BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Chúcaro (08:28)
2. X_2004 (04:19)
3. Perimontu (05:43)
4. Rancagua Nocturno (07:42)
5. Aborigen (04:58)
6. Sobreviviente (05:43)
7. Chileneos (07:37)
8. Mar De Robles (05:20)
9. Ubuntu (05:33)

FORMATION :

Julio Tobar

(chant, saxophone ténor, flûte traversière)

Rodrigo Moris

(guitares)

Cristián Larrondo

(basse fretless, Chapman Stick)

Jesús Parada

(batterie, percussions)

Ignacio Larrondo

(congas, djembé, percussion)

MAR DE ROBLES

"Indigena"

Chili - 2007

Mylodon - 55:21

 

 

Nous n'étions pas au rendez-vous fixé par Mar De Robles en 2003 et son premier album nous a échappé. Publié il y a quelques mois, toujours par Mylodon, le petit nouveau bénéficie cette fois-ci du soutien de Musea pour sa distribution sur le Vieux Continent. Une belle opportunité de faire enfin connaissance avec cette formation chilienne.

Originaire de Rancagua, ville située à une centaine de kilomètres au sud de Santiago, le quintette existe depuis 1998 et a d'abord multiplié les représentations avant de concilier, sans doute aidé par une popularité locale grandissante, enregistrements et participations à de nombreux festivals (dernièrement le Baja Prog de Mexico). Fruit d'une expérience de neuf années, Indigena affiche de sérieuses qualités d'écriture et d'interprétation, dans un registre à mi-chemin entre progressif crimsonien et jazz-fusion saupoudré d'effluves psychédéliques, le tout sur fond de rythmes à la saveur toute latine grâce à l'utilisation de percussions (congas, djembés) en complément de la batterie.

Pour citer deux références récentes, Mar De Robles s'apparente à un croisement entre Avant Garden et Gordian Knot. Comme le premier, auteur d'un unique album en 2001 (le bien nommé Maelstrom), il déborde d'énergie sans se montrer outrancier et se caractérise par de savoureux échanges électro-acoustiques entre guitare rageuse, saxophone et flûte (Indigena est toutefois globalement moins fougueux et plus construit). A l'instar du second, il développe des atmosphères gorgées de Chapman stick, instrument à cordes atypique - comprenant une partie basse et une partie mélodique - rendu célèbre dans le milieu prog par Tony Levin (notamment avec King Crimson et Peter Gabriel) et dont la couleur si particulière est ici joliment reproduite par les doigts agiles de Cristian Larrondo, également à l'aise au contact d'une chaleureuse basse fretless.

Aussi habiles soient-ils, les musiciens ne font pas gratuitement étalage de leurs compétences techniques et œuvrent avant tout au service d'un collectif. Créditées à l'ensemble du groupe, les neuf compositions - instrumentales exceptées deux courts passages chantés - répartissent équitablement les rôles entre les cinq protagonistes et arborent une complexité naturelle, une richesse harmonique ainsi que de nombreuses cassures et des contrastes entre séquences dynamiques, tendues et accalmies, moments d'apaisement. L'auditeur est ainsi tantôt secoué tantôt caressé par une guitare polymorphe (riffs heavy, arpèges, soli enflammées), un stick aérien, un saxophone puissant, une flûte enchanteresse, des percussions entêtantes...

Varié, touffu, intense, Indigena est un subtil mariage de langages musicaux anglo-saxon et latin, une franche réussite à laquelle il manque peut-être quelques thèmes plus marquants et un meilleur relief sonore pour atteindre l'excellence. Rien de rédhibitoire cependant, en tout cas rien qui ne doive dissuader de partir promptement à la découverte de Mar De Robles.

Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°67 - Automne 2007)