
PISTES :
1. Abrasions Mount The Timpani (4:07)
2. Take The Veil Cerpin Taxt (5:56)
3. A) Gust Of Mutts (2:34)
4. B) And Ghosted Pouts (4:52)
5. Caviglia (2:45)
6. Concertina (4:17)
7. Haruspex (5:23)
8. Cicatriz (8:16)
9. A) Part 1 (2:33)
10. B) Part 2 (7:49)
11. C) Part 3 (4:27)
12. D) Part 4 (20:00)
FORMATION :
Cedric Bixler Zavala
(chant)
Omar A Rodriguez-Lopez
(guitares)
Jon Theodore
(batterie)
Juan Alderete
(basse)
Ikey Owens
(claviers)
Marcel Rodriguez
(percussions)
THE MARS VOLTA
"Scabdates"
États-Unis - 2005
Universal - 72:54
A l'écoute des albums studio du groupe, on peut légitimement se demander ce qui va rester de toute la richesse des arrangements et autres bidouillages sonores lors de leur exécution sur scène. La bande à Omar Rodriguez-Lopez jouit d'une réputation plutôt flatteuse en ce qui concerne les concerts (votre serviteur n'a malheureusement à ce jour jamais pu en profiter), et c'est donc avec avidité que je me suis jeté sur cette nouvelle galette.
En fait, plus qu'un album live, Scabdates est une nouvelle œuvre à part entière, concoctée de main de maître par le leader-guitariste du combo. On y trouve bien sûr la musique jouée sur scène par le groupe, totalement revisitée par rapport aux versions studio, mais aussi des bruitages pris dans les coulisses, le tout composant un nouveau magnum opus (12 titres aux durées trompeuses de 2:34 à 20:00, avec encore des coupures souvent aléatoires), une suite quasi ininterrompue de près d'une heure et quart, une plongée en apnée au cœur de l'univers musical décidément bien intriguant (mais ô combien passionnant) de cet étonnant groupe américain.
Les pièces existantes (essentiellement «Take The Veil Cerpin Taxt» et «Cicatriz», tirées de l'album De-loused in the Comatorium) prennent un visage quasi-inédit, revisitées à la façon de l'album Frances The Mute, avec force parties «free», déstructurées, bidouillées, mais aussi des moments d'intense frénésie instrumentale. Les musiciens présents sont tous fantastiques, et bénéficient d'une prise de son phénoménale (encore une fois, l'écoute au casque démultiplie le plaisir !). Seul petit bémol, mais qui permet de ne pas oublier qu'on est en présence d'un enregistrement de musique vivante, le chant de Cedric Bixler est parfois en rupture de justesse, et ses détracteurs risquent de s'en donner à cœur joie. Qu'importe pour les autres, tant la passion habite la prestation de chacun des intervenants.
Mais le plus étonnant à l'écoute de ce disque est encore ailleurs, presque au-delà de la performance musicale. The Mars Volta, qui jouit d'un succès considérable, ne rejette pas l'appellation progressive, au sens le plus «noble» du terme. Pour eux la musique doit «progresser», s'enrichir d'influences diverses, faire sortir l'auditeur de sa torpeur, bref tous les éléments revendiqués par les précurseurs des années 70 sont à reconsidérer sous un jour plus actuel, donc enrichi de trente années supplémentaires de culture musicale. Si cela est vrai et clairement «lisible» dans leur musique, Scabdates donne aussi l'impression de nous replonger au plus profond de ces années de ferveur créatrice, lorsque les groupes expérimentaient à tout va, mais se laissaient aussi aller à des débordements qui causeront petit à petit la perte du mouvement progressif et l'émergence d'autres courants musicaux plus directs et basiques. A l'écoute de Scabdates et de ses solos d'orgue ravageurs, de ses parties de batterie tentaculaires, de ses embrasements de guitare, ou du sax déjanté qui survole le tout, on a le sentiment de faire un grand bond temporel vers le passé, et de ressentir ce que nos aînés ont pu connaître en 1973 lors des concerts les plus fous des ténors du genre.
Alors paradoxe ou illustration de la fameuse formule, «rien ne se crée, tout se transforme» ? Qu'on le veuille ou non, The Mars Volta, et la flopée de groupes dans le même sillage, sont en train de redéfinir la musique progressive, même si ceux-ci utilisent beaucoup d'éléments du passé et un peu des tendances plus actuelles. La nouveauté est qu'ils ramènent avec eux un public nouveau et massif, et surtout bien différent de celui qu'on connaît. L'avenir de ces musiques (avec un «s» comme Big Bang se plaît à le rappeler) passera sans doute par eux, et plutôt que de chercher à s'en démarquer, il faut au contraire tenter de les rallier au plus vite.
Décidément incontournable !
Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)

