BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Overture (2:35)
2. In Your Hands (4:19)
3. You Are a Part of Me (5:04)
4. Sax Fifth Avenue (4:21)
5. Forever And Ever (5:08)
6. Saturday Night In Tokyo (2:52)
7. Hawaii (5:14)
8. Straight Back To You (4:46)
9. If I Was (4:28)
10. Demimonde (3:26)
11. Let There Be Light (3:22)

FORMATION :

Lou Gramm

(chant)

John Waite

(chant)

John Wetton

(chant, chœurs)

Mitch Weissman

(chant)

Ian Lloyd

(chant)

Gary Brooker

(chant)

Steve Hackett

(guitare, harmonica)

Hugh McCracken

(guitare)

Peter Frampton

(guitare)

G.E. Smith

(guitare)

Maxwell McDonald

(guitare acoustique)

Kenny Aaronson

(basse)

Paul Ossola

(basse)

Stephen Goslingl

(piano)

Steve Holley

(batterie, percussions)

Michael Giles

(batterie, percussions, chœurs)

Park Stickney

(harpe)

Dan Coleman

(cordes)

Keith Underwood

(flûte)

Immanuel Davis

(piccolo)

Catherine Cho
Louise Owen
Time Summers
Patricia Sunwoo
Eva Burmeister

(violons)

Daniel Panner
Sheila Browne

(violons alto)

Matthew Herren
Alexis Gerlach
Edward Arron

(violoncelles)

IAN McDONALD

"Drivers Eyes"

Royaume-Uni - 1999

Camino Records - 45:44

 

 

L'annonce de la sortie prochaine d'un album solo de Ian McDonald provoqua il y a quelques mois un émoi légitime au sein de la communauté progressive. Le prodigieux multi-instrumentiste qui, pour beaucoup, reste l'âme du King Crimson originel, et par là même l'un des artisans de la naissance du rock progressif, allait enfin refaire parler de lui après une absence totale de près de vingt ans du paysage musical !

Les souvenirs se figent d'autant plus facilement dans nos mémoires que rien ne vient entre-temps s'y superposer. Pour nombre d'entre nous, l'artiste Ian McDonald reste le jeune homme à l'air timide qui, après son départ prématuré de la bande à Robert Fripp, commit en duo avec Michael Giles le délicat et envoûtant McDonald & Giles. Ou le saxophoniste devenu discret qui revint prêter main forte à King Crimson (qu'il faillit réintégrer alors) pour le final époustouflant de «Starless»... Ou le producteur dont les choix se portèrent invariablement vers le rock progressif - Darryl Way's Wolf, Fruupp, Fireballet ou Starcastle pour n'en citer que quatre.

Bref, le souvenir laissé par Ian McDonald dans ses vertes années reste vivace au sein du microcosme progressif, même s'il ne s'appuie finalement que sur une production discographique des plus maigres. Quantitativement moindre, finalement, que celle du second jalon majeur de sa carrière : la célèbre formation anglo-américaine Foreigner, qu'il fonda en 1976 et dont il fit partie pendant quatre ans. Il enregistra avec elle pas moins de trois albums, dispensant une nouvelle fois ses divers talents d'instrumentistes, jusqu'à se faire congédier assez brutalement par Mick Jones, guitariste et leader du groupe.

On le voit bien dans cette mise en parallèle : l'épisode Foreigner n'est aucunement à négliger dans les attentes qui devaient être les nôtres concernant ce Drivers Eyes, bien au contraire même. Parce qu'il est le plus récent d'une part, et parce qu'il fut bien plus long que tous les autres. Ceci étant, les circonstances de la réapparition inattendue du musicien (la promotion du coffret «Epitaph») et l'annonce (démentie par les faits) de la possible participation de ses trois anciens collègues de King Crimson (finalement, seul Michael Giles est présent à ses côtés), laissaient aux fans du McDonald des débuts une lueur d'espoir...

Cette lueur fait néanmoins rapidement long feu, si je puis dire... De progressif, il n'est en effet que très peu question sur Drivers Eyes, même si la musique découverte peut assez souvent s'apparenter à de la pop-prog inspirée. De part le format assez réduit des 11 présentes compositions (de 2:35 à 5:14), il est logique d'effectuer davantage de liens stylistiques avec Foreigner qu'avec King Crimson...

Néanmoins, n'allez pas imaginer que le Ian McDonald actuel n'a plus rien à exprimer. Certes, l'ambition instrumentale (bien que trois titres le soient totalement) est absente des débats, mais la grande sensibilité du maître de cérémonie (qui se traduit par de délicates effluves symphoniques) fait très souvent mouche et capte l'auditeur un peu malgré lui. Le coté sucré des compositions et la multitude des invités qui leur donnent vie (au hasard, John Wetton, Michael Giles, Steve Hackett, Lou Gramm, Peter Frampton ou encore Gary Brooker...) finissent de nous faire oublier la relative insignifiance des thèmes...

C'est pourquoi une telle chronique risque de ne contenter personne et aura bien du mal à vous donner une réponse satisfaisante à la question suivante : que vaut vraiment cet album ? D'un point de vue strictement progressif, pas grand chose c'est sûr. D'un autre côté, si vous n'attendiez rien de précis d'un tel album et d'un tel artiste (et vous êtes peut-être nombreux à ne pas jeter d'incessantes oeillades vers le passé), il me semble que vous pourrez trouver beaucoup de charme à ce Drivers Eyes qui évoque souvent le Alan Parsons Project du début des années 80...

Un grand nom donc pour un album qui ne l'est certes pas autant, mais qui capte irrémédiablement la sensibilité de l'auditeur progressif; celui en tout cas qui apprécie ce genre de sucreries musicales, le laissant néanmoins constamment osciller entre ravissement et écoeurement...

Olivier PELLETANT

Rencontre avec Ian McDONALD :

Première question évidente : qu'as-tu donc fait entre ton départ de Foreigner, en 1980, et ton retour sur le devant de la scène avec Steve Hackett 16 ans plus tard ?

Eh bien, j'ai vécu et travaillé à New York... Je n'ai effectivement rien fait qui ait eu beaucoup de retentissement, mais j'ai continué à composer, faire des séances de studio, toutes sortes de choses. J'ai élevé mon fils, aussi, ce qui n'est pas rien ! Et puis j'ai formé deux ou trois petits groupes, monté quelques projets dont cet album solo que j'ai finalement réussi à mener à bien récemment.

Sur combien de temps s'est étalée l'écriture des morceaux ?

Certains remontent à la fin des années 80, mais ils étaient restés pour la plupart inachevés. J'ai donc retravaillé certains détails, notamment au niveau des textes et des mélodies, plus récemment. L'enregistrement des bases des morceaux s'est étalé sur plusieurs années lui aussi. Donc je dirai que, globalement, Drivers Eyes a été conçu sur une période d'une dizaine d'années, même s'il a été finalisé - et certains choses 'rafraîchies' - au cours des deux dernières années...

On retrouve selon les morceaux de nombreux visages connus - John Wetton, Steve Hackett, Michael Giles... - mais tu sembles également t'être entouré d'un groupe assez stable...

Je suis heureux que vous l'ayez remarqué. Steve Holley a joué la plupart des parties de batterie, et Kenny Aaronson a fait de même pour la basse. Ce sont deux de mes musiciens préférés, ils vivent tous deux à New York. Steve est surtout connu pour avoir fait partie de Wings, le groupe de Paul McCartney, à l'époque de l'album Back To The Egg je crois. C'est un excellent batteur et un très bon ami, et j'essaie de travailler avec lui dès que l'occasion se présente. Quant à Kenny, il a travaillé avec pas mal de gens, parmi lesquels Joan Jett et Billy Squier. Si je parviens comme je le souhaite à donner des concerts pour promouvoir l'album, ils seront sans aucun doute à mes côtés tous les deux...

On ne s'étonnera guère de retrouver à tes côtés certains de tes collaborateurs passés. Mais tu n'avais jamais travaillé avec Gary Brooker et Peter Frampton. Les connais-tu depuis longtemps ?

Oui, ce sont vraiment des amis. Je connais Peter depuis pas mal d'années, comme ça, mais nous n'avions jamais collaboré d'un point de vue professionnel. Je l'ai croisé il y a deux ou trois ans lors d'un concert et je lui ai parlé de mon album. Il a immédiatement accepté d'y participer. J'avais une chanson dont je pensais qu'elle serait parfaite pour lui, et je suis très content du résultat. Quant à Gary, je le connais par le biais de Peter Sinfield, avec lequel il est très ami. Nous avions participé ensemble, il y a deux ans, au concert organisé par Annie Haslam au profit des enfants bosniaques. Mais c'est par le biais de Peter que je l'ai contacté pour qu'il vienne chanter sur l'album.

Lorsque tu as donné ces fameux concerts au Japon avec Steve Hackett, on a parlé de ton 'comeback'. Etait-ce également ta façon de voir les choses ?

Je ne sais pas... J'ai été très heureux de faire cette tournée, c'était formidable. J'ai toujours adoré jouer sur scène, et l'opportunité de le faire en compagnie de Steve Hackett et John Wetton, que je connaissais mais avec qui je n'avais jamais vraiment travaillé, c'était quelque chose que je ne pouvais pas laisser passer. J'aurais seulement aimé que ça dure un peu plus longtemps ! Nous commencions à peine à nous sentir vraiment bien ensemble quand il a fallu tout arrêter et rentrer à la maison... Mais bon, j'ai pris beaucoup de plaisir à le faire, c'est le principal.

Etait-ce la première fois depuis Foreigner que tu jouais sur scène ?

Oh non, pas du tout. J'ai toujours continué à le faire, de temps en temps. Il y a notamment un concert annuel, à Long Island où j'habite, qui S'appelle le Great American Guitar Show, et je m'y suis produit deux ou trois fois. Cette année en particulier, j'y ai joué plusieurs titres de Drivers Eyes, ainsi que des morceaux plus anciens comme «In The Court Of The Crimson King» ou «Long, Long Way From Home» de Foreigner. Bref, non, je n'ai jamais arrêté de faire de la scène, c'est juste que je l'ai rarement fait sous mon propre nom.

Tu n'interviens finalement que peu en tant que chanteur sur Drivers Eyes. Manques-tu de confiance dans tes capacités vocales ?

Il y a un peu de ça. J'ai beaucoup travaillé ma voix depuis un an ou deux, afin de l'améliorer d'un point de vue technique. Donc je suis plus confiant maintenant en tant que chanteur, et en fait je chante plus sur l'album que je ne l'avais prévu au départ. La raison pour laquelle j'ai préféré faire appel, la plupart du temps, à d'autres chanteurs, c'est pour conserver un regard objectif, et envisager l'album en tant que producteur et auteur-compositeur, pas en tant que chanteur. Il est difficile de se produire soi-même, du point de vue du chant. Donc j'envisageais de ne chanter qu'une chanson, au plus. Finalement, je me suis dit qu'après tout c'était mon album, et qu'il serait logique que j'en chante plusieurs. Mais mon approche était centrée sur la musique, c'est elle qui est au centre de l'album, pas moi en tant que personne.

C'est donc avant tout en tant qu'auteur que tu revendiques cet album ?

Pas seulement. Je joue de pas mal d'instruments, en plus de chanter parfois et de produire. Je ne veux en aucun cas dénigrer mon rôle de musicien, je joue de la flûte, du saxophone, des guitares, des claviers, plein de choses. On peut difficilement parier d'un rôle secondaire !

Dans l'éventualité de concerts, serais-tu le seul chanteur ?

Ça, c'est une des choses qui restent à définir. Je ne pense pas, je crois que je ferai appel à d'autres chanteurs. Evidemment, il sera difficile d'avoir tous les chanteurs de l'album à mes côtés pour une tournée, mais... Peut-être ferai-je appel à différents chanteurs selon les endroits. Je vais essayer de voir qui est disponible, et nous verrons. Evidemment, j'aimerais beaucoup que John Wetton participe à la tournée, car il chante superbement sur l'album, une chanson qui est très importante pour moi, et je rêve de la jouer sur scène avec lui un jour.

Pour revenir à l'album, certains se seraient attendu à un style plus progressif, eu égard à ton passé au sein de King Crimson...

Tout dépend de ce que l'on entend par 'progressif'...

Il n'y a pas de suite de vingt minutes, par exemple !

Bon, d'accord (rires)... Mais il s'agit d'une certaine façon d'une pièce musicale de 44 minutes. J'ai en effet envisagé Drivers Eyes comme un tout, en veillant à ce qu'il puisse être écouté du début à la fin avec un sentiment de continuité, des contrastes au niveau des ambiances, des tempos... Maintenant, s'agissant de savoir s'il s'agit ou non de musique progressive, je ne sais pas. Pour moi, la musique progressive, la raison pour laquelle elle est née à une certaine époque, c'était pour introduire au sein du format rock de départ, avec guitare basse et batterie, des influences différentes. C'était ça, King Crimson : il y avait au sein du groupe des expériences et des influences très différentes, qui furent incorporées à ce qui était au départ un groupe de rock'n'roll. Cet album, pour moi, relève d'une démarche assez semblable. Mon écriture est à la croisée d'influences très diverses, qu'il s'agisse de gens comme Chuck Berry, les Beatles ou les Stones pour le rock, ou de la musique classique, du jazz... Prenez un morceau comme «I Talk To The Wind», par exemple, c'est une chanson folk très simple, qui fut simplement enregistrée dans un contexte que l'on peut qualifier de 'progressif', à une époque où ce genre musical venait d'apparaître. Pour moi, «Drivers Eyes», dans le sens où il perpétue cette tradition du mélange de styles, est progressif. Je suis gêné lorsqu'on donne à ce terme une signification trop étroite - selon ma propre définition, ma musique l'est toujours.

Quand on pense à toi, on pense cependant aussi à ton jeu de saxophone très 'coltranien' sur «21st Century Schizoid Man», ou à ta participation à l'orchestre free-jazz Centipede. S'agit-il d'une facette de ta personnalité musicale que tu as totalement délaissée ?

Je ne crois pas, elle est toujours là, quelque part. Il y a beaucoup de saxophone sur Drivers Eyes, beaucoup plus que je ne l'avais envisagé au départ. Sur trois morceaux au moins. Mais de toute façon, le saxophone n'est pas mon instrument de départ. A la base, je suis guitariste. Ensuite, j'ai commencé à jouer du piano, puis de la clarinette, de la flûte et enfin du saxophone. Donc je ne me considère pas prioritairement comme un saxophoniste. Ce n'est qu'un instrument parmi ceux que je joue. J'ai toujours été ce que l'on appelle un multi-instrumentiste...

A ce propos, est-il vrai que c'est à l'armée que tu as appris tous ces instruments ?

C'est tout à fait exact. J'ai malheureusement passé mes années d'adolescence dans l'armée, et plus exactement dans une fanfare. D'abord une fanfare de jeunes, puis une véritable fanfare. J'y appris à lire la musique, à écrire des arrangements, ce genre de choses. On m'y a enseigné la clarinette, suite à quoi j'ai appris moi-même la flûte et le saxophone. Cette expérience m'a permis de m'initier à toutes sortes de styles musicaux, qu'il s'agisse de chansons style Broadway, de quintette à vents classiques, de jazz en petit groupe, de la musique de danse, etc. Sans oublier, bien sûr, la musique militaire ! Je crois que ça m'a été très profitable plus tard, d'avoir été ainsi confronté à tant de styles différents. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles j'ai fait tout ça, du reste.

Après ton départ de King Crimson, tu as enregistré un album en duo avec Michael Giles, puis tu t'es tourné vers la production. Pourquoi ne pas avoir continué à faire tes propres albums, avec ou sans Mike ?

En fait j'ai toujours été intéressé par la production. Devenir producteur n'était que la suite logique d'un certain nombre d'expériences précédentes, notamment In The Court Of The Crimson King dont j'avais été le principal producteur. Puis il y eut effectivement l'album de McDonald & Giles... J'aime faire des disques, c'est tout. Certains groupes m'ont demandé de les produire, ce que j'ai fait. Pour moi, ce ne fut aucunement une rupture avec mon passé. Et puis j'ai joué un peu sur chacun de ces disques. Quant à McDonald & Giles, il ne fut jamais vraiment envisagé de faire d'autres disques. C'était une expérience unique, il n'y eut jamais de projet de groupe à partir de là. De toute façon, peu de temps après je suis parti vivre à New York, ce qui a changé pas mal de choses. J'ai également passé un an et demi à Los Angeles autour de cette période. Donc il n'y avait pas de projet de second album, même si j'espère bien qu'un jour ou l'autre Mike et moi referons un disque ensemble...

Le fait que tu ne te sois plus exprimé, en tant qu'auteur ou interprète, entre McDonald & Giles et Foreigner, était-ce le résultat d'un manque d'opportunités ?

Pas vraiment. En un sens, il existe toujours des opportunités. C'est justement pour cette raison que je suis parti vivre à New York, parce que j'avais l'impression que j'y trouverais davantage d'opportunités. Je trouvais que les choses allaient trop lentement pour moi en Angleterre. New York m'attirait, d'une façon assez inexplicable, et j'ai ressenti le besoin de m'y installer. Et de fait, il ne s'est pas écoulé beaucoup de temps avant que je participe à la fondation de Foreigner, qui a rapidement eu du succès. Donc avec le recul c'était plutôt une bonne décision !

Quels sont tes meilleurs souvenirs de Foreigner ? Les concerts devant des dizaines de milliers de personnes ?

Bien sûr, il y a ça. Le groupe était extrêmement populaire, nous nous produisions dans des stades, des salles immenses... C'était fantastique ! Et la réalisation des albums fut tout aussi excitante pour moi. Comme je l'ai déjà dit, j'adore faire des disques, et pour ce qui est des deux premiers albums de Foreigner, j'estime avoir fait du bon boulot. Mais c'est vrai, les concerts étaient parmi les meilleurs côtés de cette aventure. Nous avons même fait, à un moment donné, une grande tournée mondiale. J'ai connu beaucoup de bons moments avec ce groupe.

Et de moins bons moments aussi. Tu n'es apparemment pas parti de ton plein gré...

C'est vrai. Mick Jones et Lou Gramm ont décidé, à un moment donné, qu'ils allaient désormais être les seuls maîtres à bord. Mick voulait mettre plus en évidence le fait que c'était son groupe à lui. Il a donc décidé de réduire les effectifs. C'était sa décision, à lui seul. Personnellement, je ne serais pas parti sans ça. J'adorais ce groupe. Ce n'était en aucun cas ma décision.

Foreigner était-il pour toi un contexte musical créatif ou étais-tu forcé à faire des compromis ?

Evidemment, il y avait obligatoirement certains compromis. Ce groupe ne reposait pas autant que King Crimson sur un échange mutuel, c'était un mode de fonctionnement différent. L'objectif était d'écrire des chansons, point à la ligne. Mais j'ai été très impliqué dans la réalisation de ces disques, dans l'arrangement et l'écriture des morceaux, sans doute plus qu'on pourrait le penser en lisant les crédits. Beaucoup de choses dont je suis à l'origine ne m'ont pas forcément été attribuées. Mais bon, ça ne fait rien, j'ai été heureux de les faire, quand on est dans un groupe on doit être généreux. Ceci dit, je ne veux pas avoir l'air de dire que j'ai tout fait, ce serait très loin de la vérité. Mais je tiens à redire que, bon, j'étais là, j'étais impliqué. Et j'ai beaucoup aimé ce groupe.

Il y a deux ans, tu as participé en compagnie des autres membres originels de King Crimson à deux séances de dédicaces à l'occasion de la sortie du coffret Epitaph. Comment as-tu vécu cette expérience ?

Oh, c'était absolument formidable ! C'était un grand jour pour moi, parce que c'était la première fois que le groupe, y compris Peter Sinfield, se retrouvait dans la même pièce depuis la séparation du groupe, en décembre 1969 à San Francisco. Se retrouver tous ensemble après tout ce temps, c'était très émouvant. Bien sûr, ce n'est pas pareil que de rejouer ensemble, mais j'ignore si cela se fera un jour. Et rencontrer tous ces fans fut aussi très gratifiant. J'ai vraiment passé un excellent moment.

Vois-tu King Crimson comme une grande famille ?

Peut-être peut-on effectivement dire qu'il existe des sentiments familiaux, ou plus exactement confraternels, entre les différents musiciens qui ont participé à King Crimson. C'est en tout cas vrai dans le cas du groupe originel, il y a encore des liens affectifs très forts. Et bien sûr, il y a aussi des connexions avec quelqu'un comme John Wetton, mais je l'ai en fait connu par d'autres biais, ce n'est pas forcément lié à King Crimson.

Tu as fait allusion à la possibilité d'un second album de McDonald & Giles. Le morceau que vous avez enregistré ensemble sur Drivers Eyes en serait donc une sorte d'avant-goût...

Un avant-goût, oui... Je ne sais pas, c'est une possibilité. Il était effectivement intentionnel de faire un morceau où Mike et moi jouerions tous les instruments, un morceau de McDonald & Giles. Michael enregistre actuellement son album solo, j'y ai participé et je vais sans doute enregistrer d'autres contributions bientôt. Et nous nous voyons à chaque fois que je passe par l'Angleterre. Alors évidemment, il nous arrive de parler de faire un autre disque ensemble, mais rien n'est fermement décidé pour le moment car nous sommes tous deux pris par notre propres projets. Mais c'est quelque chose que j'aimerais beaucoup faire...

Tu as aussi parlé de concerts pour promouvoir Drivers Eyes. Des projets précis ?

Non, rien de définitif encore à ce stade. J'aimerais beaucoup faire une tournée. Mais il reste encore à régler le problème de la distribution de l'album aux Etats-Unis. Une tournée ne peut être sérieusement envisagée qu'à partir du moment où l'album est sorti dans les trois principaux marchés - Japon, Europe et États-Unis. Evidemment, ça ne se fera certainement plus cette année, mais j'espère au début de l'année prochaine. Je suis impatient de jouer sur scène, et évidemment je serais très heureux de passer par la France !

Travailles-tu à d'autres projets en ce moment ?

Je viens de terminer de produire l'album d'un harpiste, Park Stickney, qui a d'ailleurs participé à mon album, sur le morceau «Hawaii». C'est un excellent harpiste de jazz. J'aimerais continuer à faire de la production, avec différents artistes. Et évidemment je pense à mon prochain album. J'ai déjà écrit quelques morceaux. Il me reste maintenant à travailler les arrangements, à décider quelle sera l'atmosphère générale, ce genre de choses. J'y travaille en ce moment... dans ma tête !

Entretien réalisé par Aymeric LEROY

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°31 - Juillet 1999 - et 32 - Octobre 1999)