
PISTES :
CD
1 :
Suite : Crystal Heart In The Fountain
1. Chapter 1: Naked Heart (3:56)
2. Chapter 2 : The Disaster Over Destiny (11:40)
3. Chapter 3 : Clearing In The Air (5:31)
CD
2 :
1. Wings For The Future (10:45)
2. Prayer (7:17)
3. A Midsummer Night's Dream (7:45)
4. Haunted Mansion (8:32)
5. Crimson Flames (7:55)
6. Finale (7:43)
FORMATION :
Junko Nakagawa
(chant)
Yoshiteru Yokoyama
(guitare)
Munchisa Jimbo
(basse)
Masahiro Takeuchi
(claviers)
Tetsuru Nagakuru
(batterie)
MARGE LITCH
"Crystal Heart In The Fountain"
Japon - 1995
Made In Japan - 21:10 / 50:02
De prime abord, le troisième album de ce groupe nippon ne paraît pas manquer d'ambition : double CD, pochette attrayante (quoique... cette plaque mortuaire annoncerait-elle une fin prochaine ?), mais vu d'un peu plus près, on sent soit une arnaque, soit un manque flagrant d'esprit 'marketing' ! Je m'explique : deux CD, c'est bien, mais lorsque leur total dépasse à peine les 70 minutes, à quoi bon ? Lorsqu'on connaît le prix d'un CD en provenance du Japon, on en demeure un peu décontenancé par l'objet. Car il y a peu de chances pour que les vendeurs en tout genre établissent le prix de vente de ce CD en fonction de sa durée. Voilà qui ne risque pas, de surcroît, de lui ouvrir un public très large... Ah, ces Japonais, ils ne font jamais rien comme les autres... !
Mais revenons au contenu de cet album : si Marge Litch a ainsi délibérément séparé sa nouvelle œuvre en deux parties bien distinctes, c'est apparemment pour montrer deux facettes de sa personnalité musicale. L'une symphonique, et l'autre plus 'heavy', donc plus dans la mouvance de ses deux précédents opus - Fantasien (1991) et Ring Of Truth (1992).
Le premier CD est donc constitué d'une longue suite (qui donne d'ailleurs son titre au coffret) d'un peu plus de vingt minutes, découpée en trois segments : une introduction, "Naked Heart", une conclusion, "Clearing In The Air", très symphoniques et dominées par les claviers de Masahiro Takeuchi (ex-Cinderella Search), et une partie centrale beaucoup plus développée qui, tout en versant toujours dans un symphonisme cher à nos amis nippons, navigue également sur des flots très tourmentés : "The Disaster Over Destiny".
Curieusement, et au risque d'en offusquer quelques-uns, ce n'est pourtant pas dans ce registre symphonique que la bande à Yoshiteru Yokoyama (guitare et compositions) et Junko Nakagawa (chant et textes) est la plus brillante. De telles envolées ont déjà été exécutées, avec beaucoup plus de lyrisme et de panache, par ses prédécesseurs (Midas, Outer Limits, Mugen...). C'est plaisant, mais sans plus, et ma préférence va donc vers les tempos plus soutenus, les guitares plus incisives, les duels pétaradants...
Ce qui est esquissé sur le premier CD prend donc son essor sur le second, constitué de six morceaux (de 7:44 à 10:45), et où le groupe paraît bien plus à l'aise, car jouant dans son registre habituel. Cette fois, c'est parti pour 50 minutes presque non-stop de rythmes fumants et déchaînés. Bon, je ne dis pas que tout est parfait ! Parfois, c'est même un peu trop fou, et la grosse caisse vous met des coups de marteau-pilon un peu pénibles, mais dans l'ensemble, ça carbure au tranxène !
La guitare déliée de Yokoyama se taille évidemment la part du lion, alignant des déluges de notes imparables, et laissant peu de place à des moments de calme, que les claviers, fort heureusement, se chargent d'assurer. Nul doute que le renfort de Takeuchi (sur le précédent album, le claviériste Yasuyuki Kuwabara n'officiait qu'à titre d'invité) apporte quelque chose (même si les compositions sont toutes l'œuvre du guitariste) : j'en veux pour preuve le dernier titre, fort justement intitulé "Finale", qui clôt l'ensemble de l'album sur une touche plus symphonique et plus nuancée. Ce qui n'empêche pas celui-ci d'aller rivaliser avec son compère pour des duels aux sommets de la virtuosité (le duo piano-guitare speedé de "Wings For The Future" par exemple). Reste la voix de Junko Nakagawa, souvent très bien intégrée, mais faisant dériver certains passages vers la variété; tour à tour haut perchée, puissante et enfantine, elle est typique du style, donc les uns aimeront les autres détesteront.
Marge Litch réalise donc ici son œuvre la plus ambitieuse à ce jour, mais aussi et surtout la plus aboutie. Certes, nous ne sommes pas face à un chef-d'œuvre, mais il y a de quoi se satisfaire, et venant du Japon, ce n'est déjà pas si mal actuellement...
Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°14 - Hiver 1995-96)

