
PISTES :
1. L'arbre Cimetière
Partie 1 (2:29)
2. Tristes Cités (4:02)
3. A La Recherche Du Passé (3:14)
4. Bal Des Pendus (5:18)
5. La Convocation (2:39)
6. L'ouverture Du Procès (6:42)
7. Le Pouvoir Des Mots (7:42)
8. Les Nouveaux Mondes (7:44)
9. Simples Physiciens (8:29)
10. Ainsi Soit-elle (5:26)
11. La Sentence (4:50)
12. L'arbre Cimetière Partie 2 (6:32)
FORMATION :
Christophe Bellieres
(chant, guitares, claviers)
Jean-Christophe Rouanet
(guitares, chant)
Silvain Goillot
(batterie)
Stéphane Descamp
(basse, chant)
EXTRAITS AUDIO :
MALDOROR
"L'Arbre Cimetière"
France - 2005
Autoprod. - 65:04
Si l'on tient vraiment à comparer, disons que Maldoror, nouveau groupe d'Albi, est un peu ce que Ange aurait fait aujourd'hui s'il était resté bloqué sur Au-Delà Du Délire. Une sorte de Mona Lisa moderne, comprenez prog théâtral français, chanson de geste héroïque, poésie pseudo-médiévale, la vengeance du retour du fils de Malicorne aux biceps musclés par le son et les préoccupations actuelles.
Evidemment, dit comme ça sur le papier, ça fait sourire. Ou peur... Bon, ça n'a l'air de rien, ou plutôt si, d'une musique archaïque. Quel est l'intérêt, en dehors d'un élan de nostalgie boursouflée, de ressusciter une série de clichés angéliques datant des années 70 ? Car entendre les mêmes choses trente ans après ne te fait pas forcement brûler d'amour pour une musique que tu as adoré à l'époque.
Alors pourquoi consacrer toute cette place à Maldoror ? Pour se laisser le temps de dresser un échafaud ? Que nenni. Amis, la singularité de Maldoror se mesure plutôt à l'aune de son «assurance et constant bon goût». Comme s'il avait retenu de Ange et de Mona Lisa que le meilleur, chaque nerf en éveil, l'âme tel un orgue qui résonne. S'il fallait citer une référence plus actuelle, ce serait Némo pour la rage écologiste, la vérité arrachée. Du côté variétoche française, on pense au Balavoine des débuts (époque «Lady Marlène»), pour la captation d'une tendresse fugace mais explicite au niveau d'un chant humaniste militant, avec dérive socio-politique palpable (le doux murmure du «Pouvoir des Mots», un des meilleurs moments du disque)... Mais laissons tomber, ce sont des clichés. Balayés par le prog rock péchu de «Ainsi Soit-Elle» ou celui, sinueux, de «La Sentence», au crescendo irrésistible.
Bien sûr, Maldoror est redevable de l'âge d'or du prog francophone. Et ce n'est pas ce «Bal des Pendus» (textes de Rimbaud), un blues-prog intense, une valse qui fait tourner la tête, une fête foraine pour les âmes sensibles, faisant appel aux souvenirs de l'anthologique «Captain' Cœur de Miel» (Ange, 1978), qui me contredira. Sans parler des «Nouveaux Mondes», au lent solo de Moog, inspiré de ceux de Machiavel, plus tendre qu'un rayon de soleil en décembre.
Une énergie nouvelle coule dans les veines de ce disque, un jeu aux tonalités rudes et voluptueuses qui s'infiltrent partout, des mélodies venant du fond de la terre, se dirigeant vers l'éternité au son d'harmonies suaves. Grâce à ce cran de qualité au dessus de l'ordinaire, ce pot pourri passionné devient intéressant Assez intéressant pour ne pas s'éterniser dans la catégorie «à la manière de», car même si cette catégorie est une bonne école, on en connaît qu'elle a englouti pour toujours. Malgré quelques défauts excusables pour un premier album (naïveté de certains textes, final redondant et encore trop flou pour ne pas être inoffensif), globalement, j'aime ce disque parce qu'il est :
1) offensif et glorieusement résolu...
2) sincèrement amoureux du rock progressif traditionnel tout en évitant l'ennui et le risible...
3) très honorablement imaginé, composé, interprété et produit pour un premier album...
Ne rayez rien, aucune mention n'est inutile.
Voilà, c'est la fin de cette chronique. Je ne pense pas que ce soit une conclusion qui dénote un haut degré d'analyse, mais c'est tout de même la conclusion !
Alain SUCCA
(chronique parue dans Big Bang n°57 - Avril 2005)


