
PISTES :
1. Rites (5:43)
2. The Magnificient Lier (4:40)
3. A New World Shiny (7:51)
4. Almost Like Machines (4:24)
5. Sun On The Awning (4:50)
6. Inflated (2:28)
7. Das Boot (10:06)
8. Another Messiah (7:01)
FORMATION :
Marco D'Iseppi
(claviers)
Fernando Mastromatteo
(basse)
Gianluca Pistolato
(batterie, percussions)
Glauco Giacchello
(guitares, chant)
MARATHON
"Sublime Dreams"
Italie - 1994
WMMS - 46:56
L'homme dont je vais vous parler avait depuis longtemps décidé de mettre fin à ses jours. Exactement depuis l'époque où les lames de fond punk et disco avaient submergé puis détruit les digues progressives jusqu'alors si solides... Il ne lui avait manqué que le courage et... l'occasion pour passer à l'acte. Aussi, quand, en cette après-midi automnale, lors d'une promenade solitaire et champêtre, il s'égara pour aboutir au bord d'un profond précipice, il comprit promptement que son heure était venue...
Il se laissa donc sans réfléchir attirer par le vide. La chute débuta... Au moment où la conscience allait s'effacer de son esprit, l'homme sentit son corps ralentir, puis s'immobiliser... à une vingtaine de mètres du sol. Bafouant, bien malgré lui, une des lois fondamentales de la physique, notre personnage se trouvait, tel un improbable astronaute, en état d'apesanteur, sans toutefois la possibilité de se déplacer, pas plus verticalement qu'horizontalement. A part ses membres, une totale inertie lui était imposée... Avant même que l'homme puisse s'interroger sur le caractère surréaliste de la situation, une voix, au timbre inexpressif, annexa son cerveau. Semblant n'émaner de nulle part, les mots de l'invisible visiteur engagèrent fort poliment la conversation.
- Très cher ami, qu'alliez vous faire ! Les causes de vos velléités autodestructrices sont erronées. Ne savez-vous donc pas que le rock progressif existe encore actuellement ? Il a, il est vrai, connu quelques années difficiles, mais a enfanté depuis lors une seconde génération de groupes qui font le bonheur d'un public certes restreint, mais passionné.
- Non, je n'étais pas au courant. Est-ce vous qui avez stoppé ma chute ?
- Oui
- Qui êtes-vous donc ?
- Cela n'a pas beaucoup d'importance, continua la voix d'un ton détaché et convivial. La seule chose qui doit vous importer est la possibilité que je vous offre de renoncer à votre dessein suicidaire. Laissez-moi vous faire écouter un disque récent; ensuite, vous déciderez en votre âme et conscience de votre sort.
- D'accord !
- Je choisis au hasard... Le voilà ! Le groupe s'appelle Marathon... et vient de publier son deuxième album, intitulé Sublime Dreams. Le premier était quant à lui paru sous le nom de Impossible Is Possible, en 1993. Je dois avouer que je n'en ai écouté pour l'instant aucun. Nous allons donc découvrir cette formation ensemble. Allez, c'est parti !
Les compositions défilèrent sans qu'aucun des deux auditeurs n'ouvre la bouche... Enfin, n'émette la moindre parole... Quand la musique cessa complètement, un silence pesant s'installa, et ne fut rompu qu'au bout d'une trentaine de secondes par notre astronaute en herbe.
- Hmm... Bon... Je vais vous faire part de ma décision. J'ai...
- Non ! Attendez ! Laissez-moi au préalable vous lire ce que le fanzine Big Bang a écrit concernant cet album. Un avis avec du recul ne peut que vous éclairer davantage.
- Allez-y, si vous y tenez tant. Je pense néanmoins que ce sera inutile...
- Voilà : "Les 'rêves sublimes' que, pour notre part, nous aimerions faire, seraient que Marathon cesse de proposer sa musique racoleuse et fadasse. Musique dont le manque d'inspiration est la principale caractéristique. Chaque composition répond invariablement aux indigentes étapes d'une même et seule recette. Celle-ci consiste principalement à privilégier un unique composant du quintette italien : Glauco Giacchello. Ce musicien (chanteur et guitariste), compositeur de la totalité des titres de Sublime Dreams, a vraiment tout contre lui. Non seulement il s'exprime au sein d'harmonies vocales des plus ternes, mais il extrait de ses guitares des sonorités saturées et dénuées de personnalité. Comment peut-on alors définir la musique de Marathon ? Je serais tenté de la qualifier de "hard-prog-FM". Les huit morceaux (de 2:28 à 10:06) sont structurés de manière tout à la fois bancale et banale, et véhiculent des mélodies grossières desquelles il sera vain de vouloir extirper une quelconque once d'émotion...". Euh... Je vais stopper là ma lecture...
- Effectivement, il est temps pour vous de cesser vos efforts. Je vous en prie, permettez à la gravité terrestre de retrouver ses propriétés. Je suis las...
A peine notre ami avait-il fini son ultime phrase que son corps chuta brusquement.
Olivier PELLETANT
(chronique parue dans Big Bang n°9 - Janvier-Février 1995)

