
PISTES :
CD
1 :
1. Hotel Hobbies (3:35)
2. Warm Wet Circles (4:25)
3. That Time Of The Night (The Short Straw) (6:00)
4. Going Under (2:47)
5. Just For The Record (3:09)
6. White Russian (6:27)
7. Incommunicado (5:16)
8. Torch Song (4:04)
9. Slàinte Mhath (4:45)
10. Sugar Mice (5:46)
11. The Last Straw (5:58)
CD
2 :
1. Incommunicado (Alternate) (5:37)
2. Tux On (Single) (5:13)
3. Going Under (Extended) (2:48)
4. Beaujolais Day (Unreleased) (4:51)
5. Story From A Thin Wall (Unreleased) (6:47)
6. Shadows On The Barley (Unreleased) (2:07)
7. Sunset Hill (Unreleased) (4:21)
8. Tic-tac-toe (Unreleased) (2:59)
9. Voice In The Crowd (Unreleased) (3:29)
10. Exile On Princes Street (Unreleased) (5:29)
11. White Russian (6:15)
12. Sugar Mice In The Rain (5:56)
13. Warm Wet Circles - Rock n Roll (Hidden Track) (2:20)
FORMATION :
Fish
(chant)
Mark Kelly
(claviers)
Ian Mosley
(batterie, percussions)
Steve Rothery
(guitares)
Pete Trewavas
(basse)
MARILLION
"Clutching At Straws" - Version Remasterisée
Royaume-Uni - 1987-88/89
EMI - 52:18 / 56:12
En proposant toute cette série de remasters d'albums de Marillion, EMI sait qu'il fait là de nombreux heureux (en plus évidemment de ses comptables). Il contente ainsi tous les amateurs du groupe en offrant une seconde jeunesse aux albums, mais aussi les collectionneurs qui trouveront là nombre de morceaux rares ou de versions 'alternatives' des 'tubes' marillionniens, issus de maxi-45 tours. Ce qui présente également l'avantage, pour les plus âgés de ces collectionneurs, de préserver leurs fragiles trésors (tous leurs EP très côtés). Mais la cerise sur le gâteau est sans aucun doute l'adjonction de bandes démos, qui présentent des ébauches assez brutes et qui s'avèrent riches en enseignements quant au travail de composition et d'arrangement fourni par les musiciens et les producteurs.
En ce qui concerne le 'remaster' de Clutching At Straws, il faut bien avouer que cette cerise s'est métamorphosée en ananas (comme dans certains jeux vidéo...), rendant ainsi l'acquisition dudit gâteau indispensable. En effet, le caractère de ces «brouillons» est à considérer comme historique, pour plusieurs raisons.
Autorisons-nous un bref retour biographique. En 1986, après le succès de Misplaced Childhood, Marillion compose de nouveaux titres, en enregistre certains en démo, puis n'en étant que moyennement satisfait (trop forte ressemblance avec l'album précédent, fut-il dit à l'époque), décide d'en mettre une bonne partie au rebut ! Seuls quelques miraculés (comme «White Russian») seront utilisés sur Clutching At Straws. «Beaujolais Days» fait partie de ces compositions abandonnées.
Étrangement, il paraît bien plus proche de Seasons End que des titres de Clutching... Les deux chansons partagent la même ambiance mélancolique et langoureuse, des arpèges de guitare ou des lignes décoratives de Moog voisines. La différence se situe essentiellement dans le contenu dramatique des parties vocales : rageuses chez Fish, plus introverties chez Steve Hogarth. On notera de plus que le riff final de guitare a été recyclé dans «Warm Wet Circles».
Plus qu'historiques, les six autres inédits acquièrent un statut quasi mythique. Il s'agit en effet des ébauches de ce qui aurait dû devenir le cinquième opus de Marillion avec Fish, enregistrées (de manière non professionnelle, d'où une qualité sonore imparfaite) lors de séances de travail qui, manifestement, ne firent qu'exacerber des dissensions existant depuis Clutching... (les musiciens reprochaient au chanteur ses textes, souvent glauques, dans lesquels ils ne se reconnaissaient plus, entre autres choses...) et incitèrent le 'Poisson' à sortir de ce bocal...
On ne sera pas surpris de retrouver (dans ces reliques nombre d'idées, aussi bien musicales que littéraires, utilisées par les deux parties dans les albums qu'ils réalisèrent ensuite chacun de leur côté, à savoir Seasons End (1989) de Marillion et Vigil in a Wilderness of Mirrors (1990) de Fish. Amusons-nous donc à reconstituer ces étranges puzzles...
«Shadows of the Barley» a inspiré «The Bell in the Sea» (face B du EP «Uninvited Guest»); les accords et le dynamisme du refrain de «Sunset Hill» sont ceux de «The King of Sunset Town», avec quelques phrases de «View From The Hill» (notons au passage l'intitulé malicieux de cet inédit, et aussi d'autres, dont on peut soupçonner qu'ils furent ceux donnés spontanément par les fans qui firent circuler certaines de ces bandes); «Tic Tac Toe» a engendré «The Release» (sur le EP «Easter»), «Voice In The Ground» est devenu «After Me». La musique de «Exile On Princes Street» est, quant à elle, restée au placard, sans regret véritable (doux et agréable, certes, mais trop linéaire avec cet arpège inamovible en sept temps et ses deux accords de claviers), mais les strophes ont abouti à «Internal Exile» de Fish.
Bref, tous ces titres ont en quelque sorte servi de catalogue qui a permis aux musiciens, en piochant ici et là, en changeant le tempo ou la tonalité, en y accordant d'autres thèmes, etc., de composer les morceaux que l'on sait. Avouons que les créatures de Frankenstein qui en ont résulté sont plus charmantes que ce que ces fragments, matériaux de travail inachevé, laissaient a priori augurer. Seul un titre, «Story From A Thin Wall», n'a pratiquement pas évolué, dans le fond et la forme instrumentale, après l'arrivée de Steve Hogarth. Il reprend point par point la trame de «Berlin» (Marillion), avec les paroles de «Family Business» (Fish).
Néanmoins, malgré toutes les similitudes thématiques, la personnalité des versions Fish/Hogarth ne sont pas toujours très cousines. Il faut dire que l'assise des compositions est, sinon simple, en tout cas assez ouverte pour laisser au chanteur le loisir d'orienter l'ambiance générale en imposant les lignes mélodiques et les trames dramatiques. En effet, cette assise Instrumentale commune est purement harmonique (et non mélodique), constituée généralement d'un accompagnement à base d'arpèges de guitare et parfois d'accords de claviers. Tout le côté 'immédiat' (ce qui marque en premier les auditeurs, comme la mélodie), apparaît alors comme étant l'œuvre des vocalistes et de leurs sensibilités.
Ce constat éclaire bien le parcours musical qu'allait suivre Marillion par la suite et son évolution plus commerciale (en tout cas le souhait de sonner plus dans l'air du temps, ce qui dans les faits a plutôt mal fonctionné, puisque l'auditoire du groupe n'a cessé de diminuer) : la personnalité de Marillion est infiniment plus marquée par celle du chanteur que par celles des musiciens. Ainsi vous comprendrez qu'il paraît hasardeux de vouloir comparer objectivement les résultats. A chacun de se faire son opinion...
Pour finir, un petit mot plus général sur les évolutions des démos (c'est aussi valable pour les autres albums). Si le résultat final semble limpide, l'écoute de ces ébauches démontre que ce n'est pas un processus naturel, et qu'il y a beaucoup de sueur et d'énergie dépensées avant d'arriver à peaufiner toute cette orfèvrerie. Ceci peut aussi expliquer le côté figé des compositions et de leur évolution quasi nulle lors des concerts. Le dur labeur d'arrangement est réalisé une fois pour toutes - après, on n'en reparle plus !
On trouvera de plus, sur le deuxième CD de ce remaster, les titres «Tux On», la version alternative de «Incommunicado», d'un intérêt très limité, ainsi que les versions démo de «White Russian» et «Sugar Mice» (ici «Sugar Mice in the Rain»). Le premier disque est évidemment bien mieux connu puisqu'il s'agit de... Clutching At Straws !
Olivier VIBERT
(chronique parue dans Big Bang n°30 - Mai 1999)

