BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Go Well Diamond Heart pochette

PISTES :

1. For All We Shared (7:18)
2. Violet Skies (4:07)
3. Deep In Borrowdale (6:53)
4. Something Better (3:56)
5. Go Well Diamond Heart (7:52)
6. Back To Life (6:25)
7. Hold The Sun (5:48)
8. And When The War is Over (7:32)

FORMATION :

Bryan Josh

(chant, guitares, claviers)

Olivia Sparnenn

(chant, tambourin)

Iain Jennings

(clavier, piano, orgue Hammond)

Andy Smith

(basse)

Gavin Griffiths

(batterie)

Anne-Marie Helder

(chant, flûte, claviers, guitare acoustique)

Liam Davison

(guitares électrique et acoustique, chant)

INVITÉS

Troy Donockley
(Uilleann pipes, sifflets [1,6,8])

Marc Atkinson
(choeurs [1,8])

EXTRAITS AUDIO :

MOSTLY AUTUMN

"Go Well Diamond Heart"

Royaume-Uni - 2010

Autoprod. - 49:48

 

 

Y aurait-il du Docteur Jekyll et Mister Hyde dans la personnalité équivoque de Bryan Josh ? Tout porte à le croire après l'écoute du nouvel album d'un Mostly Autumn remanié suite au départ de sa charismatique chanteuse Heather Findlay.

On sait l'homme sensible en termes d'amitié, de famille, et une partie de sa musique (et son jeu de guitare en particulier) exprime par bien des aspects cette sensibilité à fleur de peau. Mais on devine aussi un être plus bourru, amateur de longues soirées au fond d'un pub, auteur de textes assez radicaux et compositeur de musiques trop convenues pour ne pas dire "bourrin" !

On imagine bien quel choc le départ d'Heather Findlay a pu représenter pour lui, et même si Mostly Autumn a réussi à surmonter cette épreuve plutôt brillamment grâce à sa remplaçante Olivia Sparnenn, il suffit de lire l'intitulé de la quasi-totalité des morceaux pour s'apercevoir que son souvenir est encore partout (en dépit de textes qui, en dehors de «Violet Skies», ne la concernent pas vraiment). N'est-elle pas ce cœur de diamant (alors que le texte du titre correspondant évoque l'histoire tragique d'un fan du groupe, Lance Bombardier Ben Parkinson, soldat en Afghanistan amputé des deux jambes après que son véhicule a sauté sur une mine) ? Et que dire du premier morceau, «For All We Shared», qui renvoie au tout premier album qui vît naitre le groupe, à ce mélange réussi entre rock celtique (les Uillean Pipes de Troy Donockley) et lyrisme symphonique floydien...

Enregistrant le retour du claviériste Iain Jennings (parti après Storms Over Still Water en 2005) et l'arrivée d'un nouveau batteur (Gavin Griffiths, ex-Karnataka et Fish), Go Well Diamond Heart laisse sans doute trop les coudées franches à son désormais unique leader, celui-ci signant l'essentiel des compositions (huit de 3:56 à 7:52 pour l'édition standard - rappelons que sur le site officiel du groupe, une édition double est disponible, qui ajoute un autre CD avec également huit titres dont les qualités et défauts sont sensiblement les mêmes...).

Car si l'entame de l'album est particulièrement réussie avec les déjà cités «For All We Shared» et l'excellente chanson «Violet Skies» (où l'on découvre qu'Olivia Sparnenn a une voix très proche d'Heather Findlay dans le timbre, mais une puissance supérieure), les choses vont se gâter avec les deux suivants, des morceaux typé hard-rock dominés par le chant fatigué de Bryan Josh et une base rythmique d'un incroyable monolithisme ! Pendant les titres les plus dynamiques, la batterie se révèle vraiment décevante, limitée à des tempos binaires et dénuée de la moindre subtilité. Et comme celle-ci est mixée très en avant, difficile de se focaliser sur le reste de l'instrumentation.

On apprécie d'autant plus les moments de calme ou les titres mid-tempo comme «Back To Life» qui ravivent la fibre celtique du groupe. Les sons de Iain Jennings aux claviers ne sont pas non plus exempts de reproches : l'intro du morceau-titre évoque la musique du dessin animé Scooby-doo (!), et son ambiance générale gonflée de bruitages militaires n'a à mon sens pas toute l'intensité recherchée ; le gimmick "house" de «Hold The Sun» aurait pu être une bonne idée s'il avait pu disparaitre lorsque le morceau décolle enfin grâce à la guitare de Bryan Josh. Même le dernier titre, «And When The War Is Over», ne donne pas entière satisfaction pour ce qui est de conclure un album somme toute assez court pour ces anglais. Passée une belle intro gilmourienne à la guitare, le côté hymne un peu forcé finit par être trop facile et à la limite du "pompier".

Ces "détails" (plus ou moins importants) gâchent le plaisir, même après plusieurs écoutes. On se trouve avec cet album dans la position du buveur face à son verre à moitié vide ou à moitié plein. Le potentiel du groupe est immense : superbe chanteuse, renfort d'Anne-Marie Helder (trop sous-employée), une guitare lumineuse à maintes reprises, des compositions qui savent varier les genres. Mais ces atouts peuvent aussi cacher de gros défauts lorsqu'on considère que l'implication des autres membres de la formation est minime (voire inexistant) et que le groupe tend à caresser une frange de son public dans le sens du poil, excluant toute prise de risque et toute surprise. Mostly Autumn avait déjà partiellement déçu avec Heart Full Of Sky avant de joliment rebondir sur Glass Shadows. C'est parce qu'on aime beaucoup ce groupe qu'on espère vivement un retournement de situation similaire. Le temps peut-être pour Bryan Josh de faire taire Mister Hyde et de laisser s'exprimer les docteurs Jekyll qui l'entourent.

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°78 - Décembre 2010)