BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Out Of The Green Sky (3:40)
2. Broken Glass (3:44)
3. Ghost In Dreamland (3:12)
4. Heart Life (5:50)
5. The End Of The World (4:04)
6. Black Rain (3:53)
7. Coming To... (2:52)
8. Candle To The Sky (8:19)
9. Carpe Diem (8:05)
10. Storms Over Still Water (7:39)
11. Tomorrow (3:40)

FORMATION :

Bryan Josh

(chant, guitares électrique et acoustique)

Heather Findlay

(chant, percussions)

Ian Jennings

(claviers, chœurs)

Angela Gordon Goldthorpe

(flûtes, chœurs)

Andy Smith

(basse)

Liam Davidson

(guitare slide)

Andrew Jennings

(batterie)

INVITÉS

Troy Donockley
(uilleann pipes, low whistle [9])

Chris Johnson
(chœurs [2])

Mark Goron
Chris Walkden
(chœurs [8])

MOSTLY AUTUMN

"Storms Over Still Water"

Royaume-Uni - 2005

Autoprod. - 55:02

 

 

Les anglais de Mostly Autumn franchissent donc à leur tour le pas. Après un seul album studio pour Classic Rock (les trois précédents étaient sortis chez Cyclops), mais une multitude de live et de DVD (!), la bande à Bryan Josh part voler de ses propres ailes et fonde sa propre maison de disques. Ainsi Storms Over Still Water sort en édition limitée après souscription (avec un DVD en bonus) chez Classic-Rock, mais l'édition "normale" est la première production de leur label.

Reconnaissons à leurs précédents producteurs de leur avoir fourni les moyens de leurs ambitions et de les avoir emmené au-delà du cercle très underground du prog (au moins en Angleterre), mais en contrepartie, le groupe s'est plus que dispersé en produits dérivés et a un peu perdu de sa crédibilité aux yeux de beaucoup. Faut-il voir de fait en ce nouvel opus un moyen de tirer au plus vite un trait sur cette commercialisation à outrance ? A l'écoute de Storms Over Still Water, on est en effet partagé. Car le groupe y dévoile les deux facettes les plus extrêmes de sa personnalité. Sans les nuances ni le liant que pouvait avoir le superbe Passengers... Peut-on faire bien en voulant aller très (trop) vite ?

Ainsi l'album déboule à fond de train en enchaînant les titres rock courts (six d'à peine quatre minutes en moyenne) et sans pratiquement la moindre velléité progressive ! A l'exception d'une ballade et de quelques moments d'accalmie bien trop rares, on est soufflé, mais malheureusement pas toujours dans le meilleur sens du terme. Le titre d'ouverture, par exemple, «Out Of The Green Sky», nous montre un Bryan Josh à la voix plus rocailleuse que jamais et la belle Heather Findlay a bien du mal à évoluer dans ce registre plus que forcé. Drôle de démarrage en fanfare... Il faudra attendre le troisième titre («Ghost In Dreamland») pour être un tant soit peu sensible à ce déluge. Et le suivant pour respirer et trouver enfin à entendre de la flûte («Heart Life»). On a un peu de mal à comprendre ce qui a pu pousser le groupe à se satisfaire de si peu. Et pourquoi avoir systématiquement limité ces morceaux au format «radiophonique» qui ne supporte plus rien au-dessus des quatre minutes ?

Musicalement, la mainmise de la guitare de Bryan Josh perturbe l'équilibre obtenu sur Passengers, qui voyait les claviers de Iain Jennings tenir enfin un rôle de premier plan. D'ailleurs, il est assez troublant de voir que l'instrumental écrit seul par ce dernier (même s'il a co-écrit plusieurs autres titres), et qui entame la seconde moitié plus symphonique de l'album, se termine brutalement, sans aucun fondu ! De même, jamais un album de Mostly Autumn n'a été aussi peu «flûté». Décidément, tout porte à croire que celui-ci a été fait un peu trop à la va-vite... et dominé par un Bryan Josh (un peu trop) omniprésent. Sa voix, de moins en moins «gilmourienne» mais de plus en plus âpre et grave, intervient au moins autant que celle d'Heather Findlay. Certes le contraste peut être intéressant, mais il n'est pas ici porté à son maximum d'efficacité.

Heureusement, la seconde moitié de l'album renoue avec le rock symphonique floydien et plus contrasté auquel le groupe avait su nous habituer. Les trois morceaux «épiques» qui la constituent (et qui tournent tous à 8 minutes environ au compteur) ont bien sûr de quoi nous rassurer quant aux capacités du septuor à nous faire encore rêver. On est même tout prêt à leur pardonner le manque d'ambition des premières vingt-cinq minutes tant un morceau comme «Carpe Diem» touche au sublime et représente pas loin de ce qu'ils ont pu écrire de meilleur. Epaulé par le fidèle Troy Donockley (joueur de Uilleann Pipes, membre de Iona), ce titre est un subtil dosage entre la voix d'Heather et les claviers de Iain en intro, prolongé par un merveilleux solo de guitare de Bryan. Là on ferme les yeux et on se laisse emporter, c'est le bonheur assuré !

Mais la construction de l'album en deux parties si distinctes a décidément de quoi interloquer... Passengers, qui avait certes pour lui un concept sous-jacent, était bien plus équilibré et ne semblait pas mettre dos à dos les adeptes du rock calibré pour bouger et ceux qui ne jurent que par la musique à écouter bien calé dans un fauteuil. Storms Over Still Water, à l'image de son titre (bien trouvé pour la circonstance puisqu'on peut le traduire par «Tempêtes au-dessus d'une eau calme» !) souffle donc le chaud et le froid. Selon votre humeur, vous écouterez une moitié de l'album plutôt qu'une autre. Mais espérons pour le groupe que le public ne se divise pas trop avec le sentiment de n'être qu'à moitié contenté. Plutôt qu'un nouveau départ, on préférera dire que Storms Over Still Water est un départ précipité ou une arrivée impromptue, selon le fameux principe du verre à moitié vide ou à moitié plein. Et souhaitons que Mostly Autumn se donne le temps de nous offrir à l'avenir un successeur globalement plus à la hauteur de ses pleines capacités.

Nota : le DVD de l'édition limitée (durée 60 minutes environ) contient un documentaire sur la genèse de l'album (avec interviews des musiciens), deux clips de «Broken Glass» et «Ghost In Dreamland» (qu'on apprécie presque plus avec les images), trois morceaux enregistrés en concert (et non des moindres : «Mother Nature», «The Last Climb» et «Shrinking Violet» dans des versions inédites), et deux derniers titres («Caught in a Fold» et «Return of the King») sur fond des projections diffusées sur écran pendant les concerts (c'est le bonus le plus dispensable du lot). Dépêchez-vous pour l'obtenir, les 2000 copies sont pratiquement épuisées à l'heure où vous lisez ces lignes !

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°58 - Été 2005)