
PISTES :
1. Vicarious Atonement (7:19)
2. Tetragrammaton (16:41)
3. Vermicide (4:15)
4. Meccamputechture (11:02)
5. Asilos Magdalena (6:34)
6. Viscera Eyes (9:23)
7. Day Of The Baphomets (11:56)
8. El Ciervo Vulnerado (8:50)
FORMATION :
Omar A Rodriguez-Lopez
(guitares, synthétiseurs)
Cedric Bixler Zavala
(chant)
Jon Theodore
(batterie)
Juan Alderte
(basse)
Isaiah Ikey Owens
(claviers)
Marcel Rodriguez-Lopez
(percussions, synthétiseurs)
Pablo Hinojos-Gonzalez
(manipulations sonores)
THE MARS VOLTA
"Amputechture"
États-Unis - 2006
Universal - 76:10
La créativité débordante d'Omar Rodriguez et Cedric Bixler ne semble pas devoir s'arrêter de si tôt. Après le génial Frances The Mute l'an passé, le live aussi dingue Scabdates de ce début d'année, les voici déjà de retour avec un nouvel album studio rempli à ras-bord (et on pourrait évoquer l'album solo du guitariste - un travail très expérimental à ne vraiment pas mettre entre toutes les oreilles...).
A ce rythme, le groupe peut-il se renouveler autant qu'entre ses deux premiers opus ? Et faire mieux que Frances The Mute ? A ces deux questions, la réponse est sans doute non ! Aïe, me direz-vous, mon enthousiasme débordant se serait-il déjà envolé comme un fétu de paille ? Non bien sûr, car Amputechture a bien des qualités, mais il apporte moins de surprises et se révèle plus inégal que son intouchable prédécesseur, sans doute définitivement hors compétition !
Pour une fois, le duo n'est pas parti sur un concept particulier. Les huit titres de l'album (de 4:17 à 16:47) ont été conçus comme des pièces bien distinctes, même si le morceau d'ouverture et celui de conclusion développent une approche similaire. "Vicarious Atonement" (7:26) démarre ainsi lentement, avec des volutes de guitare sur fond d'effets en tout genre, sans aucune batterie. On s'attend à ce que le morceau s'embrase, mais non, bien au contraire, c'est une partie encore plus diluée et nourrie d'improvisations, avec saxophone débridé, qui s'ensuit. La rupture avec "Tetragrammaton" (16:47) n'en est que plus brutale. Le rythme effréné du début de cet épique est renversant. La production, touffue comme à l'accoutumée, ne cherche pas à mettre en valeur un instrument plus qu'un autre. C'est une profusion sonore implacable, qu'il est impossible d'assimiler rapidement. Les contrastes sont fréquents, très appuyés, un peu trop même car apparait par-ci par-là un sentiment de collage un brin artificiel entre certaines sections écrites et d'autres visiblement improvisées. Les détracteurs du chant de Cedric Bixler pourront s'en donner à cœur joie tant certains moments partent vraiment en vrille : le charme opère ou n'opère pas.
Après ce gros quart d'heure très intense, le groupe calme le jeu et rentre dans le "droit chemin" avec "Vermicide" (4:17), une chanson rock bien plus classique. Cette respiration achevée, retour aux choses sérieuses avec "Meccamputechture" (11:06), encore un long titre touffu avec une section rythmique insolente de classe, un sax déjanté, de l'orgue et un chant prédominant. "Asilos Magdalena" (6:35) est une belle chanson chantée en espagnol, avec beaucoup d'émotion dans la voix, et une musique plus dépouillée que d'ordinaire, dominée par une guitare acoustique hispanisante. Mais le final renoue avec des traficotages sonores : chassez le naturel, il revient au galop ! Puis c'est "Viscera Eyes" (9:30), probablement le titre le plus accrocheur de l'album (au sens où vous ne pourrez plus vous en détacher !). Excellent thème de guitare, rythmique éclatante, chant en espagnol et anglais, saxophone moins "free" : tout concourt à faire de ce morceau une réussite majeure. Et qui tendrait à prouver que le groupe ne serait pas moins efficace en éliminant certaines parties un peu trop absconses. Mais le sommet de l'album est atteint avec l'avant-dernier morceau, le sublime "Day Of The Baphomets" (12:00). Là rien à dire, rien à jeter, c'est la perfection absolue dans le genre. Mené à un train d'enfer, cette pièce déroule une succession de thèmes plus jouissifs les uns que les autres et parfaitement enchainés, jusqu'à ce solo de percussions extraordinaire qui vous mettra à genou d'admiration. Le morceau final, "El Ciervo" Vulnerado" (8:59) peut bien paraître plus fade, avec un retour au minimalisme du début, il permet aussi de sortir de l'album en laissant le temps à l'auditeur de reprendre son souffle...
une fois encore, on ne ressort pas indemne d'un tel album. Plus resserré autour d'un noyau dur (les musiciens sont moins nombreux, la palette instrumentale moins grande que pour Frances The Mute), Amputechture est clairement taillé pour la scène. Ce qui ne devrait pas manquer de provoquer un choc de plus à ceux qui auront la chance de les voir (en attendant un DVD, annoncé il y a quelques mois). Amputechture, malgré quelques temps morts, prouve à quel point The Mars Volta est un groupe définitivement au dessus du lot commun des formations musicales. Incontournable, toujours...
Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)

