BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Sola Scriptura pochette

PISTES :

1. The Door (29:14)
a) Introduction
b) In The Name Of God
c) All I Ask For
d) Mercy for Sale
e) Keep Silent
f) Upon The Door
2. The Conflict (25:00)
a) Do You know My Name ?
b) Party To The Lie
c) Underground
d) Two Down, One To Go
e) The Vineyard
f) Already Home
3. Heaven In My Heart (5:11)
4. The Conclusion (16:34)
a) Randy's Jam
b) Long Night's Journey
c) Re-Introduction
d) Come Out Of Her
e) Clothed With The Sun
f) In Closing...

FORMATION :

Neal Morse

(chant, guitares, claviers)

Randy George

(basse)

Mike Portnoy

(batterie)

INVITÉS

Paul Gilbert
(guitares)

Chris Carmichael
(violon, violon alto)

Wil Henderson
(chant)

Rachel Rigdon
(violon)

Michael Thurman
(cor)

Hannah Vanderpool
(violoncelle)

Debbie Bresee
Wade Browne
Revonna Cooper
Richard Morse
Amy Pippin
Joey Pippin
April Zachary
(chœurs)

NEAL MORSE

"Sola Scriptura"

États-Unis - 2007

InsideOut - 75:59

 

 

Le nouveau Neal Morse est désormais pratiquement devenu une institution, au même titre que le Beaujolais : une qualité globalement similaire au fil des années, sans grande surprise pour celui qui le déguste, avec de légères nuances d'arôme. On peut en effet le dire d'emblée : ce cru est parfaitement dans la lignée de Testimony, et surtout One ou ?, le précédent disque, Cover to Cover, étant un cas à part.

Le duo de musiciens qui accompagne le multi instrumentiste est d'ailleurs identique, le solide Randy George à la basse et l'excellent Mike Portnoy à la batterie, dont les prestations respectives sont toujours de grande classe. Autre constante, la thématique religieuse des textes. Cette fois, c'est à Martin Luther, le fondateur de la Réforme protestante, que Neal Morse s'est intéressé. Toutefois, il ne s'agit pas pour lui de retracer la biographie de ce personnage historique, influences musicales d'époque à l'appui : plutôt que ses zones d'ombre et de lumière, c'est son message qui le motive, le retour à la Bible comme base de la foi chrétienne (le titre en latin de l'album signifie d'ailleurs «la seule Ecriture»). On retrouve donc des paroles déclinant un champ lexical relativement limité, surtout au fil des œuvres solo du bonhomme, avec une musique prog contemporaine, comme pour signifier l'actualité du message.

Pour autant, il n'y a pas de quoi bouder notre plaisir, car en ce qui concerne l'aspect purement musical des choses, la satisfaction est indéniablement au rendez-vous, avec au final un des meilleurs albums de Neal Morse. Quatre morceaux seulement le composent, et en dehors de «Heaven In My Heart», une agréable ballade somme toute assez classique, avec arrangements symphoniques à l'appui, les durées sont pour le moins consistantes : seize, vingt-cinq et vingt-neuf minutes, chacune de ces suites étant divisée en six mouvements aux transitions très fluides. Les deux plus longues, «The Door» et «The Conflict», sont particulièrement réussies, mais si «The Conclusion» est un peu plus courte, elle possède une intensité remarquable, et n'a absolument pas à rougir de la comparaison, bien au contraire. On y retrouve le talent de mélodiste de Neal Morse, avec des séquences chantées assez calibrées et proches des Beatles, parfois très entraînantes («In The Name Of God», «Two Down One To Go», «Long Night's Journey»), parfois trop évocatrices de compositions antérieures, les chœurs féminins témoignant plus que jamais de l'influence du gospel.

C'est surtout sur le plan instrumental que Sola Scriptura suscite le plus grand enthousiasme. D'abord en raison de parties extrêmement inspirées, qui sont à ranger sans conteste parmi les meilleures du compositeur (et claviériste souvent en vedette à travers de nombreux soli !). Ainsi, les cinq minutes du thème initial, «Introduction», qui réapparaît par la suite dans chaque épique, s'avèrent terriblement conquérantes, combinant des volutes orchestrales tempétueuses, des breaks répétés, quelques accents jazzy et une emphase maîtrisée à coups de Mellotron. Sans parler de séquences finales, sur «The Door» ou «The Conclusion», qui ont le chic pour faire vibrer la corde émotionnelle et susciter les frissons. Ensuite grâce à la présence d'un invité de grand calibre, le guitariste Paul Gilbert, ancien musicien de Mr Big avec Billy Sheehan. Il se fend en effet d'un magnifique solo empli de lyrisme sur le final de «The Door», fait sonner l'attaque très musclée de «The Conflict» presque comme du Van Halen, et délivre une prestation de guitare classique au mitan de la même pièce digne du grand Al Di Meola. Au rang des interventions talentueuses, on ne peut également passer sous silence l'excellentissime solo de violon sur «The Door».

Avec ce Sola Scriptura, Neal Morse frappe un grand coup, et élargira peut-être du même coup son public. Surtout, en dépit de ses redites et de ses textes à la spiritualité quelque peu formatée, ce nouvel album embrasse, et avec quel talent, pas moins de quatre décennies de musique proto, partiellement ou purement prog, des années 60 aux années 90. A ce titre, il est un ambassadeur idéal de notre mouvement.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)