BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Overture - Forge Of Sauron (4:07)
2. Greenwood The Great (Shadowy Glades) (5:25)
3. Goodbye Alone (6:52)
4. Out Of The Inn (5:19)
5. On The Wings Of Gwaihir (5:03)
6. At Last To Rivendell (3:38)
7. Journey's Thought (4:31)
8. Caradhras The Cruel (2:30)
9. The Riders Of Rohan (3:33)
10. Lothlorien (3:42)
11. The Return Of The King (3:19)
12. To The Grey Havens (5:59)
13. Helm's Deep [piste vidéo] (6:30)

FORMATION :

Bryan Josh

(guitares, chant)

Heather Findlay

(chant, guitare)

Iain Jennings

(claviers)

Liam Davison

(guitares)

Andy Smith

(basse)

Jonathan Blackmore

(batterie)

Angela Goldthorpe

(flûte, flûte à bec, chant)

INVITÉS

Duncan Rayson
(claviers, programmations - pistes 1/5)

Marissa Claughan
(violoncelle)

Marcus Bousefield
(violon)

Chè
(djembe)

MOSTLY AUTUMN

"Music Inspired By The Lord Of The Rings"

Royaume-Uni - 2001

Classic Legends Records - 51:54

 

 

Avec quatre albums studio à son actif en seulement trois ans, Mostly Autumn s'affirme comme l'un des groupes les plus productifs - et prometteurs - de la scène progressive britannique actuelle. Après avoir vu sa chanteuse, la très belle Heather Findlay, couronnée par la Classic Rock Society dès 1999 (à la suite de Tracy Hitchings, Annie Haslam et Joanne Hogg), le groupe de Bryan Josh a récemment élargi son audience en tournant avec divers «poids lourds», progressifs ou non (Blackmore's Night, John Wetton, Uriah Heep), et aux dires de ceux qui ont eu la chance de le voir, c'est sur scène qu'il donne toute la mesure de son talent.

Creusant le sillon très particulier du prog-rock celtique ou, si l'on préfère, du «folk floydien», Mostly Autumn, originaire du «Lake District» du Nord-Ouest de l'Angleterre, est peut-être le groupe qui a le mieux retenu la leçon de Jethro Tull - en offrant une musique procédant d'un dosage parfaitement équilibré entre l'introversion du folk et l'expressivité du (hard-)rock. Si vous jugez Clannad trop embrumé et trop mou, et si dans le même temps, les reels à n'en plus finir de Tempest ou Wolfstone vous saoulent, alors Mostly Autumn est pour vous !

Réalisé en quatorze jours en novembre 2001, pour «profiter du battage fait autour du film», comme le reconnaissent volontiers ses auteurs - et accessoirement pour illustrer un documentaire sur Tolkien produit par une filiale du label Legends -, The Lord Of The Rings n'est pas à proprement parler le quatrième album du groupe, mais un opus intermédiaire, «que l'on n'attendait pas»... A la suite de Bo Hansson et d'innombrables autres artistes progressifs, Bryan Josh caressait depuis longtemps l'idée d'un album inspiré par Tolkien (et il n'était pas le seul, comme en témoigne le récent - et peu convaincant - Middle Earth Album de Glass Hammer). D'ailleurs, deux titres anciens du groupe évoquant déjà des épisodes du Seigneur des Anneaux, «Into the Inn» et «Helm's Deep», sont repris (pour le second, en vidéo) dans le présent opus. Si l'on pouvait s'attendre, avec une telle source d'inspiration, à une musique plus sombre et grandiloquente (seul le titre d'ouverture, le dissonant et menaçant «Forge Of Sauron» évoque de manière immédiate l'œuvre de Tolkien - mais peu importe...), on reconnaîtra avoir affaire à un excellent album - peut-être le meilleur du groupe à ce jour. Avec les deuxième et troisième titres, «Greenwood The Great» et «Goodbye Alone», Josh a indubitablement signé ses compositions les plus fortes. Le premier - où les créatures de Sauron profanent la grande forêt - est une délicate chanson folk interprétée par Heather Findlay, qui débouche, dans sa deuxième partie, sur un solo de guitare d'une rare puissance, évoquant moins Gilmour (auquel Josh est souvent comparé) que le Steve Rothery de «1 000 Nights», ou encore le John Mitchell des Songs From The Lions Cage d'Arena. Le second - qui relate le départ de Frodon et l'énormité de la tâche qui l'attend - est une poignante ballade montant progressivement en intensité, où flûte et violon tissent de subtils entrelacs, avant de laisser place, là encore, à la Stratocaster de Josh.

Après une nouvelle version d'«Out Of The Inn» (qui figure par ailleurs sur le DVD/CD live The Story So Far), viennent deux instrumentaux, le planant «On The Wings Of Gwaihir», qui rappelle la face B (folk) de Led Zeppelin III, et l'élizabethain «At Last At Rivendell», composé par le claviériste Iain Jennings, et probablement inspiré au groupe par sa tournée avec Blackmore's Night. Josh revient au chant sur le contemplatif et mélancolique «Journey's Thought» (le mimétisme avec le Gilmour d'«Echoes» est cette fois patent), pour prendre ensuite l'auditeur à contre-pied avec les stridences de «Caradhras The Cruel». La fin de l'album, où alternent toujours pièces calmes, acoustiques, le plus souvent chantées par Heather Findlay («Lothlorien», «To The Grey Havens»), et poussées d'adrénaline électriques («The Return Of The King») paraît moins inspirée. Peut-être a-t-elle souffert d'une production trop hâtive, certains morceaux semblant s'achever prématurément ? Quant à la transition entre les plages 7 et 8, elle comporte un bug qu'on laissera découvrira l'auditeur... et qui sera probablement corrigé lors de pressages ultérieurs.

Mais ce ne sont là que broutilles. Il s'agit au total de l'album d'une formation en pleine possession de ses moyens - réalisé en à peine deux semaines (on n'ose imaginer le résultat si Josh et ses compagnons avaient pris tout leur temps !). Certaines lourdeurs, fautes de style ou complaisances néo-progressives, qui déparaient - très légèrement - les trois premiers albums, ont disparu au profit d'une écriture plus concise et aérienne. Le cinquième album du groupe est paraît-il en bonne voie. On l'attend avec impatience !

Philippe BABO

(chronique parue dans Big Bang n°43 - Mars 2002)