BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Doorway (11:36)
2. Dance Across The Ocean (7:30)
3. A Sun Of Your Own (9:19)
4. We Spin The World (24:52)
5. Beyond The Door (6:40)

FORMATION :

Simon Åkesson

(chant, chœurs, piano, orgue Hammond, Moog, Mellotron)

Petter Sandström

(chant, chœurs, guitare acoustique, harmonica)

Anthon Johansson

(guitares acoustique et électrique, chœurs, percussions)

Johan Westerlund

(basse, chœurs)

Anthon Johansson

(batterie, percussions, chœurs)

MOON SAFARI

"A Doorway To Summer"

Suède - 2005

Blomljud Records - 59:52

 

 

Lorsqu'un chroniqueur évoque le courant progressif scandinave, c'est en général pour se référer à son caractère sombre et torturé, au risque bien souvent de verser dans le cliché. C'est oublier en effet un peu vite que la Suède, pays peut-être le plus prolifique de la péninsule septentrionale, est aussi la patrie des Flower Kings, dont la musique est sans doute l'une des plus positive et lumineuse que le mouvement progressif ait jamais engendré. Comme vous l'avez peut-être senti venir, le groupe dont il est ici question (aucun rapport avec l'électro-pop à la française de Air...), possède plus d'une accointance avec cette icône progressive nordique. Non seulement parce que son premier album, dont la genèse remonte à 2003, a été produit et en partie mixé par Tomas Bodin (celui-ci se fend même d'un solo sur le premier titre), claviériste de qui vous savez, mais aussi parce que les compositions proposées évoquent furieusement les fastes colorés des «Rois des Fleurs», dans leur veine la plus inspirée.

De ce point de vue, A Doorway To Summer est un constant enchantement, un de ces albums qui vous mettent immédiatement à l'aise, heureux comme aux retrouvailles d'une vieille amitié. Imaginez une musique ronde, chantante, constamment joviale et volubile, hyper mélodique, aux développements riches et alambiqués mais dégageant une chaleur simple, immédiate. Comme signalé un peu plus haut, celle-ci s'inspire clairement des Flower Kings à leurs débuts (voire des Beatles sur quelques harmonies vocales), partageant le même suave lyrisme, jusqu'à rappeler la fraîcheur virtuose du tout premier album. Il faut dire que le jeu de guitare d'Anthon Johansson, à la fois fluide et incisif, constamment assujetti aux exigences de la mélodie, évoque fortement celui d'un certain Roine Stolt. Mais si les similitudes avec son homologue suédois sont nombreuses, Moon Safari développe un climat néanmoins très personnel, grâce à une palette sonore majoritairement acoustique, mise en valeur par des arrangements d'une délicatesse franchement pastorale.

Il va sans dire que je ne me permettrais pas un tel enthousiasme si la joliesse décontractée de ce premier opus ne s'appuyait pas sur des compositions carrées et une maestria instrumentale à toute épreuve, l'empêchant à tout moment de sombrer dans une ostensible mièvrerie (un seuil de tout façon relatif, dont l'appréciation varie selon la sensibilité de chacun...). Plus miel que guimauve, en quelque sorte, la musique de Moon Safari est en tout cas un formidable terrain de jeu pour des musiciens hors pair, dont la dextérité est ici constamment mise au service de l'émotion, sans effets de manches complaisants. C'est donc sans arrières pensées que l'on se régale de ce progressif symphonique aux atours typiquement seventies (les sonorités d'orgue en particulier, clairement vintage...), souvent vif et déluré, mais traité selon un mode délicatement gracieux, presque bucolique.

Particulièrement à l'aise sur les pièces les plus longues («Doorway» - 11:35 mn -, et surtout la très belle suite «We Spin The World», atteignant presque 25 mn), le groupe nous gratifie de nombreux développement faisant la part belle à un piano cristallin et au chant envoûtant de Petter Sandström (on pense un peu à Patrik Lundström, le maniérisme en moins), posés sur une subtile dentelle de guitare acoustique. Loin de desservir la musique, le chant est en effet ici l'une de se plus probantes composantes : suave et expressive, la voix d'or de Sandström prend une fascinante ampleur lorsqu'elle se démultiplie au sein de capiteuses harmonies chorales, envoûtantes suites d'accords d'une justesse si précise qu'elle en devient presque hypnotique (frissons garantis !). Certes, Moon Safari ne réinvente rien, n'a pas même la prétention de transmettre un profond message philosophique, mais ses compositions vibrent d'un bonheur simple, un authentique plaisir de jouer auquel il serait vain d'essayer de résister.

C'est donc sans autre argument que le seul bonheur procuré par une musique sincère et authentiquement joyeuse, que je vous invite à poser une oreille sur ce Doorway To Summer, petite perle symphonique susceptible de plaire au plus grand nombre sans décevoir les amateurs de virtuosité instrumentale les plus exigeants. Le genre d'album que l'on quitte apaisé, le sourire aux lèvres, comblé de bien-être et d'énergie positive. Heu - reux, tout simplement !

Olivier CRUCHAUDET

(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)