
PISTES :
1. Jyll's Theme I - Thornland (2:23)
2. The Legend Comes Alive (4:54)
3. The Third Road (3:17)
4. A Farewell (2:18)
5. In The Ghostfields (1:52)
6. Doubts (5:40)
7. Sohar (2:29)
8. Rad's Song (4:03)
9. On The Run (4:10)
10. Sperling (3:39)
11. The Song Of Arfeandel (3:22)
12. In The Hyurgish (9:38)
13. A See Of Tears (Esled's Elegy) (2:32)
14. The Day Comes Like A Desert (2:24)
15. Your Darkening Eyes (4:09)
16. Jyll's Theme III - Wearonoc'h (0:50)
FORMATION :
Hein van den Broek
(chant)
Chris van Hoogdalem
(guitare, chœurs)
W. J. Maryson
(claviers)
Henny van Mourik
(basse)
Rob Boshuijzen
(batterie, percussions)
MARYSON
"Master Magician I"
Pays-Bas - 1996
WMMS - 57:40
A-t-on affaire au nouvel album d'Eloy ? Cette question vient immanquablement à l'esprit de celui qui prête une oreille à l'ouverture de Master Magician I. On se croirait bel et bien à l'orée des années 80 quand le groupe de Frank Bornemann publiait Colours et son fantastique morceau "Sunset"... Une délicate guitare acoustique vient effectivement se poser avec une grâce infinie sur un tapis synthétique soyeux à souhait. Quelle entrée en matière !!! Mais d'où vient cette petite perle que Peter Wustmann, le patron de WMMS, sort aujourd'hui de nulle part ?
En fait, derrière Maryson se dissimule un homme, W.J. Maryson dont le véritable patronyme est Wim Stolk. Ce personnage, qui fit partie du groupe Vance (père du peu ambitieux An Epitaph For Mary), est aujourd'hui écrivain, et se trouve bien sûr à l'origine de l'histoire qui présida à la naissance de Maryson. Auteur de plusieurs livres d'heroic-fantasy, notre homme fut convié par son éditeur, à l'occasion de la soirée célébrant la publication de son premier roman à l'automne 1995, d'organiser un petit spectacle musical. En dépit des réticences initiales de W.J. Maryson (la proposition ne fut faite qu'à deux mois de la cérémonie...), l'envie de relever le challenge fut finalement décisive. Notre ami fit appel à des amis musiciens, proposa à un chœur de collaborer au projet, puis se mit à travailler sur l'écriture, l'arrangement et la répétition d'une heure de musique. Ce soir là, les 450 personnes présentes réagirent très favorablement au spectacle offert, et invitèrent donc implicitement la formation 'd'un jour' à poursuivre ses activités musicales. Maryson était né !
Le groupe enregistra alors une démo de trois titres ("The Legend Comes Alive", "The Third Road" et une version embryonnaire de "On The Run") qui fut envoyée à des personnes avec lesquelles W.J. Maryson avait été en contact par le passé. L'une d'elles était Peter Wustmann, qui réagit immédiatement et proposa à notre écrivain/musicien de signer avec WMMS un contrat de cinq albums. Ce dernier fut bien sûr accepté, et Master Magician I est aujourd'hui le premier élément de cette quinqualogie...
Parler de rock néo-progressif à propos de cette œuvre est sans nul doute exagéré (seule la production légèrement 'métallique' peut l'en rapprocher). Chacune des 16 compositions (de 0:50 à 9:38 pour un total de 57:42) repose sur un socle symphonique, plus ou moins robuste certes, mais qui confère à la musique de Maryson une coloration plus variée et classisante que le courant issu de l'Angleterre des années 8O. Le groupe néerlandais n'applique en effet ici aucune recette prédéterminée. De toute façon, est-ce vraiment possible quand l'histoire contée tout au long de l'album semble être affranchie de toute linéarité. La musique est ainsi au diapason de ce récit, c'est à dire imprévisible et discontinue. On recense bel et bien de véritables pièces classiques orchestrées par le chœur cité plus haut, des séquences d'essence folk, d'autres plus rythmées, et des parties au symphonisme éclatant de pureté...
De ce fait, certains verront peut-être dans la brièveté des morceaux, donc dans la rapidité de leur enchaînement, une limite au développement de l'émotion. Certes... Néanmoins, il convient de constater le brio dont fait preuve Maryson pour agencer ces ambiances fort dissemblables. En tant qu'écrivain, l'auteur de Master Magician I a sans doute voulu préserver l'intensité littéraire de son œuvre (d'autant plus que le chant en anglais de Hein Van Den Broek est irréprochable), et on ne peut raisonnablement lui en tenir rigueur. D'ailleurs, la beauté et l'opulence des thèmes musicaux (récurrents pour certains d'entre eux) tissent de finalement très féconds liens (en terme d'émotion) avec les passages vocaux.
Chaque développement semble ainsi avoir été pensé pour illustrer avec précision et perfectionnisme chaque épisode essentiel du roman. Rien n'est donc superflu... Et, une fois intégré le caractère un peu volage des ambiances, on ne peut que savourer la découverte d'un artiste (chacun des autres instrumentistes, dont deux ex-membres de Cirkel, tiennent leur rôle avec panache et sensibilité) dont le talent littéraire n'a d'égal que la haute compétence musicale. C'est trop rare pour ne pas être souligné avec force enthousiasme. Merci cher W.J. Maryson...
Olivier PELLETANT
Entretien avec W.J. MARYSON :
Pourquoi officier sous un pseudonyme ? Celui-ci désigne-t-il le groupe ou seulement toi-même ?
Lorsque j'ai achevé le manuscrit de 'Master Magician - Sperling', mon premier roman (la première histoire que j'aie jamais écrite), je l'ai proposé sous le nom de W.J. Maryson. A moitié pour rire, à moitié pour rendre hommage à feue ma mère Marie, à qui je dois tant. L'éditeur a trouvé que c'était une bonne idée, que ce nom sonnait mieux dans une optique internationale. Quand mon projet de groupe a pris une tournure sérieuse, j'ai proposé le nom de Maryson aux autres musiciens, et tout le monde a été d'accord.
Maryson est-il vraiment un groupe à part entière, ou a-t-il uniquement vocation à mettre tes livres en musique ?
A l'origine, comme je vous l'ai dit, ce devait être le groupe d'un soir. Mais comme nous étions très satisfaits des morceaux et que nous nous entendions très bien, ça a vite dépassé le stade d'un simple "projet". Immédiatement après ce premier concert, nous avons commencé à travailler sur des choses nouvelles. A ce moment, j'ai précisé à tout le monde que Maryson était un vrai groupe, avec cinq musiciens. Le fait que je compose entre 80 et 90% des morceaux n'y change rien. Nous sommes un groupe au vrai sens du terme. Evidemment lié à mes projets littéraires, qui sont une source formidable d'inspiration pour la musique, mais indépendant de ceux-ci lorsque nous le souhaitons.
Parle-nous de tes cinq livres...
La série 'Master Magician' se déroule dans un monde imaginaire baptisé Aiden, où cohabitent avec les hommes cinq différentes espèces : les Alvit (elfes), Dvargs (nains), Giants, Daith et Ermon. Chacune possède une épée. Il y a une légende qui parle d'un jeune homme qui doit trouver et réunir les cinq épées en question, pour les unir en une seule (C'hart), dotée de pouvoirs supérieurs. Avec cette épée et l'aide de la sagesse et des pouvoirs magiques qui sont contenus dans le Livre du Savoir, il peut avoir une chance de vaincre l'Empereur Noir, Yrroth. Jyll, un jeune chevalier d'une tribu nomade, se révèle être le jeune homme en question, l'Héritier. Il réunit huit autres membres de sa tribu et se lance dans un périple à la recherche des épées et du Livre. Ils découvrent bientôt qu'ils ne peuvent y parvenir sans l'aide des derniers sorciers, les Maîtres Magiciens. Ils font la rencontre de chevaliers de l'Empereur et d'autres individus plus ou moins sympathiques, en franchissant le Hyurgish, une gigantesque chaîne de montagnes. Ils apprennent que derrière des montagnes se trouve un désert, dont le peuple vit dans sept cités différentes, reliées entre elles par un sentier. 'Sperling', le premier livre, se termine lorsque Jyll est attaqué par un dragon noir et tombe dans un abîme... Outre ces cinq livres, je suis en train de concevoir deux autres contes fantastiques, plusieurs nouvelles et mon troisième recueil de poésies.
Est-il facile pour toi de passer de l'Heroic Fantasy à la poésie ?
Je ne vois pas de différence fondamentale entre écrire un roman 'fantasy', de la poésie, ou des textes pour des chansons. Cela consiste toujours à essayer de faire passer un message ou une émotion de façon optimale. Cependant, la poésie est la forme la plus condensée et délicate d'art que je connaisse. C'est un peu comme écouter le ciel, humer un son ou regarder un parfum... Les sens se mêlent, coopèrent à un niveau presque surnaturel et deviennent des antennes ultrasensibles. C'est pourquoi j'utilise la poésie dans mes romans. C'est le joyau de l'art littéraire. Ecrire un cycle de cinq romans fantastiques s'apparente plutôt à mettre de l'ordre dans le chaos qui agite mon esprit...
Te sens-tu plutôt écrivain ou musicien ? Est-il difficile de combiner les deux ?
Très difficile ! L'art de l'écriture consiste à extraire l'ordre du chaos, comme je l'ai déjà dit. Cela prend un temps incroyable, particulièrement lorsque l'on s'attelle à l'écriture d'une série de cinq livres. Tout doit coller. Cela nécessite beaucoup de concentration et de discipline. Je n'ai pas ces qualités de façon innée, j'ai donc dû me les inculquer, à la dure.
Quand on m'a offert l'opportunité de faire cinq disques également, je n'ai pas hésité une seule seconde. C'est une question d'organisation - une autre qualité avec laquelle je ne suis pas né. Il y a des périodes où je m'attelle surtout à l'écriture, d'autres plutôt à la composition. Mais mon grand secret, c'est que parfois, j'écoute le livre, et je lis la musique. Il y a interpénétration entre les deux, sans murs ou frontières les séparant. Parfois, sans le vouloir, je me mets à composer une mélodie alors que je suis en train d'écrire. D'autres fois, une mélodie que j'entends m'inspire un bout de texte.
Donc, oui, c'est un peu difficile, mais c'est aussi très excitant. J'ai un peu l'impression d'être à la fois "plus qu'un écrivain", et "plus qu'un musicien". Le tout est supérieur à la somme des parties, en quelque sorte.
Tes influences, en tant qu'écrivain et musicien ?
Dans mon genre littéraire de prédilection, j'ai toujours admiré les mondes colorés de Jack Vance, l'auteur américain de SF et fantastique. Sa capacité à rendre crédible les mondes les plus étranges, peuplés de créatures improbables et de paysages d'une beauté à couper le souffle, m'a d'ailleurs incité à appeler mon second groupe Vance. Autrement, j'aime aussi beaucoup Philip K. Dick, James Schmitz, Philip José Farmer et Robert Heinlein. Pour le fantastique, j'ai évidemment beaucoup de respect pour l'œuvre de Tolkien et sa trilogie séminale, "Le Seigneur des Anneaux".
Musicalement, je citerai, outre quelques compositeurs classiques comme Bach, Beethoven, Mahler, Berlioz ou Bruckner, des groupes comme Camel, certains Pink Floyd, les vieux Genesis... Rien de très surprenant. En ce moment, j'écoute beaucoup Eastern Dawning d'Inès et Actual Fantasy d'Ayreon. J'écoute des styles de musiques très différents, je suis avant tout sensible au soin et à la passion qui s'en dégage.
Connais-tu Eloy ? Je te pose cette question car je trouve que certains passages (le premier morceau notamment) de Master Magician I rappellent ce superbe groupe Allemand.
Je suis désolé. Je ne connais ce groupe que de nom. Mais puisque vous mentionnez ce groupe à mon sujet, je vais demander à Henny van Mourik (le bassiste de Maryson) de me faire écouter leur musique. Je sais qu'il adore Eloy, et il m'a dit que c'était un sacré compliment qui m'était fait de comparer certains de mes morceaux aux leurs.
Comment qualifierais-tu ta musique ?
Question difficile. Je suis tenté de dire que c'est aux auditeurs de le faire. Master Magician I est un disque assez varié, parfois influencé fortement par la musique classique (certaines parties de "The Legend Comes Alive", "Doubts", "A Sea Of Tears" et bien sûr "The Song Of Arfeandel"), parfois plus 'néo-symphonique', d'autres plus typiquement progressif, et puis il y a aussi des influences folk ("Jyll's Theme", "Rad's Song").
En France (et ailleurs, semble t-il...), le public progressif aime déjà beaucoup ta musique. Cet enthousiasme si rapide te surprend-t-il ?
Complètement. J'ai commencé à écrire en 1993 parce que je n'avais rien d'autre à faire. J'étais malade et confiné à mon lit. La même chose s'est produite pour Master Magician I. C'est un sentiment agréable de remarquer que les gens comprennent ce que l'on veut essayer de faire passer par la musique. La musique est une langue internationale. Pas besoin de communauté européenne ou d'euro pour connecter entre elles les âmes des gens. La musique suffit.
Quels sont tes projets immédiats ?
Au niveau littéraire : finir mon troisième livre, "Master Magician - Vloch", qui sera publié en juin dans le Bénélux. Puis superviser la traduction de mon premier livre en allemand, dont la publication est prévue début 1998 en Allemagne, Autriche et Suisse. Au niveau musical : Répéter pour la tournée de promotion de l'album dans le Bénélux, qui débute en mai. Puis écrire, composer, arranger et répéter ce qui deviendra notre deuxième album, dont l'enregistrement est prévu pour l'automne. Et enfin trouver du temps à consacrer à ma femme et ma fille de cinq mois, Marie qui sourit à toute heure du jour, lorsqu'elle est éveillée...
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°19 - Mars/Avril 1997)

