BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

CD 1 :
1. Forever Chained (7:56)
2. 5 Years (6:27)
3. The Gates Of Omega (27:03)
4. Moonsong (4:04)

CD 2 :
1. Home Sweet Home (16:20)
2. Castles Of Sand (11:44)
3. Stars And Tears (17:10)
4. Moonsong - The Conclusion (9:50)

FORMATION :

David Cremoni

(guitares)

Luca Palleschi

(chant)

Luca Dell'Anna

(claviers)

Cristiano Roversi

(basse, stick)

Max Sorrentini

(batterie)

MOONGARDEN

"The Gates Of Omega"

Italie - 2001

Mellow Records - 45:32 / 55:02

 

 

Le courant progressif a beau connaître actuellement une période faste (un nouvel «âge d'or», aime t-on souvent répéter dans ces pages), cela n'empêche pas certains de ses meilleurs représentants de garder le silence durant d'interminables périodes. Dans le cas qui nous intéresse, cinq ans auront ainsi été nécessaires à Moongarden pour enfanter son troisième album et donner une suite à Brainstorm Of Emptyness [sic].

Fidèle au label Mellow Records (c'est assez rare pour être souligné !), le groupe de Cristiano Roversi (une nouvelle fois compositeur de la totalité de l'album) l'est un peu moins avec ses chanteurs et le style musical honoré au fil des années. Dans le premier cas, force est de constater l'apparition d'un nouveau préposé au chant, alors que l'excellent Riccardo Tonco avait avantageusement remplacé le triste Simone Baldini, officiant sur Moonsadness (1994).

Vous êtes inquiets ? Ne le soyez pas, car le nouveau venu (Luca Palleschi) s'avère aussi talentueux que son devancier et se fond avec une réelle maestria dans la personnalité progressive de Moongarden. Justement, cette dernière a elle aussi subi quelques changements, au premier rang desquels on note la moindre influence que joue désormais Camel sur Roversi. Ce dernier semble vraiment avoir enfin trouvé la route qu'il était amené, en tant qu'artiste progressif, à emprunter, et les huit compositions (8, 6, 27 et 4 minutes pour le premier CD, 16, 12, 17 et 10 minutes pour le second) de The Gates Of Omega se proposent ainsi simplement de nous la faire découvrir...

Comment décrire le style de ce Moongarden, cuvée 2001 ? Pas facile à vrai dire, et il convient même d'avouer que les premières écoutes sont un peu déroutantes. Non seulement, bien sûr, car il s'agit d'un double-CD (ces 100 minutes là ne se digèrent pas facilement, vous pouvez me croire), mais surtout car l'ambition s'avère bien plus forte que par le passé et que son apprentissage réclame du temps. Ce concept-album a donc toutes les chances de faire date, au même titre que les autres double CD (IQ, Flower Kings, Ayreon...) qui ont fleuri ces dernières années. The Gates Of Omega a ceci de jouissif qu'il ne se cantone plus désormais à un style ou à une famille stylistique. Le brassage des genres qu'il effectue nous fait alors découvrir des paysages sonores des plus variés. Le néo-progressif côtoie ainsi des passages 'ambient-new-age', les envolées 'baroques' fréquentent des atmosphères symphoniques, etc. Moongarden, c'est à présent un sublime melting-pot, laissant certes parfois entrevoir les empreintes de certains noms connus (comme Pink Floyd, Genesis, Marillion ou même Gandalf et autres chantres de la new-age progressive) mais porteur d'une richesse sans équivalent aujourd'hui en Italie...

Pour ceux qui connaissent Brainstorm Of Emptyness, une précision importante s'impose. Le nouvel album rompt en effet assez franchement avec la densité de son prédécesseur, et prend bien plus de temps pour développer ses idées. Ce constat, évolution positive pour moi, ne manquera pas d'en faire hésiter d'autres, craignant sans doute que ce Gates Of Omega ne s'avère par trop 'paresseux'... Il est évident que la langueur rencontrée ici et là sur cette œuvre ambitieuse traduit la personnalité latine de son auteur, affaiblissant peut-être son potentiel consensuel. Néanmoins, je n'imagine pas quelqu'un, une fois décidé de s'offrir à cette musique en toute bonne foi, résister longtemps à son charisme, nourri tour à tour de séquences rêveuses (et somme toute très visuelles, à l'image de la B.O. d'un film - ah, ce mellotron !!!) et plus typiquement progressives, lors desquelles la dimension 'rock' reprend le dessus... A ce propos, il serait injuste de ne pas citer la très forte personnalité du guitariste David Cremoni, fidèle compagnon de Roversi, qui illumine à intervalles réguliers les longues compositions de The Gates Of Omega de ses solos (pour le coup très caméliens). Il fallait que ce soit dit, c'est fait.

Voici donc une expérience à tenter, car je n'imagine pas que l'on puisse la vivre sans en ressentir très vite les effets bénéfiques. Moongarden a bel et bien joué la carte de l'originalité progressive, misant autant sur l'onirisme des atmosphères créées que sur les valeurs les plus orthodoxes de notre style musical préféré. En ce qui me concerne, le résultat étant plus que concluant, je souhaite simplement qu'il en soit de même pour vous, sans faire de prosélytisme à deux francs, six sous...

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°39 - Mai 2001)