BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. The Birth (7:01)
2. When Kenny Was Sad (7:58)
3. Springtime (4:48)
4. Beyond The Wall (6:45)
5. Confinement (4:16)
6. The Killing Machines (4:27)
7. The Secret Room (3:31)
8. Revelation (2:23)
9. The Book (4:22)
10. The Escape (5:53)
11. Then All Was Silent (10:45)

FORMATION :

J.-P. Schenk

(chant, chœurs, claviers, batterie, synthétiseur basse)

Giova Esposito

(guitares, basse)

David Grillion

(guitares)

Olivier Guenat

(guitare  [1])

Milena Zaharieva

(flûte [10])

METAMORPHOSIS

"Then All Was Silent"

Suisse - 2005

Autoprod. - 62:56

 

 

Une musique accessible est-elle inférieure à une musique complexe ? Voilà un sujet d'esthétique susceptible de faire un peu marcher nos neurones et nous rappeler le bon vieux temps du bac philo. Si personne ne se pose clairement la question en ces termes, celle-ci divise pourtant de façon latente le monde progressif. En tant que chroniqueur, nous avons sûrement tendance à exiger le maximum des musiciens, à souhaiter qu'ils aillent jusqu'au bout de leur démarche progressive, sans tenir compte finalement de ce qu'ils ont à y gagner en terme d'audience. Cela dit, avons nous nous-mêmes intérêt en tant qu'auditeur à nous enfermer dans le versant musical le plus abrupt ? Il convient de ne jamais perdre de vue que la musique, aussi sérieuse soit-elle, reste avant toute chose, une affaire de plaisir. Celui-ci n'étant pas de même nature suivant qu'il est immédiat ou différé, de la même façon qu'il n'est pas souhaitable de manger tous les jours dans un 3 étoiles, tout mélomane qui se respecte ne peut définitivement renoncer à ses œufs au plat. Les plaisirs se déclinent et c'est tant mieux car cela laisse une place à ceux qui n'ont pas un bagage technique culminant.

Vous l'aurez donc compris, Metamorphosis ne joue pas en première division. Sa modestie ne compromet pas pour autant sa réussite. Certes, il n'est pas évident de s'inscrire dans un registre progressif et de jouer, dans le même temps, la sécurité d'une séduction immédiate. C'est pourtant ce que le groupe parvient à faire avec Then All Was Silent. Sa recette repose sur une constante sagesse à peine troublée par quelques digressions instrumentales. Ainsi, La couleur de son propos désigne bien quelques références progressives mais elles sont plutôt à rechercher dans une catégorie "soft". Le côté Pink Floyd par exemple est davantage à rechercher dans le groupe sans Roger Water ou dans le versant qu'exploitait avec succès Alan Parsons Project. L'interprétation très soignée limite peut-être excessivement les risques, mais la qualité des arrangements assure un impact immédiat à des compositions attrayantes, dynamisées par une rythmique que certains jugeront sûrement un peu trop carrée.

Sans vouloir paraître intégriste, il est difficile de ne pas regretter une plus grande ambition, mais deux titres en particulier nous démontrent clairement que Metamorphosis n'est pas forcément dans l'erreur. Sans contrarier la formule qui prévaut sur cet album à l'unité indéniable, celui-ci démontre qu'il peut l'exploiter avec la plus grande réussite. «When Kenny Was Sad» (8:00), avec une mélodie bien ficelée, un bon final instrumental et un chant efficace dans l'aigu, s'approche des meilleurs tubes d'Alan Parsons. D'autre part, «The Escape» (5:56) tire lui, toute sa force de ses vocaux. En imitant assez bien ceux des premières chansons de Pink Floyd («Julia Dream», «Remember A Day», «Embryo», etc.), il insuffle à ce morceaux une véritable magie. Il aurait évidemment été souhaitable que le groupe exploite davantage ce registre vocal, en tous cas, on l'y encourage pour un prochain album.

Metamorphosis œuvre dans un créneau légitime et nécessaire au sein des musiques progressives, n'en déplaise à ceux qui s'échinent à en isoler la partie la plus élitiste. Et si Then All Was Silent ne démontre pas en tous points et sur toute sa durée l'opportunité de cette démarche, beaucoup y trouveront tout de même largement leur compte; mieux encore, le groupe y a posé les jalons d'une progression qui s'annonce d'ores et déjà des plus probantes.

Laurent MÉTAYER

(chronique parue dans Big Bang n°59 - Octobre 2005)