
PISTES :
1. Introduzione (2:13)
2. Sfera Di Fuoco (1:20)
3. Cielo Della Luna (2:38)
4. Salita A Mercurio (2:50)
5. Cielo Di Mercurio (2:31)
6. Salita A Venere (3:37)
7. Cielo Di Venere (Notturno Su Venere) (3:50)
8. Il Sole (2:37)
9. Cielo Di Marte (6:00)
10. Cielo Di Giove (4:14)
11. Cielo Di Saturno (3:05)
12. Stelle Fisse (3:07)
13. Empireo (6:13)
14. La Chiesa Delle Stelle (6:05)
FORMATION :
Davide "Jimmy" Spitaleri
(chant, flûte)
Enrico Olivieri
(claviers, chant, flûte)
Leonardo Gallucci
(basse, guitare classique)
Fabio Moresco
(batterie)
EXTRAITS AUDIO :
METAMORFOSI
"Paradiso"
Italie - 2004
Progressivamente - 50:20
On le sait, tous les groupes n'ont pas la même productivité. Personnellement, j'ai tendance à préférer ceux qui prennent le temps de peaufiner leur musique, quitte à se faire un peu attendre, aux formations hyper prolifiques souvent brouillonnes. Mais alors là, franchement, dans le genre pas pressé, Metamorfosi mériterait de figurer dans le Guiness Book des records : plus de trente ans pour donner suite à son dernier album, excusez du peu, certains fans sont peut-être déjà morts à force d'attendre... Entre temps, les États-Unis ont subi une cuisante défaite au Viet-Nam, le mur de Berlin s'est écroulé, l'Amérique civilisée a déclaré la guerre à l'axe du mal, et un riche patron de télévision poubelle tient les rennes du pouvoir en Italie. Croyez-vous que cela change quelque chose à l'affaire ? Ben non, Metamorfosi n'a pas changé d'un cheveu, à peine blanchi, comme si le temps s'était arrêté, et nous revient fringant avec un album digne de sa réputation passée, jusque dans le son même que l'on croirait d'époque. Dingue, je vous dis...
Bon, pour ceux qui ne s'en souviendraient pas, Metamorfosi fait en effet partie de cette vague de groupes au symphonisme si typique et gorgé d'orgue, à l'instar de Le Orme, L'Uovo di Colombo, Alluminogeni, Corte dei Miracoli et consorts, qui ont déferlé sur l'Italie au début des années 70. On lui doit deux albums : E Fu Il Sesto Giorno en 1972, composé de sept chansons aux arrangements chaleureux, déjà très réussies bien qu'un peu datées, que l'on pourrait même rattacher au proto-prog de la fin des années soixante, et surtout Inferno, en 1973, un disque largement acclamé, grâce auquel le groupe s'est acquis un renom définitif. Constitué de deux suites inspirées par la Divine Comédie de Dante, cet opus se hisse sans mal parmi les plus virtuoses et les plus expressifs de l'époque, aidé en cela par la voix de ténor incroyablement puissante et emphatique de Davide Spitaleri. Le groupe y abandonne presque totalement la guitare pour se livrer à un progressif très proche d'ELP impétueusement charrié par un déluge de claviers volubiles, et reposant sur une assise rythmique bétonnée (le talent du batteur, Gianluca Herygers, mérite vraiment d'être souligné), d'une finesse tantôt déliée, tantôt explosive (l'enchaînement "Caronte"/"Specciatore Di Droga" est à ce titre carrément tellurique, normal puisqu'on est en enfer...). Autrement dit, un classique incontournable pour tous les amateurs du genre.
Vous l'avez compris, comme son nom l'indique, Paradiso n'est autre que le pendant logique de ce sémillant coup de maître. Mais pourquoi donc avoir attendu aussi longtemps pour nous livrer cette suite ? Si l'on en croit le petit texte à l'intérieur livret, il semble que le groupe ait continué à avoir une certaine activité pendant quelques années (Spitaleri, pour sa part, sortira deux albums solos à la fin des années 70), le temps apparemment de composer le successeur d'Inferno, mais que le marché du disque, de plus en plus verrouillé pour le rock progressif pur jus, ne lui ait pas laissé la liberté de publier une musique exempte de compromis. Difficile de dire si cette explication se suffit à elle même, ni de dater avec certitude les nouvelles compositions qui nous sont proposées. Seul constat véritablement concret, il ne reste plus du line-up originel que les deux compères Davide «Jimmy» Spitaleri au chant, et Enrico Olivieri aux claviers, mais qui représentent tout de même à eux-seuls le son de Metamorfosi, et suffisent à garantir la légitimité de cette re-formation. Nouveaux venus, Leonardo Gallucci occupe le poste de bassiste, tandis que Fabio Moresco officie à la batterie avec brio, même s'il ne parvient pas totalement à nous faire oublier son prédécesseur. Il faut dire que le concept même de Paradiso, forcément plus apaisé, ne lui permet pas fréquemment de se livrer à de bruyantes démonstrations.
Car là où Inferno privilégiait le grandiose, Paradiso ferait plutôt dans la dentelle, tout en finesse et en légèreté, mais sans jamais se départir d'une certaine solennité, voire souvent d'un fringant dynamisme, qui en raffermissent continuellement le propos. La qualité de l'enregistrement rend d'ailleurs enfin honneur à la musique de Metamorfosi en lui procurant un relief saillant, en particulier au chant de Spitaleri, dont l'amplitude crève littéralement les enceintes (tant que ce ne sont pas les tympans...). A cette clarté du son s'ajoute la luminosité des mélodies, à mon sens les plus généreuses et les plus belles que le groupe nous ait jamais offertes. Servies par une instrumentation d'une chaleur incomparable, synthétiseurs et piano en tête, elles nous convient vers un havre de plénitude et de pur équilibre harmonique, même si l'on relève ici et là un côté légèrement affecté, très chanson Italienne, dans la noble tradition du «Bel Canto» (Je vous cite mon épouse, il est vrai peu versée dans le prog mais toujours pertinente, s'exclamant lors d'une écoute distraite : «Tiens !? Depuis quand tu nous passes Florent Pagny chantant Caruso ?»). Bon, disons que si tous les titres n'évitent pas les clichés, l'album se rachète amplement grâce à la finesse subtile et constante de son inspiration.
C'est d'ailleurs cette dernière caractéristique qui me donne envie de classer Paradiso parmi les sorties italiennes les plus raffinées de ces dernières années, en dépit de son classicisme un peu précieux, comme s'il en émanait une intelligence discrète, une profondeur s'exprimant en demi-teinte et qui vous pénètre lentement, au fil des écoutes. A vrai dire, la musique de Metamorfosi n'a perdue (relativement) en énergie que ce qu'elle a gagné en classe et en élégance altière. Il suffit, pour s'en convaincre, d'écouter les enivrants «Cielo Della Luna» ou «Cielo di Venere», dans un registre capiteux et éthéré, relevé par quelques envolées martiales tout de même très réminiscentes des grandes heures d'Inferno, sur «Salita a Mercurio» et «Cielo di Marte», et surtout ce majestueux final que constituent l'instrumental «Empireo», alternant symphonisme délié et apaisements béats, suivi de «La Chiesa delle Stelle», un titre transpercé par le timbre vibrant de Spitaleri, à fendre le verre, qui pourrait bien vous convaincre d'investir dans un bon double vitrage. Tout cela coule de source avec une confondante fluidité. Quant à la mise en place, elle est impeccable, et témoigne de l'aisance caractéristique d'une grande formation, sûre de son art.
Je ne ferai pas l'affront au groupe de qualifier Paradiso d'album de la maturité, surtout après trente ans de gestation, mais reconnaissez que l'on peut tout de même se réjouir lorsqu'une reformation aussi tardive accouche d'un petit joyau. Décidément, les vétérans Italiens se portent bien, comme le confirme également le dernier Le Orme, tout aussi séduisant, et que j'ai envie de conseiller aux mêmes amateurs de belles aubades latines. Sachez enfin que Metamorfosi n'a pas l'intention d'en rester là, puisqu'un nouvel album intitulé Purgatorio est d'ores et déjà annoncé, clôturant un peu dans le désordre une trilogie illustrant le célèbre poème de Dante Alighieri. C'est à se demander où ils vont bien pouvoir trouver leur inspiration après cela. J'ai bien une idée : pourquoi ne pas leur proposer de mettre en musique les deux-mille cinq-cent pages du Mahâbhârata. On en reparle dans quatre-vingt-dix ans.
Olivier CRUCHAUDET
(chronique parue dans Big Bang n°55 - Octobre 2004)


