certaine disparité entre musique et voix (au début de «Glide», par exemple). Toutes les pistes instrumentales sont donc réalisées par Jeff Hamel, et si les claviers ou guitares sont tout à fait réussis, il n'en est pas exactement de même pour la rythmique. Ses programmations sonnent en effet, dans les meilleurs moments, comme celles des deux premiers albums de Magellan, mais dans les pires comme cette batterie métronomique vite lassante privilégiée par Tadashi Goto sur son récent opus (voir Big Bang n°73).

L'homme assure en outre quelques parties vocales, avec une voix agréable et apaisante, qui sait dissimuler derrière quelques effets ses limites techniques. En tant que compositeur, Jeff Hamel explore divers styles, souvent avec brio. La première partie de «Gray» se rapproche ainsi d'un Lucassen, avec un souffle irrésistible, un refrain attrayant à souhait, et un final plus lyrique. Majestic est là à son meilleur. Avec «Wish», d'abord acoustique, mais dont le final se révèle plus explosif, on est proche de l'univers de Pink Floyd, une influence que l'on retrouve avec l'introduction presque trop référentielle de la suite éponyme, qui relève également du néo prog et de Rush, voire de ELP par le biais d'une incontestable emphase. Au contraire, «Glide» s'ouvre sur des horizons métalliques, à la Dream Theater, témoignant de la diversité des influences de Jeff Hamel.

C'est pour ses sonorités de claviers qu'il est véritablement le plus convaincant, ainsi qu'en témoigne à elle seule la seconde moitié de «Glide», portée par un remarquable dynamisme. Préférant les sonorités plus modernes aux rendus «vintage» (sur le dernier tiers de «Arrival», on remarque une parenté avec les sons privilégiés par Rick Wakeman fin 80 début 90), il semble avoir un certain goût pour les ambiances spatiales, flirtant à l'occasion avec les paysages d'un Tangerine Dream. Néanmoins, ces morceaux souffrent d'un autre défaut que la batterie, à savoir des soli donnant parfois une impression répétée d'être trop brouillons, au point de ne pas réussir à repérer la ligne directrice au milieu des notes. Quelle différence avec celui placé aux trois quarts de la suite éponyme, tellement plus attachant ! Il n'en demeure pas moins que Majestic réussit plutôt habilement à creuser sa niche au sein d'un univers prog en extension exponentielle...

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°75 - Avril 2010)