
PISTES :
1. A Prologue In Shadowland (2:40)
2. Master Magician (5:50)
3. Aesdal Theme I - The Pilgrim (2:10)
4. On Goes The Quest (4:50)
5. The Desert's Nightfall (2:34)
6. To The Black Tower Of Zaal (5:21)
7. A Song For Scianthe (3:40)
8. Masilis (Jewel Of The South) (3:22)
9. The Garden (5:00)
10. Exile From Yond Aeth (4:11)
11. Lessons Of Iantha (2:24)
12. Hawait (5:03)
13. D'Anjal Unfolds (5:07)
14. Wons (3:22)
15. A Vols On The Loose (4:56)
16. Emaendor (6:56)
a. Emaendor Init
b. The Quest Goes On
FORMATION :
Hein van den Brock
(chant, guitare acoustique)
Chris van Hoogdalem
(guitares, chœurs)
W. J. Maryson
(claviers, voix)
Henny van Mourik
(basse, chœurs)
Rob Boshuijzen
(batterie, percussions)
INVITÉS
Thijs van Leer
(flûte)
Rosemarije Laurens
(chant)
MARYSON
"On Goes The Quest (Master Magician II)"
Pays-Bas - 1998
WMMS - 67:26
Enfin disponible sur Terre, voici le deuxième épisode (sur un total annoncé de cinq) de la geste épique et colorée du «Maître Magicien». Sortie tout droit de l'imagination fertile de l'écrivain W.J. Maryson, cette odyssée fantastique se trouve une nouvelle fois traduite en musique par le plus compétent des adaptateurs, à savoir l'auteur lui-même. Nul doute par conséquent que nous soyons à nouveau plongés au coeur des paysages odoriférants de cette 'heroic-fantasy' progressive chère a notre littérateur néerlandais...
Compte tenu du caractère très consensuel du premier opus, Master Magician I, sorti depuis à peine un an, il y a fort à parier que cette suite était déjà fébrilement attendue par bon nombre de curieux. Il faut dire aussi que la musique de Maryson présentait sur cet essai de sérieux atouts pour séduire un large public. Jugez plutôt : un concept prenant et habilement illustré, des mélodies agréables, de multiples rebondissements faisant alterner avec bonheur moments intimistes et envolées solennelles... un véritable déploiement de charmes !
Bien entendu, On Goes The Quest, sorti également chez WMMS, se situe dans la ligne directe de son prédécesseur. On y trouve la même richesse de climats, soigneusement calibrés pour rendre compte de l'histoire le plus fidèlement possible, même si cet agencement millimétré semble à la longue relever davantage du procédé que d'une libre démarche artistique. Pour autant, le résultat s'avère aussi captivant, et révèle sur de nombreux points des progrès tangibles.
Les arrangements ont ainsi gagné en épaisseur, et la dimension symphonique s'affirme avec encore plus d'éclat. Conçues comme de véritables enluminures, les compositions (de 2:09 à 6:56 pour un total de 67 minutes) s'enchaînent avec une sorte d'évidence, parées de mélodies gracieuses que l'on se surprend rapidement à fredonner. Sous l'influence du guitariste Chris van Hoogdalem, qui nous gratifie de quelques solos joliment tournés, bien que peu démonstratifs, celles-ci acquièrent d'ailleurs une sonorité de plus en plus néo-progressive, parfois teintée de hard sur certains accompagnements. Si l'on ajoute à cela les délicates interventions du flûtiste Thijs van Leer sur les passages les plus romantiques, on a une assez bonne idée de la tonalité générale de l'album : On Goes The Quest s'écoute comme on feuillette un livre d'images.
Et pourtant, cette suite de morceaux n'est pas toujours exempte de défauts. Loin de les gommer, cet habillage chatoyant les fait paradoxalement ressortir avec plus d'acuité. Au-delà de tout jugement de valeur, il faut d'abord reconnaître que l'heroic-fantasy est, d'un point de vue littéraire, un genre extrêmement codifié. Malheureusement, la musique de Maryson présente des caractéristiques assez similaires : sans originalité vraiment marquante, finalement plutôt prévisible, elle restitue scrupuleusement les conventions du genre, d'autant qu'elle se trouve asservie à un déroulement narratif relativement rigide.
Principal accusé : le format chanson trop hégémonique. Peu innovant dans sa forme, Il limite forcément le champ d'expression, et canalise l'émotion à l'intérieur d'un cadre étroit que l'on aimerait parfois voir exploser. Même si l'album est émaillé de transitions instrumentales, celles-ci semblent avoir avant tout une vocation climatique. Par ailleurs, la beauté des mélodies ne parvient pas toujours à effacer un peti côté sucré, pour ne pas dire mièvre, particulièrement agaçant sur les morceaux les plus doux. C'est donc dans sa globalité qu'il faut appréhender On Goes The Quest car, comme dans tout concept-album réussi, la cohérence de l'ensemble rachète la faiblesse de certaines parties.
Soyons honnêtes, Maryson nous convie ici à un superbe voyage, assez passionnant pour faire oublier les quelques reproche évoqués précédemment. Sachant qu'il reste encore trois albums à venir pour clore cette aventure, on pourrait toutefois souhaiter que cet aède moderne ajoute à sa musique un petit grain de folie, ne serait-ce que pour éviter une trop grande uniformisation. Quoi qu'il en soit, la légende est toujours en marche... pour notre plus grand plaisir !
Olivier CRUCHAUDET
Entretien avec W.J. MARYSON :
Peux-tu
nous
résumer le concept de ce second album ?
L'album est basé, comme vous le savez, sur le second volume de mon épopée fantastique «Master Magician», intitulé «Emaendor». Il raconte l'histoire d'un jeune chevalier, Jyll, qui découvre un beau jour qu'il est l'Héritier, celui qui doit sauver le monde (Aidèn) de la menace grandissante de Yrroth, l'Empereur Noir du pays de Gormorod. Et franchement, dans un premier temps, il ne se sent pas vraiment d'attaque pour cette mission ! Alors la magicienne Iantha Daïlanche lui apprend à maîtriser les pouvoirs magiques qu'il se découvre progressivement. Dans le même temps, ses compagnons se rendent dans les ruines de Zaal, où ils vainquent un peu malgré eux le fantôme d'un roi vieux et cruel nommé Hertaloth. L'un d'entre eux, le chef de tribu Scianthe, devient alors fou et disparaît dans le désert... Plus tard, ils pénètrent dans la cité de Wons, où le lecteur apprend qu'il y a un traître parmi eux. Pendant leur traversée du désert, ils sont hantés par un être maléfique, le Vols. Jyll, qui a maintenant pris le nom de D'Anjal, et la magicienne Iantha, font alors leur retour sur le devant de la scène et défont le terrible Vols. D'Anjal trouve finalement Emaendor, le glaive des Dvargs, dans le tombeau d'Agmonor. C'est à ce moment que s'achève ce second livre...
Pourquoi avoir finalement sous-titré l'album On Goes The Quest ?
Jusqu'à quelques semaines à peine avant de terminer l'album, je pensais l'appeler simplement Master Magician II. Mais comme les séances d'enregistrement se sont apparentées elles aussi à une véritable 'quête', avec les bons et les mauvais aspects de la chose, j'ai décidé d'ajouter ce sous-titre. Je le vois aussi comme une allusion à la cohésion de plus en plus forte de Maryson en tant que groupe, notamment par rapport à l'objectif que nous nous sommes fixé d'enregistrer cinq très bons albums. Nous sentons tous que nous progressons, autant musicalement qu'humainement. Une amitié très forte s'est vraiment installée entre nous...
Ne penses-tu pas malgré tout que le choix d'adapter musicalement le contenu de tes livres ne s'avère finalement un parti-pris trop contraignant, créativement parlant ?
Je comprends que l'on puisse se poser cette question. En ce qui me concerne, pas de problème : mes livres m'inspirent, en tant que compositeur, largement de quoi remplir une dizaine d'autres albums ! Je ne vois en tout cas pas dans ce choix une contrainte, mais plutôt un avantage, car il y a dans l'histoire de «Master Magician» une gamme de sentiments, d'atmosphères et d'événements extrêmement large. C'est un avis que partagent Chris et Hein, le guitariste et le chanteur, qui ont tous les deux lu les trois premiers livres de la série. La musique que nous créons ensemble n'est absolument pas bridée par la nécessité de coller à l'histoire. Et puis, pour vous donner un autre élément de réponse, nous ne nous sommes nullement interdit de créer un album qui n'ait rien à voir avec la série, mais jusqu'ici le projet tel qu'il est continue à nous stimuler. Le monde que nous recréons en musique continue à nous fasciner ! Ceci dit, je compose actuellement des morceaux plus personnels qui pourraient trouver leur place dans un autre contexte dans les années à venir...
Autre aspect de la même question : le fait que le contenu conceptuel des albums soit connu à l'avance, par certains en tout cas (ceux qui auront lu les livres avant leur adaptation musicale), te semble-t-il problématique ?
Pas vraiment. Les gens savent déjà que le troisième album sera inspiré du troisième volume de «Master Magician», intitulé «Vloch». Ils savent également qu'il sera a priori composé et enregistré par les mêmes musiciens - plus un, le second claviériste Ardie Westdijk... Il est par conséquent évident qu'une partie de l'album sera prévisible, mais il y aura aussi des rebondissements inattendus et des atmosphères différentes.
A ce propos, les deux albums parus jusqu'ici sont similaires à bien des points de vue, mais on peut noter quelques différences. On peut dire, notamment, que On Goes The Quest est tantôt plus symphonique, tantôt plus proche du néo-progressif que Master Magician I. Y vois-tu l'illustration de l'expression «le changement dans la continuité» ?...
J'apprécie le fait que les gens reconnaissent le son typique de Maryson, se sentent familiers du concept, mais se rendent également compte qu'il y a aussi une évolution, une maturation. Que chaque nouvel album révèle des facettes jusqu'alors inconnues des musiciens qui créent et jouent la musique, et du monde dans lequel se déroule l'histoire que nous racontons. Mais, plus encore que tout cela, ce qui m'importe est qu'ils soient émus par la musique et les textes. Tel est mon but premier dans cette entreprise artistique. Quant vient le moment de sélectionner les pièces qui figureront sur chaque album, je me laisse guider par mes émotions; et en studio, j'aime nous laisser la possibilité de changer certains arrangements selon l'inspiration du moment, car la spontanéité et le hasard font souvent bien les choses...
L'une des rares critiques formulées à rencontre de ta musique est l'absence de morceaux vraiment longs, considérés comme le contexte idéal à l'épanouissement total de ton talent. Qu'as-tu à répondre à cette critique ?
On m'a déjà posé une question sur le même thème, et j'ai répondu que les morceaux longs peuvent être dangereux. Certains groupes élaborent des suites simplement parce qu'ils se sentent obligés de le faire pour satisfaire à l'étiquette progressive. Et souvent ils s'y noient. Pour ma part, je ne pense pas forcément que la musique progressive ou symphonique réclame forcément des pièces plus longues, du moins pas en tant que postulat de départ. Le choix d'un tel format doit répondre à un thème d'inspiration qui l'exige, et non pas l'inverse. Donc d'un côté, je ne suis pas d'accord avec cette critique : une chanson dure le temps qu'elle doit durer, un point c'est tout. De l'autre, je reconnais qu'elle n'est pas infondée, dans le sens où un morceau de grande envergure peut donner à un compositeur l'occasion de donner la pleine mesure de son talent. Mais il s'agit de ne pas mettre la charrue avant les boeufs... Coïncidence étrange, je suis justement au travail depuis quelques semaines sur un morceau intitulé «Murganith Scenes», qui devrait figurer sur le troisième album. Et il durera sans doute dans les 15-20 minutes, et je peux vous dire qu'il s'y passera toutes sortes de choses !
Comment as-tu obtenu la collaboration de Thijs van Leer, ancien mentor avec le guitariste Jan Akkerman du légendaire groupe progressif néerlandais Focus ? Peux-tu nous parler un peu de lui ? Cette association est-elle vouée à se prolonger au-delà de l'album ?
J'ai eu très tôt l'idée, après la parution de Master Magician I, de faire appel à un ou plusieurs invités pour l'album suivant, mais je ne savais pas vraiment qui. C'est alors que j'ai vu Thijs dans une émission de télévision, «Eurêka». J'étais fou ! J'ai immédiatement appelé la chaîne en question et ils m'ont mis en contact avec lui. Je lui ai fait parvenir le CD et quelques ébauches en vue du second album. Il a été très enthousiasmé et s'est dit prêt à collaborer avec moi. Comment vous le décrire ? Je dirais que c'est vraiment un 'gentil géant', tant physiquement qu'artistiquement ! Ces derniers mois, j'ai appris à le connaître vraiment, et mon respect pour lui ne cesse de grandir. Il possède une capacité rare à percevoir le sens profond de la musique et à trouver une manière de l'enrichir par son apport. Il ne lui a jamais fallu plus de deux ou trois prises pour parvenir au résultat que j'avais en tête. J'espère qu'il participera au troisième album, même si nous n'en avons pas encore discuté précisément. D'ici là, il nous rejoint de temps en temps pour nos concerts. A cette intention, il a appris quelques titres du premier CD, afin de pouvoir être présent sur scène avec nous pendant environ trois quarts d'heure,
Beaucoup d'entre nous sont frustrés de ne pouvoir lire tes livres. A quand une traduction française de ceux-ci ?
Vous savez, le monde de l'édition fonctionne très lentement... Ce mois-ci, mon premier roman, «Sperling», va être publié en Allemagne, en Autriche et en Suisse. A cette occasion, je suis passé chez le plus important éditeur fantastique du Bénélux, Meulenhoff. J'ai donc bon espoir qu'il y ait prochainement des éditions scandinave, anglaise et française ! Je vous en tiendrai bien évidemment informés le cas échéant.
Un mot sur le livret... Pourquoi est-il si sombre alors que ta musique est au contraire très colorée ?
Dans toutes mes créations, j'essaie de puiser dans l'ombre les couleurs et la lumière. Andy Latimer a dit un jour qu'on pouvait faire beaucoup plus de choses à partir de la mélancolie et de la tristesse qu'à partir de sentiments joyeux. Je suis assez d'accord. Les aspects dramatiques liés à l'ombre me donnent l'opportunité de travailler avec les couleurs qui se cachent dans cette ombre. Elle sont là, on peut presque les voir, les entendre ou les sentir. Certains amis à moi trouvent que je suis quelqu'un de triste, mais c'est faux ! Il y a beaucoup de positivité en moi. Mais l'excès de lumière n'est pas une bonne chose, elle ne reflète pas la réalité. Pour en venir au livret, c'est pareil : il peut sembler sombre, mais dans cette ombre il y a toutes sortes de couleurs...
Peux-tu pour finir nous parler de tes projets pour les mois à venir ?
Dans le futur proche, Maryson va se concentrer sur ses activités scéniques. Nous avons déjà un certain nombre de concerts prévus pour les mois à venir aux Pays-Bas, et j'espère que l'automne prochain nous pourrons faire une tournée européenne, avec des dates en Allemagne et en France. Du côté de mes activités littéraires, «Vloch» sera publié dans le Bénélux en octobre, et comme je vous l'ai dit, «Sperling» est maintenant disponible dans les pays de langue allemande. Je travaille également sur d'autres projets de romans et de poésie. Et j'ai en tête un projet de CD distinct de Maryson. Comme vous pouvez l'imaginer, mes journées sont bien remplies en ce moment !
Entretien réalisé par Olivier PELLETANT
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°25 - Mars/Avril 1998)

