BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Max Planet (incl. The Sudden Turbulent Landing Procedure) (13:58)
2. Ten Peppermint Butterflies In A Ray Of Moonlight (14:00)
3. Opening Ceremony To The Trolls Seventeenth Olympic Games (14:51)
4. Tellus Will Tell Us Its Will (21:31)

FORMATION :

Ole Ivar Jørgensen

(guitare, claviers)

Steffan Hunstad

(basse)

Stig-Rune Holien

(batterie)

Arne Wikstrøm

(saxophone)

Kriss Stemland

(claviers)

METROGNOM

"Twangyluck"

Norvège - 2007

New Personal Records - 64:21

 

 

La Norvège n’occupe qu’une petite place dans l’histoire des musiques progressives mais fait preuve, depuis quelques années, d’une vitalité qui n’a plus rien à envier à celle, par exemple, de ses voisins suédois et finlandais. En témoigne l’émergence de nombreuses et talentueuses formations parmi lesquelles on peut citer Panzerpappa, Wobbler, Gargamel, Magic Pie (dont le deuxième opus est chroniqué dans ces pages), Retroheads, Kvazar, Seid, Gazpacho…sans oublier White Willow, qui ferait presque office de vétéran. Bien souvent, ces groupes partagent, malgré leurs différences stylistiques, une inspiration seventies clairement revendiquée mais aussi souvent très bien digérée. A cette liste, non exhaustive bien sûr, il conviendra désormais d’ajouter MetroGnom. Ce jeune quintet fondé en 2002 à Bodo mais sorti de nulle part risque fort de faire parler de lui, dès son premier album.

Entièrement instrumental (hormis quelques voix ‘robotisées’ sur le titre d’ouverture), Twangyluck nous renvoie quelques décennies en arrière avec son attirail vintage déployé tous azimuts, à commencer par des claviers analogiques jusqu’au bout des ongles (orgue Hammond et Mini-Moog, plus rarement Mellotron). Mordantes ou soyeuses, souvent sur le devant de la scène, les guitares se parent de sonorités et d’effets variés et se voient régulièrement épaulées par un saxophone qui ne manquera pas d’évoquer certaines références en matière de prog cuivré (‘boisé’ serait un terme plus approprié puisque le saxophone, instrument à anche et non à embouchure, fait partie de la famille des bois) : le King Crimson des tout premiers albums, le meilleur du Camel des années 77-78 (le choix d’un titre de Raindances comme patronyme - sans le “e” final - n’est sûrement pas innocent), Gong ou encore Colosseum, pour n’en nommer que quelques unes. Bref, on découvre un progressif aux couleurs jazzy, psychédéliques, plus rugueux et moins ouvertement symphonique que le Hinterland de Wobbler par exemple. Rassurons quand même immédiatement les allergiques à un sax trop “free”, ce dernier évolue dans un registre mélodique, y compris en solo et n’accapare pas non plus l’espace sonore.

Avec trois titres frôlant ou atteignant le quart d’heure et un dernier dépassant les vingt minutes, le format étiré est privilégié sans ambiguïté… mais malheureusement sans toujours éviter les longueurs superflues. Pas vraiment du remplissage, mais disons que le groupe allonge par moment un peu trop la sauce, ce qui pourra aboutir à une dilution de l’attention chez certains auditeurs. En même temps, il se dégage de ces passages un petit côté jam session chaleureux qui pourra en séduire d’autres. Et n’exagérons pas non plus sur ce point, la musique est la plupart du temps solidement structurée et résulte d’un vrai travail de composition.

On ne peut pas dire que le groupe manque de culot, car choisir de débuter l’album avec un titre (“Max Planet”) essentiellement bâti autour d’un motif rythmique qui n’est autre que celui de “Watcher Of The Skies”, il fallait le faire ! Cet hommage déguisé (les notes sont différentes quand même) s’avère un peu trop insistant, s’étirant sur quasiment dix minutes, et ce malgré les variations autour du thème initial. Le final planant, puis plus intense avec un sax déchaîné (et même dédoublé par la magie du studio), permet néanmoins de terminer sur une note… différente. Une entrée en matière discutable mais qui est loin d’être totalement ratée, attention !, et qui prépare le terrain pour la suite.

“Ten Peppermint Butterflies In A Ray Of Moonlight” tout d’abord, avec sa splendide partie centrale en forme de subtile montée en puissance gorgée de Mellotron, encadrée par des séquences plus complexes et enfiévrées, et qui s’achève tout en douceur avec une guitare acoustique tissant des ambiances mélancoliques tout ce qu’il y a de plus scandinave. “Opening Ceremony For The Trolls Seventeenth Olympic Games” (!) ensuite, nous la joue quant à lui montagnes russes, proposant une succession ininterrompue de riffs et thèmes contrastés constamment inspirés, avec un réel à-propos dans l’enchaînement des sous-parties. Enfin, “Tellus Will Tell Us Its Will”, du haut de ses vingt-et-une minutes, offre un menu est à la fois équilibré et copieux à base de montées d’orgue frissonnantes, de riffs guitare/sax à l’unisson crimsoniens en diable et d’envolées spatiales.

A ce stade, le bilan est donc largement positif et la qualité supérieure de l’interprétation apporte la petite touche qui convainc définitivement. On sent qu’on a affaire à un vrai groupe, soudé, parfaitement en place, avec une complémentarité parfaite entre claviers, guitare et saxophone, même si les premiers demeurent naturellement majoritaires dans la création d’ambiances. Et mention spéciale à la section rythmique : le bassiste Steffan Hunstad assure un groove coulé à toute épreuve et le batteur Stig Rune Holien, bénéficiant d’une bonne prise de son de son instrument, déploie un jeu varié et percutant mais toujours fluide, insufflant un sacré dynamisme à l’ensemble.

Une bien belle surprise en somme que ce Twangyluck, album très attachant et ce jusque dans ses imperfections. Si MetroGnom ne s’est pas encore totalement dépêtré de ses influences, il ne sombre pas non plus dans le passéisme gratuit. Sa musique séduit car elle est vivante et intense, vibrante et lumineuse.

Clément CURAUDEAU (avec Yann CARREAU)

(chronique parue dans Big Bang n°66 - Été 2007)