BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. ... Just Moving On (1:30)
2. We Come And We Go (4:36)
3. Half The Mountain (5:22)
4. The Eyes Of The Forest (2:53)
5. The Dark Before The Dawn (5:10)
6. Hollow (6:08)
7. Prints In The Stone (3:27)
8. The Last Bright Light (8:14)
9. Never The Rainbow (3:48)
10. Shrinking Violet (8:34)
11. Helms Deep (6:45)
12. Which Wood ? (2:45)
13. Mother Nature (12:09)

FORMATION :

Bryan Josh

(guitares, chant)

Heather Findlay

(chant, percussions)

Iain Jennings

(claviers, chœurs)

Liam Davison

(guitares, chant sur pistes 7/8)

Andy Smith

(basse)

Jonathan Blackmore

(batterie)

Angela Goldthorpe

(flûte, chœurs sur piste 10)

INVITÉS

Troy Donockley
(flûte basse - pistes 7/10)

Marissa Claughan
(violoncelle - pistes 4/6/10)

Albert Dannenmann
(divers instruments traditionnels)

MOSTLY AUTUMN

"The Last Bright Light"

Royaume-Uni - 2001

Cyclops - 71:29

 

 

Plus que l'auteur d'un superbe troisième album studio lui permettant d'ailleurs de passer du statut de jeune pousse prometteuse à celui d'imposant arbre (que l'on pourrait même imaginer déjà centenaire), Mostly Autumn est pour moi avant tout un groupe me faisant foncièrement aimer la musique progressive. Le singulier est ici de rigueur, car nos amis anglais n'ont pas la prétention (ni moi de leur faire jouer ce rôle) d'être représentatifs de l'ensemble du courant que nous défendons et aimons.

Néanmoins, cette assertion est suffisamment forte ainsi pour susciter quelque interrogation. Je m'explique. Sans vouloir vous proposer le fruit de ce qui pourrait ressembler à une introspection, force est de constater que la musique de Mostly Autumn a ceci de formidable qu'elle semble posséder un pouvoir fédérateur, une dimension universelle serais-je même tenté de dire... De manière plus prosaïque, il s'agit bel et bien d'une musique que l'on peut faire écouter à des personnes étrangères au monde progressif, sans faire germer chez celles-ci des sourires ironiques ou des rictus d'incompréhension; et pour revenir à l'introspection évoquée plus haut, pouvoir être enfin et simplement content de partager sa passion avec quelqu'un d'autre qu'un «progressivore à poils longs»... La peur inconsciente (ou presque) d'être assimilé à une organisation sectaire sans doute...

Bien sûr, le talent que j'évoque, Mostly Autumn n'est évidemment pas le seul à le posséder, et pour demeurer dans l'actualité, il est probable que le succès d'un Pendragon s'explique notamment et en partie par de semblables caractéristiques... Cependant, le groupe de Bryan Josh (principal compositeur, guitariste et dorénavant fréquent chanteur soliste avec la divine Heather Findlay) s'avère moins dépendant de recettes musicales prédéfinies, comme peuvent parfois l'être Nick Barrett et les siens.

Pour preuve, avec ce nouvel album, l'abandon de morceaux typiquement celtiques au profit de pièces aux influences tout à la fois plus larges et plus typiquement progressives. Certes, Bob Faulds, le violoniste des deux premiers opus, a quitté le groupe, réduisant de fait Mostly Autumn à sept musiciens, ceci expliquant cela... Mais la tonalité générale de The Last Bright Light évoque désormais davantage un symphonisme aux atours celtiques que le folk-rock à inclinations progressives de The Spirit Of Autumn Past.

Si l'influence de Fletwood Mac s'éloigne donc quelque peu, celle de Pink Floyd semble au contraire habiter désormais davantage les membres de Mostly Autumn. Mais les choses ne sont jamais aussi simples, et les raccourcis censés vous aider à y voir plus clair ne doivent bien sûr pas être pris au pied de la lettre. Ainsi, ce nouvel album mérite bel et bien d'exister par lui-même, sans être affadi par de sommaires comparaisons. Car même si le jeu de guitare de Bryan Josh évoque celui de David Gilmour, son intrusion au sein des morceaux, dans lesquelles s'ébattent par ailleurs claviers (de Iain Jennings) et flûtes (Angela Goldthorpe, invité sur le premier album, puis membre à part entière dès le deuxième), s'effectue de manière plus impromptue, moins académique. A l'exception néanmoins de «Mother Nature», superbe pièce de 12 minutes qui vient clore, après moults rebondissements instrumentaux lors desquelles la guitare fait preuve d'un lyrisme pour le coup des plus classiques et élégants, une œuvre de toute beauté...

Vous le voyez, l'expérience peut être tentée sans risque. Invitez parmi vos connaissances celle qui s'avère la plus frondeuse ou la plus hermétique à vos préférences musicales (si vous côtoyez quelqu'un qui réunit ces deux caractéristiques, ce sera encore plus probant !), et passez lui The Last Bright Light. L'effet étant immédiat, vous ne tarderez pas à l'entendre vous demander au hasard : «Eh, dis-donc, tu as vu que dans Shine On You Crazy Diamond de Pink Floyd, Rick Wright joue du synthé EMS et de l'ARP ? Moi, j'avais toujours cru bêtement que c'était du Moog !!». Euh, l'effet en question est peut-être un peu fort là... Mais expérience réussie !!!!

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°39 - Mai 2001)