
PISTES :
CD 1 :
1. Pyramide (3:38)
2. Scarabée (Dung Beetle) (3:24)
3. Caramba! (0:49)
4. Uppsala (Sleepwalking in Uppsala) (5:51)
5. Tartine (Toast) (1:33)
6. Contrées Liquides (Liquid Lands) (5:44)
7. Polar (Film Noir) (6:35)
8. Boîte à Surprises (Jack-in-the-Box) (4:08)
9. Checkpoint Charlie (3:21)
10. Talrika (5:01)
11. Le Cruciverbiste (Crosswords) (5:28)
12. Gavotte Chétive (Skinny Dance) (1:57)
13. Bonsaï (Frosted Bonsai) (6:47)
14. Boîte à Rebuts (Garbage Can) (2:00)
15. Préparatifs de Vacances (Getting Ready) (1:19)
16. Forêt Dense (Deep Forest) (6:21)
CD 2 :
1. La Célèbre Boucle (The Famous Loop) (0:38)
2. Règne des Termintes (Bugs) (4:08)
3. Toutes Proportions Gardées (In a Manner of Speech) (6:47)
4. Mine de Rien (Mine of Nothingness) (3:45)
5. Singularité (Aztek Boogie) (5:42)
6. L'Inévitable (The Inevitable) (5:43)
7. Mangeur de Masters (A Master Tape Snack) (3:52)
8. Sorcier (The Warlock) (5:54)
9. Mme X (Mrs. X) (7:46)
10. Le Fantôme de M.C. Escher (The Ghost of M.C. Escher) (6:15)
11. Le Roi Soldat (The Soldier King) (4:16)
12. Pas À Ce Que Ie Sache, Sacha (Bulgarian Cave) (6:30)
13. Igor, I'ours à Moto (Igor, the Motorbike Bear) (6:51)
FORMATION :
Pascal Globensky
(claviers, synthétiseurs, piano)
Rémi Leclerc
(batterie, percussions, électronique)
Bernard Falaise
(guitare, basse fretless, platines)
Nicolas Masino
(basse, claviers, piano)
Marie-Chantal Leclair
(saxophones)
Marie-Soleil Bélanger
(violon, erhu)
Lars Hollmer
(accordéons, mélodica, claviers, voix)
Lise Millet
(basson)
MIRIODOR
"Parade"
Canada - 2005
Cuneiform - 64:06 / 68:14
C'est avec une impatience croissante que l'on attend la parution de chaque nouvel album de Miriodor, et la première bonne nouvelle avec Parade, c'est qu'on aura dû patienter un an de moins que la dernière fois. La seconde bonne nouvelle, c'est qu'en plus d'un album studio tout neuf, nous est offert (grâce à NEARfest Records) un second CD, témoignage du concert mémorable donné par les Québécois au NEARfest 2002, où l'on retrouve la quasi-totalité des morceaux de Mekano ainsi que deux issus du précédent opus de Miriodor, Jongleries Elastiques (1995).
En fait, on pourrait continuer longtemps cette introduction, car Parade n'est en réalité qu'une longue série de bonnes nouvelles. Et la plus importante d'entre elles, c'est qu'on y retrouve les qualités musicales uniques du groupe, à commencer par une densité d'idées exceptionnelle et un sens aigu des arrangements, qui rendent son audition aussi spectaculaire que passionnante. Que de chemin parcouru au fil des albums, pour atteindre désormais une telle perfection dans l'organisation d'une polyphonie où chaque note, chaque timbre, s'impose avec une totale évidence !
Pour pimenter un peu ce qui aurait pu n'être que la suite logique de Mekano, les Québécois se sont assuré la collaboration d'une figure majeure de leur style de prédilection : Lars Hollmer, le claviériste et leader de Samla, l'un des fondateurs de l'école Rock In Opposition. Hollmer signe seul l'une des compositions, «Talrika», et en co-signe deux autres avec Miriodor, et officie (principalement à l'accordéon, mais aussi aux claviers et, de façon anecdotique, au chant) sur les trois. Une rencontre qui pouvait apparaître comme inévitable, tant les idées musicales des deux parties semblaient faites pour se marier. La présence d'un morceau intitulé «Uppsala» au sommaire du CD enfonce le clou, puisque comme chacun sait, cette ville suédoise est la patrie de Samla.
Au départ, Miriodor envisageait de réaliser un CD entier avec Lars Hollmer, mais ce reliquat d'une petite vingtaine de minutes, loin de constituer un «album dans l'album», s'intègre parfaitement à l'ensemble. D'ailleurs, lorsque Hollmer délaisse l'accordéon, et son timbre très identifiable, pour les claviers, on perd un peu sa trace, l'instrumentation propre de Miriodor étant déjà riche en pianos et autres synthés, le bassiste Nicolas Masino secondant souvent Pascal Globensky à ce poste (et pour cause : il est en fait pianiste de formation).
Pour l'essentiel, on se retrouve en terrain connu, stylistiquement parlant. Les ingrédients du style Miriodor restent les mêmes : variété rythmique (avec des rythmiques souvent impaires, mais pas systématiquement), motifs de claviers cycliques, harmonies et contrepoints entre les lignes mélodiques de la guitare, du violon et du saxophone, et enfin, surtout serait-on tenté de dire, un souci constant de renouvellement du propos, en évitant à tout prix de s'attarder trop longtemps sur un thème ou une ambiance.
Conscient sans doute que cette frénésie de changement pouvait déboucher sur une impression de trop-plein, mais soucieux d'éviter aussi certains lieux communs du rock progressif, Miriodor s'est attaché à aérer son discours, au moyen de séquences, voire de pièces entières, contrastant avec la tonalité dominante de sa musique. Ainsi, la partie centrale atmosphérique de «Uppsala», où le basson de Lise Millet renvoie aux ambiances médiévales du «Midnight Mushrumps» de Gryphon, l'introduction au piano solo de «Contrées Liquides», ou encore l'orchestration très «musique du chambre» de «Gavotte Chétive». Ou, dans un registre plus expérimental et déconnant, les cassures de rythme sautillantes de «Tartine», les machines déglinguées de «Préparatifs De Vacances», le défouloir électrique de «Boîte A Rebuts» ou le beat technoïde, tenu tout de même à distance respectueuse dans le spectre sonore, de «Checkpoint Charlie».
On notera au passage que le CD se termine sur une note purement acoustique, les instruments électriques ayant peu à peu disparu pour laisser seuls en scène le violon, le basson et le saxophone. Un choix que l'on est tenté d'interpréter comme la revendication d'un souci d'authenticité de la part d'un groupe qui, par ailleurs, se passionne (et nous passionne) pour la technologie musicale la plus avancée, mais a réussi à trouver un compromis, plus probant que jamais sur cet album, entre la recherche de sons inédits et le respect de certains «grands classiques». C'est vrai des claviers, bien sûr, mais aussi de la guitare, dont il convient de noter une nouvelle fois que Bernard Falaise est un praticien parmi les plus enthousiasmants actuellement (il est d'ailleurs recommandé de s'intéresser à ses autres activités musicales, toutes passionnantes).
Inutile de poursuivre ce descriptif en forme de dithyrambe, il est de toute façon clair désormais que Miriodor se situe désormais dans les plus hautes sphères de ce que l'on appelle l'avant-prog, avec de surcroît, plus que beaucoup d'autres, la capacité à séduire un auditoire bien plus large que celui des seuls habitués de ces musiques. Lorsqu'en plus, au lieu d'un simple nouvel album qui est sans doute possible son meilleur à ce jour, on nous propose pour le même prix un véritable 'best-of' de sa dernière décennie d'activités, quel argument peut-on encore trouver pour convaincre que Parade est une acquisition rigoureusement indispensable ? Aucun, et c'est pourquoi je prends maintenant congé de cette chronique...
Aymeric LEROY
(chronique parue dans Big Bang n°58 - Été 2005)

