
PISTES :
1. Livin' Alone (10:40)
2. I Know Your Soul (7:25)
3. Libero (7:28)
4. Nel Labirinto (1:30)
5. Le Porte Del Silenzio (27:08)
FORMATION :
Angelo Messina
(basse)
Giussepe Scaravilli
(guitare, flûte, chant)
Benny Torrisi
(claviers)
Alessio Scaravilli
(batterie)
Giancardo Cutuli
(flûte, saxophone)
Jerry Litrico
(guitare)
MALIBRAN
"Le Porte Del Silenzio"
Italie - 1993
Pegaso Records - 53:55
Remarqué en 1990 avec son premier album The Wood Of Tales, Malibran semblait avoir depuis lors disparu de la circulation. Impression pas totalement dissipée par la sortie de ce second opus, puisqu'il s'avère avoir été enregistré en décembre 1991 ! Le mystère subsiste donc sur la destinée de cette formation originaire de Catane (Sicile). Mystère d'autant plus frustrant que Malibran s'impose avec Le Porte Del Silenzio comme un groupe essentiel de la scène italienne actuelle. Les progrès effectués depuis The Wood Of Tales sont, en effet, étonnants.
Cette "forêt des contes" révélait un groupe encore immature, hésitant quelque peu entre des styles et influences pas toujours bien digérées : solos de flûte dans le style du "My God" de Jehtro Tull, inutiles démonstrations de virtuosité d'un guitariste visiblement d'obédience hard-rock (ce qui nous rappelle que, bien plus que le prog, le hard est un genre qui se prête à l'esbroufe stérile), et chant parfois maladroit dans un anglais pas très bien maîtrisé... Autant de défauts qui nuisaient à la qualité d'ensemble d'un album par ailleurs souvent excellent et plein de promesses.
Une autocritique a manifestement été opérée, et l'on constate avec plaisir que la plupart de ces défauts ont été corrigés sur ce second album. D'emblée, Malibran sonne plus "ensemble". La section rythmique d'Angelo Messina (basse) et Alessio Scaravilli (batterie) a su gagner en subtilité en ne perdant rien de sa vigoureuse puissance. Le chant, bien qu'encore imparfait, est plus assuré. Quant aux solistes, ils s'expriment avec plus d'à-propos sans pour autant paraître muselés.
"Livin' Alone" (10:40) est la parfaite illustration de cette harmonie. Chaque intervention en soliste est un vrai régal. Giancarlo Cutuli a ajouté à sa flûte (toujours très en avant) un saxophone ténor qui rappelle les heures de gloire de Mel Collins au sein de King Crimson. Benny Torrisi, pour sa part, s'est émancipé de son rôle coutumier de simple accompagnateur et nous offre un époustouflant solo de Moog.
"Le Porte Del Silenzio" (27:08) est, malgré sa longueur rarement égalée, un morceau sans temps mort. Ses dix parties s'enchaînent naturellement, sans que l'on puisse discerner de réelles transitions. Construite autour d'un thème chanté (en italien, cette fois) que l'on retrouve par trois fois ("Prigioniero", "Giorno Spento" et "Conclusione"), cette suite est un véritable festival de séquences vocales ou instrumentales, mettant dans ce dernier cas tantôt la guitare ("Prologo", la fin d'"Intermezzo"), tantôt la flûte (le reste du temps) en vedette. Difficile d'émettre de critique tant les instrumentistes rivalisent d'inspiration et de virtuosité. Benny Torrisi, plus en retrait que sur le reste de l'album, offre néanmoins sur "Mentre Vivo" un très bel interlude pianistique, sur lequel la flûte, décidément hégémonique, vient cependant vite se greffer. Seul regret véritable : la fin du morceau, pas très réussie (soudaine et rapide baisse de volume...).
Entre ces deux pièces maîtresses, respectivement premier et dernier morceaux de l'album, on trouve - mettons de côté le bref "Nel Labirinto" (1:30), composé et interprété par le seul Angelo Messina - deux titres certes un peu moins flamboyants, mais toujours aussi luxueusement interprétés. "I Know Your Soul" (7:25), une chanson relativement commune, est ainsi à citer pour sa partie centrale qui, comme pour "Livin' Alone", est prétexte à de très beaux solos de guitare et de moog. "Libero" (7:28), enfin, se distingue par sa variété rythmique et, encore une fois (ce sera la dernière, rassurez-vous), l'excellence du travail de Giancarlo Cutuli.
Cette réussite artistique - ne serait-ce que dans les deux morceaux mis en exergue plus haut (qui représentent tout de même plus des 2/3 de l'album) -, est de nature à placer Malibran dans le peloton de tête de la scène italienne actuelle qui pourrait bien, avec des formations aussi enthousiasmantes et inspirées que celle-ci (par exemple, Garden Wall ou Nuova Era), retrouver son prestige quelque peu amoindri depuis l'époque bénie des années 70...
Aymeric LEROY
(chronique parue dans Big Bang n°3 - Janvier 1994)

