BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Faunus pochette

PISTES :

1. Den Dagen Jeg Forsvank (9:21)
2. Virveldans (4:27)
3. Sjaelernes Evige Baeven (3:36)
4. Trollmann (6:10)
5. Sultekunstneren (9:23)
6. Den Gjengrodde Sti (0:58)
7. Englesangen (3:29)
8. Famle Rundi (4:13)
9. Krigsmann (7:56)

FORMATION :

Atle Bye

(basse, chant)

Rune Forselv

(batterie, percussions)

Halvard Jakobsen

(guitares)

Oystein Larsen

(orgue Hammond, piano, Mellotron, voix)

Stale Roar Leirtro

(chant, guitare)

MIKROMIDAS

"Faunus"

Norvège - 2005

Muséa - 49:25

 

 

Quintette norvégien «classique» (chant, guitare, claviers, basse, batterie), Mikromidas revient avec Faunus, quatre ans après un premier opus qui avait créé une bonne surprise lors de sa sortie en 2001. Un nouvel album qui se situe clairement dans la continuité de son prédécesseur, la maturité en plus, et qui en prolonge logiquement les options musicales, dont le choix courageux de chanter dans la langue natale des musiciens, pas toujours très fluide pour les oreilles non averties il faut l'avouer. On retrouve également les notes de livret explicatives en anglais à propos des paroles, initiative des plus sympathique. La pochette de Faunus est par contre encore une fois assez ratée, à l'inverse d'un livret plus travaillé et attrayant.

Pour ceux qui auraient loupé le premier épisode, Mikromidas œuvre dans un progressif symphonique évoluant entre mélancolie typiquement scandinave et passages plus rock et dynamiques. On pense encore souvent à Kerrs Pink, pour les influences folkloriques présentes, ou à Sinkadus, pour le son très typé 'seventies'. Le claviériste Oystein Larsen officie ainsi quasi-uniquement à l'orgue Hammond et au Mellotron (et plus rarement au piano), ce qui n'a bien sûr rien de follement original mais reste une preuve de bon goût et d'authenticité.

Si l'ensemble ne manque donc pas d'attraits, grâce à de bonnes trouvailles mélodiques et aux sonorités toujours magiques du Mellotron, il subsiste pourtant une impression d'inachevé, comme s'il manquait un petit quelque chose pour transcender des compositions qui, il faut bien l'avouer, ont souvent du mal à sortir du lot. L'on a souvent une sensation (parfois persistante d'ailleurs) de déjà entendu et le vertige de l'inconnu est pour ainsi dire aux abonnés absents, et rend même certains passages presque ennuyeux. D'autant plus que l'interprétation générale, si elle est loin d'être mauvaise, manque elle aussi de personnalité et de folie. Quant au chant, si l'emploi du Norvégien est là par contre un gage d'originalité, il est parfois limite niveau justesse, ce qui vu sa place importante dans la musique du groupe (tous les morceaux sont chantés à l'exception d'un court instrumental intimiste piano/mellotron), est un point à ne pas négliger.

Mais ces faiblesses n'empêchent pas de constater de vraies réussites comme l'introductif «Den Dagen Jeg Forsvant» (9:21), aux envolées captivantes et maîtrisées, le brumeux «Krigsmann» (7:56), ou encore l'instrumental déjà cité, à la beauté fragile et frissonnante (même s'il ne dure qu'une minute...). De manière plus globale, les morceaux les plus longs sont aussi les plus réussis et les plus riches, grâce à un goût épique et des contrastes plus prononcés; les pièces plus ramassées, sans être dénuées d'intérêt, restent plus conventionnelles et linéaires.

Au final, voilà un disque qui ne fera sûrement pas l'unanimité, ses réelles qualités (sens mélodique, saveurs folkloriques envoûtantes) ne compensant pas toujours un manque évident d'idées nouvelles, sans parler de la production très «vintage» qui fera fuir à coup sûr les amateurs de modernité. Après, tout dépend de la façon de l'aborder : si vous ne vous attendez pas à trouver le chef-d'œuvre de l'année, alors il est fort possible que vous soyez charmés par ce «petit» disque (rien de péjoratif là dedans), confectionné avec passion par un groupe de musiciens qui n'a sûrement pas l'ambition de révolutionner le monde progressif. A vous de voir donc...

Clément CURAUDEAU

(chronique parue dans Big Bang n°59 - Octobre 2005)