
PISTES :
1. The Other Half (4:24)
2. See It Like A Baby (4:29)
3. Thank You, Whoever You Are (4:42)
4. Most Toys (2:44)
5. Somewhere Else (7:46)
6. Voice From The Past (6:12)
7. No Such Thing (3:58)
8. The Wound (7:11)
9. The Last Century For Man (5:26)
10. Faith (4:09)
FORMATION :
Steve Hogarth
(chant)
Steve Rothery
(guitares)
Mark Kelly
(claviers)
Peter Trewavas
(basse)
Ian Mosley
(batterie, percussions)
MARILLION
"Somewhere Else"
Royaume-Uni - 2007
Townsend Records - 52:00
Les albums de Marillion se suivent et se ressemblent... C'est la première réflexion qui vient à l'esprit en découvrant cet opus censé nous emmener "ailleurs". Heureusement, l'album se bonifie lors des écoutes ultérieures... La voix haut perchée et torturée de Steve Hogarth, la batterie "pète-sec" de Ian Mosley, les soli chatoyants de Steve Rothery, la basse volubile de Pete Trewavas... tous les ingrédients sont là, et on n'a pas vraiment l'impression que trois ans se sont déjà écoulés depuis leur précédent opus, le plutôt réussi Marbles. Michael Hunter, ingénieur du son sur certains titres de Brave, Afraid of Sunlight et Marbles, et lui-même musicien sensible (voir interview ci-après), a assuré la production à la place de Dave Meegan - et s'en est très bien sorti. C'est très certainement à lui que l'on doit certains coloris ou certaines subtilités d'instrumentation inédites. A porter également au crédit du groupe, on notera, paradoxalement, un certain effort de renouvellement. L'album est dans l'ensemble plus pêchu et plus direct que son prédécesseur, parfois critiqué pour sa mollesse. Exit les suites en forme de collage des opus précédents, exercice où le groupe alterne le meilleur ("This Strange Engine", "Invisible Man") et le pire ("Interior Lulu"). Exit aussi les morceaux psychédéliques déjantés. Le groupe a recentré et resserré son propos, avec seulement deux titres dépassant les sept minutes. Marillion reste toutefois un groupe "progressif", en ce sens que rares sont les morceaux se terminant de la même manière qu'ils ont commencé. Revers de la médaille : on échappe au schéma "couplet-refrain-couplet-refrain", pour retomber la plupart du temps dans un autre schéma - une intro planante, suivie d'un break, d'une montée en puissance, assortie en général d'un solo de Rothery - comme si le groupe était prisonnier d'une sorte de carcan.
L'album commence pourtant de belle manière, avec "The Other Half", morceau dont on a envie de dire qu'il est dans la plus pure tradition de Marillion. Une rythmique puissante avec une basse grondante (à la "Gazpacho" grande époque), des refrains très harmoniques, des breaks au piano comme de distants échos des "Marbles", un joli solo de Rothery pour ponctuer le tout... Ombre au tableau : on ne peut pas s'empêcher de ressentir d'entrée de jeu, répétons-le, comme une impression de déjà-entendu.
Suit "Take It Like A Baby", le single de l'album, plus rusé que ses prédécesseurs ("Between You And Me", "You're Gone"). Aussi riche musicalement que le titre d'ouverture, avec encore une intro surprenante et réussie où la basse est au travail, il s'agit d'un morceau rock très direct, au refrain entêtant, et Hogarth y donne la mesure de sa puissance et de sa maîtrise vocale. Plus loin, "Most Toys" forcira encore davantage le propos. "Et si Marillion faisait du punk, ça donnerait quoi ?" C'est en quelque sorte la réponse à cette question. Bonne ou mauvaise nouvelle, le groupe a peut-être intérêt à rester dans son registre habituel...
Au chapitre des ballades, "Thank You" fait fortement songer à "Fantastic Place". Un solo de Rothery suffit-il pour donner une âme à un morceau ? Peut-être pas à tous les coups... Une jolie mélodie, mais trop pleine de bons sentiments, à l'image du texte qu'elle porte, pour emporter l'adhésion. On lui préférera "No Such Thing", morceau baigné de mystère grâce à un traitement de la voix de Hogarth accompagnée d'une boucle de guitare cristalline de Rothery et aux effets de Kelly... Mais on reste - certes avec plaisir - en terrain connu. "Somewhere Else", le morceau titre, est le plus long de l'album (7:54), et c'est aussi un des plus réussis, car très chargé d'intensité et d'émotion, sa conclusion, torturée, évoquant à certains égards la partie centrale de Brave. Puis "A Voice From The Past" se présente comme un long crescendo ponctué par un court solo de Rothery, pour redescendre tout en douceur là où on avait commencé.
L'album s'achève par trois titres plus atypiques, malheureusement pas entièrement convaincants. "The wound" (qui dépasse lui aussi les 7 minutes) offre un bel exemple d'évolution mélodique tout en douceur, mais son tort est d'énormément rappeler "Quartz" dans sa seconde partie - et de se terminer en queue de poisson. Avec "Last Century For Man", Marillion propose un texte désenchanté sur l'incapacité de l'humanité à affronter l'urgence écologique... On s'ennuie un peu avec un refrain traînant peu enthousiasmant, jusqu'à ce que le morceau "décolle" sur la fin avec un bel arrangement de cordes puissantes et virevoltantes, qui n'est pas sans rappeler les compositions de Procol Harum inspirées des musiques de cirque. Enfin, l'album se clôt avec "Faith", morceau que Marillion tournait et retournait dans tous les sens depuis des années sans savoir quoi en faire, qui sert de conclusion à l'album en un contrepoint optimiste de "Last Century", un peu à la manière de "Made Again" pour Brave. L'intro hésitante à la guitare sèche et la voix aigrelette de Hogarth ont d'abord de quoi laisser perplexe, et puis le morceau s'enrichit tout doucement d'une basse, de sonorités de guitares à la Hank Marvin, d'un trombone beatlesien, d'une multitude de petites touches de clavier, et on se laisse emporter...
Au final, Marillion signe un album rempli de bons moments, avec tout ce qu'on attend d'eux : une production soignée, des morceaux aux structures évolutives, des musiciens qui imposent chacun leur empreinte, solos de guitare compris... Et pourtant l'impression est quelque peu mitigée. Malgré quelques fulgurances, il manque à ce Somewhere Else un morceau qui vous prend aux tripes, comme "Estonia", "A Few Words For The Dead" ou "Neverland" pouvaient le faire sur ses prédécesseurs. Il y a aussi quelques longueurs, et surtout l'impression d'être en terrain "trop" connu. C'est un peu difficile à comprendre alors que le groupe a disposé de trois ans pour composer ce CD. Faut-il y voir la conséquence d'une absence complète d'écriture, tout l'album ayant été composé à partir des sessions de jam avec très peu de modifications ? A-t-il pâti des changements intervenus dans la vie personnelle de Steve Hogarth ? 2006 a en effet été une année complexe pour Hogarth : divorce et tournée solo - "Somewhere Else" évoque d'ailleurs ses errances en matière d'hébergement et tous les changements dans sa vie ces derniers mois (neuf ans après l'avoir prédit dans "These Chains", sur l'album Radiation, Hogarth est sorti de la "cage" dans laquelle il s'était volontairement enfermé).
Au total, Somewhere Else a sans doute pour principal défaut de ne pas vraiment mériter son nom. Les amateurs de Marillion (qui regretteront peut-être l'absence d'édition spéciale), et d'ailleurs toute personne appréciant un rock progressif mélodique et abordable, passeront un bon moment avec cet album, mais il ne se rangera probablement pas parmi les pierres angulaires de la carrière du groupe.
Laurent AUDOUIN et Philippe BABO
Entretien avec Ian MOSLEY :
Quels sont les artistes que vous écoutez ces temps-ci?
En dehors de Marillion ? C'est assez divers, vraiment. J'écoute tout un tas de musique, mais croyez-moi si vous voulez, mon groupe favori en ce moment est System Of A Down. Je pense que c'est un des meilleurs jeunes groupes que j'aie vu ces dernières années - ils sont excellents sur scène, leurs textes sont vraiment très bons... Il y a de quoi s'en inspirer ! J'écoute aussi des choses plus anciennes, notamment Magma - Christian Vander est un batteur fantastique ! J'aime toujours Radiohead, aussi... Je vais un peu dans toutes les directions !
Comment décririez-vous votre nouvel album, Somewhere Else ? Comment sonne-t-il à vote avis?
C'est une question difficile, quand on travaille autant sur quelque chose c'est toujours délicat de se faire une opinion... Nous étions très fier de "Marbles", et nous sommes très fier de Somewhere Else également. Je dirais que depuis Radiation, qui était trop expérimental et que je ne classe pas dans mes favoris, nous sommes sur une bonne voie, que les choses se mettent bien en place. L'enregistrement s'est formidablement bien passé, ce fut très agréable de travailler avec Michael Hunter, notre producteur. C'est quelqu'un de très talentueux, très enthousiaste par rapport à toutes les musiques, et je crois que tout cela s'entend sur l'album. Mike débarquait souvent avec de nouveaux instruments dans le studio, un jour c'était un glockenspiel, un jour un harmonium, un jour une contrebasse... Toujours de vrais instruments. Je pense que l'album sonne frais, note façon d'écrire c'est de s'asseoir tous les cinq et de commencer à improviser, et Mike a mis beacoup de ces improvisations dans l'album, beaucoup plus que par le passé où après avoir improvisé nos rassemblions les morceaux et les rejouions et les corrigions encore et encore. Nous n'avons pas fait ça cette fois, beaucoup des compositions viennent de premières prises. Et je pense que cela se retrouve sur l'album, qu'on ressent cela en l'écoutant. Mais bon, c'est une question à me reposer dans 4 ou 5 mois!
Et quid des textes?
Steve H a signé tous les textes. Il y a principalement deux thèmes sur cet album : des réflexions générales sur l'état du monde, et ce n'est pas très joyeux. Et puis il a aussi écrit sur son divorce. C'était il y a plus d'un an et évidemment il est passé par des moments très difficiles : il n'avait plus de domicile et dormait chez des amis, dans des endroits différents... Bref il vivait un peu "Somewhere Else" !

Avant d'enregistrer cet album vous disposiez de versions de "Faith". Etait-ce le seul morceau restant des séances précédentes? Le reste de l'album est-il basé sur les improvisations de ces séances ?
Oui, "Faith" est le seul morceau qui existait, en fait cela fait quelques années que nous l'avions mais la version qui est sur Somewhere Else est vraiment la meilleure, très bien enregistrée. C'est un de mes morceaux préférés sur l'album, même s'il n'y a pratiquement pas de batterie dessus. En fait nous l'avons mise sur l'album car le dernier morceau, "Last Century For Man", est terriblement noir, presque déprimant. Alors nous avons pensé que "Faith" en fin d'album pourrait être une sorte d'antidote à ce morceau, une petite lueur d'espoir. En fait c'est un peu la même chose que nous avions faite sur Brave. Nous ne l'avions pas décidé à l'avance : quand nous assemblons l'album, nous essayons simplement de le rendre fluide, et tout le monde a immédiatement vu que "Faith" serait une très bonne conclusion.
Donc, pas de morceau "épique" cette fois-ci?
Non, pas de morceaux de vingt minutes, même pas de douze ! Quand nous écrivons un album nous ne savons jamais où nous allons, nous nous contentons de nous lancer et de voir où cela nous mène. Nous ne nous asseyons jamais en disant "et maintenant, écrivons une suite de 15 minutes !", c'est toujours "voyons ce qui va arriver !". Pourtant j'aime bien jouer cette musique un peu orchestrale, construite en mouvements... Il y a toujours une tentation de coller des morceaux ensemble, mais cette fois je crois que les chansons sont toutes bonnes telles quelles.
Cette fois vous avez travaillé avec Michael Hunter, au lieu de Dave Meegan. Etait-ce parce que Dave n'était pas disponible au bon moment, ou avez-vous choisi Michael pour des raisons précises ?
En fait notre relation avec Mike n'est pas vraiment nouvelle, nous le connaissons depuis longtemps, au moins dix ans. Il a travaillé sur Brave, Afraid of Sunlight et This Strange Engine. Il était alors simple ingénieur du son, et a assisté Dave en plusieurs occasions. Et sur Marbles il a mixé deux ou trois morceaux, dont "The Damage" je crois. Donc nous savions depuis longtemps à quel point il est doué, et après son travail sur les mix nous lui avons dit "viens au studio, travaillons quelques semaines et voyons comment ça se passe !". Et nous nous sommes immédiatement très bien entendu, très vite nous nous sommes calés sur une manière de travailler qui semblait nous apporter de l'énergie. Nous improvisions, Mike enregistrait tout. Il disparaissait un moment, puis revenait en disant "les gars, j'ai rassemblé quelques bouts, dites-moi ce que vous en pensez". Et là il passait une bande, la première je crois que ça a été "Last Century for Man", et il avait ajouté une orchestration avec beaucoup de cordes sur la deuxième partie du morceau... J'étais soufflé, j'ai adoré ! Alors nous avons continué comme ça, en proposant des idées que lui assemblait et arrangeait, et parfois il proposait des compléments, au piano notamment. En fait c'est quelqu'un d'incroyablement enthousiaste vis-à-vis de la musique, il est branché musique 24 heures sur 24 ! Il vivait au studio, et s'il avait une journée de repos il filait à Londres écouter un orchestre, un autre jour il allait suivre des cours de musique pour un diplôme qu'il préparait... Quand nous arrivions au studio il y avait toujours quelque-chose qui se passait, des partitions un peu partout, lui parfois jouant du baroque pour ses examens... Bref c'était très motivant d'être avec lui, cela nous changeait de nous trouver avec quelqu'un d'aussi enthousiaste, parce qu'avec le temps beaucoup de gens finissent par devenir cyniques, en ont marre de faire de la musique. Et en plus il a un grand sens de l'humour, ce qui est indispensable pour pouvoir travailler avec Marillion !
Globalement, quelle était l'ambiance durant l'enregistrement de l'album ?
Elle était excellente ! C'était un peu étrange au début, quand nous nous sommes retrouvés tous les cinq, sans aucun matériau : c'est assez stressant, on ne sait pas quoi faire, alors nous avons commencé à improviser, et pendant des semaines il ne s'est rien passé. Et tout d'un coup, en un ou deux jours, on s'est retrouvés avec tout un tas de musique ! Les premières semaines, écrire un album apparaissait presque hors de portée, et puis tout d'un coup ça a démarré, et à partir de là tout est devenu très facile. Il faut dire que nous nous entendons très bien, et Mike a fait ce qu'il fallait pour nous garder au studio et nous obliger à bosser ! Au final nous avons bien plus de chansons que celles qui sont sur Somewhere Else. Nous avons presque assez de matériel pour un autre album, et du coup nous avons bien l'intention de sortir un nouveau CD dès le printemps prochain ! D'ailleurs, pendant nos répétitions pour les concerts, nous avons décidé de réserver une ou deux heures chaque jour pour improviser, et nous enverrons les bandes à Mike qui travaillera dessus pendant que nous serons en tournée. Nous devrions avoir facilement de quoi compléter le prochain album en rentrant.
Pour ce nouvel album avez-vous utilisé de nouveaux instruments?
Pas pour la batterie en tout cas ! C'est le même kit que j'ai toujours utilisé. Et je laisse les percussions aux autres, à ceux qui ont un attrait naturel pour ces instruments, je préfère me concentrer sur mon kit. Steve H par exemple aime jouer des percussions, il a souvent son tambourin sur scène... Et puis, comme je l'ai dit, Mike apportait souvent de nouveaux instruments au studio. Il préférait vraiment ça aux synthétiseurs et je crois que c'est une très bonne chose. On entend davantage de piano sur cet album, pas mal de percussions également, mais en fait c'est surtout sur les chansons du prochain album que nous en avons rajouté.
Pourquoi ne pas avoir fait d'édition spéciale ni de souscription cette fois?
Nous l'avons fait pour Anoraknophobia et pour Marbles, et là nous avions été un cran plus loin puisque nous avons dépensé jusqu'au dernier centime pour le marketing, et c'était quelque-chose que nous n'avions jamais fait. Et cette fois nous ne voulions pas remettre ça. Vous pouvez dire à un ami "prête-moi de l'argent", et retourner le voir "oh, prête m'en encore", mais à un moment ça doit s'arrêter ! Nous voulions nous financer nous-mêmes, et il s'est avéré que nous pouvions nous le permettre. C'est la seule raison. Je sais que des fans nous ont écrit pour nous poser la même question, alors... La prochaine fois, peut-être ! On sera peut-être obligés ! (rires) Ca a été quelque chose de tellement étonnant, que nos fans nous fassent assez confiance pour nous donner de l'argent avant que nous ayons même commencé à écrire quoi que ce soit, c'est vraiment quelque-chose d'unique ! Nous étions très conscients que nous prenions leur argent... Après tout nous aurions pu faire n'importe quel album, ou même partir nous acheter des Ferrari ! Mais il y a cette relation que nous avons avec nos fans, ils nous font confiance et nous voulions leur offrir en retour quelque chose de spécial, et quand j'ai vu Anoraknophobia et encore plus Marbles, je me suis dit "c'est fantastique !". Bien sûr ça a couté beaucoup d'argent, mais c'était bien !
Depuis Radiation, votre situation a beaucoup changé...
Radiation et Marillion.com étaient des albums de transition pour nous, nous venions de quitter EMI et étions partis sur un label indépendant. Mais les choses ont dégénéré : nous n'avions pas compris que Castle, comme tous les labels de sa taille, n'avait pas pour objectif de nous faire gagner une nouvelle audience, mais seulement de vivre sur notre public de l'époque. En plus leurs accords de distribution étaient mauvais - ils doublaient leur distributeurs... Puis ils ont été rachetés... Nous n'avons compris tout ça que plus tard, mais comme nous ne voulions pas non plus retourner dans une major, nous nous sommes tournés vers nos fans, et ça a été les précommandes sur internet. Nous n'avions plus besoin d'agents, de managers, de maison de disques, et ça nous a permis d'être beaucoup plus focalisés sur la musique, ça nous a renforcé en temps que groupe. En fait c'est formidable de ne pas avoir de pression de qui que ce soit, la seule pression c'est nous qui nous la mettons.
Pendant la promo de Marbles vous avez fait de gros efforts pour toucher un nouveau public. Avec le recul, est-ce que ça valait le coup?
Il semble que les choses bougent enfin dans la bonne direction. Marbles s'est mieux vendu que les albums précédents. La promo semble plus utile qu'elle ne l'était pas le passé. Le problème de Marillion est, et a toujours été, d'arriver à ce que les gens jettent une oreille sur notre musique, qu'ils puissent se faire leur opinion. Nous ne sommes jamais diffusés à la radio, tout particulièrement en Angleterre, et donc les gens pensent que nous n'existons plus, ou que nous sommes un groupe de heavy-metal écossais... Donc tout ce que nous pouvons obtenir comme bonne presse, et même comme presse tout court, est une bonne chose, car ça permet de faire savoir aux gens que nous existons toujours. Après tout un groupe qui existe depuis plus de vingt ans doit bien avoir quelque chose... Mais la meilleure promo c'est celle que font nos fans. Tous les mois nous entendons des gens qui ont fait découvrir Marillion à leurs amis, et ils adorent et foncent acheter tout notre catalogue ! Bien sûr c'est lent, mais si cela peut continuer...
Vous avez souvent évoqué la disparition du buisness classique de la musique. D'ailleurs, vous vous êtes débarassés de votre maison de disque... Que pensez-vous de la situation actuelle et de la musique en ligne ?
Sans Internet nous ne serions pas là ! Mais les choses bougent rapidement, et je crois que les deux ou trois prochaines années vont encore beaucoup faire évoluer les choses. Les majors paniquent, leurs ventes de CD chutent... Hier, Warner a fait une offre pour acheter EMI. Je pense que bientôt il n'y aura plus qu'une seule maison de disques géante ! Les revendeurs se battent pour gagner encore un peu d'argent au milieu de tout cela. Pour un groupe comme nous, Internet est une chance, bien que nous soyons aussi un peu inquiets, car notre seul moyen de survie est la vente de nos CD. Par chance nos fans s'adressent directement à nous pour acheter nos CD. Ils pourraient aller sur des sites en ligne ou dans des magasins, mais ça ne nous rapporterait que la moitié ou le quart de la valeur du CD et ils le savent. Je ne suis pas d'accord avec les gens qui téléchargent gratuitement, je crois que la musique doit être payée. C'est assez effrayant que la nouvelle génération se dise que la musique est gratuite. J'en ai parlé avec mon fils, qui a 19 ans, il m'a dit qu'il téléchargeait mais que lorsqu'il aimait vraiment quelque chose il allait acheter le CD. Je pense que c'est la bonne façon de faire, j'en ferais probablement autant, parce que quand j'aime un morceau j'ai envie d'en savoir plus sur le groupe, j'ai envie de pouvoir tenir quelque chose entre mes mains, d'avoir quelque-chose à lire. Nous vivons une époque passionnante, mais dangereuse !
Certaines personnes expliquent que la musique doit maintenant être gratuite et que les nouveaux musiciens vivront seulement grâce aux concerts. Est-ce quelque chose que vous pourriez faire ?
Pour Marillion, les ventes de CD sont ce qui nous permet de continuer et de financer la production des concerts. Si cette source de revenus disparaissait, ce serait très difficile. Nous avons la chance de pouvoir faire des tournées qui nous rapportent un peu, mais nous ne pouvons pas nous permettre de perdre de l'argent sur quoi que ce soit. Par exemple nous ne pouvons pas aujourd'hui faire de tournée en Amérique, même si les américains nous le demandent très fort, parce que nous n'avons pas les moyens de perdre 60.000 $ sur une telle tournée!
Qu'en est-il de la prochaine tournée? Vous allez faire plusieurs dates en France, c'est une excellente nouvelle... Pouvez-vous nous donner quelques informations sur la set-list ? Peut-on attendre des surprises ?
Nous avons fait une convention en Hollande il y a quelques semaines, nous faisons cela tous les ans ou tout les deux ans. Nous avons joué trois soirs avec trois setlists différentes, et donc pour la première fois depuis très longtemps nous avons répété un très grand nombre de morceaux. Durant la convention nous avons joué quatre ou cinq chansons du nouvel album. Les gens ont eu l'air de vraiment les aimer, donc nous jouerons au moins ces morceaux et peut-être d'autres du nouvel album. En fait nous allons sûrement répéter tout l'album et voir comment les morceaux passent. Et puis nous compléterons avec une dizaine de morceaux. Nous avons 14 albums maintenant, c'est beaucoup de matériel et nous essayons de faire des concerts de deux heures, c'est assez long pour nous ! Peut-être qu'il y aura une ou deux reprises aussi, si nous nous sentons inspirés certains soirs ! Nous sommes particulièrement impatients de jouer en France, c'est à Paris que nous avons fait quelques-uns de nos meilleurs concerts. L'ambiance est toujours fantastique et le public complètement immergé dans la musique. Du coup nous nous sentons très détendus, nous n'avons rien à prouver et nous pouvons nous faire plaisir. Un des premiers concerts de Steve fut au Zenith en 1989. Il était très tendu, et le public l'a accueilli si chaleureusement, il y avait tellement d'émotion, il n'arrivait pas y croire. C'est toujours comme ça en France, c'est formidable.
Pour la convention vous avez donc répété un grand nombre de morceaux, y compris des anciens. Y'en a-t-il que vous avez particulièrement apprécié de rejouer ?
J'ai beaucoup aimé "Lord of the Backstage", "Warm Wet Circles"... "Lord", ça faisait tellement d'années que nous ne l'avions pas joué, c'était très excitant pour moi, d'autant qu'il y a de belles parties de batterie dans celui-là. J'aime bien jouer les anciens morceaux mais à moins de faire des concerts de quatre heures, on est bien obligés de se limiter. Il faut dire aussi que ça dépend beaucoup de Steve H : nous jouons les morceaux avec lesquels il se sent à l'aise. Et avec la convention, nous avons beaucoup de morceaux de prêts, donc nous pourrons dire au dernier moment "et si on jouait ça ce soir" ? Donc il y aura peut-être un ou deux morceaux de l'ère Fish certains soirs. Mais ce serait horrible de jouer des vieux morceaux tous les soirs, on finirait par être de vieux soldats, plutôt que d'aller de l'avant. En même temps nous sommes tous très fiers de ces morceaux, c'est de l'excellente musique. A la convention nous avons joué une partie de "Hotel Hobbies", et ça sonnait nouveau tellement il y avait longtemps que nous ne l'avions pas joué. Mais je me rappelle aussi d'avoir été voir Genesis, ils avaient joué un medley de leurs vieux morceaux, et je n'avais pas du tout aimé : autant aller réécouter les originaux !
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°65 - Avril 2007)

