
PISTES :
1. Angle Dance (4:11)
2. Antidote To Dry-Dock (4:58)
3. Zoom Resume (7:16)
4. Horsebones (2:25)
5. Subduction (0:59)
6. Dream Beat (3:34)
7. Under Dali's Wing (3:10)
8. These Castle Children (7:36)
9. Queenside (5:37)
10. Street Dogs (1:20)
11. Angle Dance [Remix] (4:11)
12. Antidote to Drydock [Remix] (4:52)
13. Zoom Resume [Remix] (7:15)
14. Horsebones [Remix] (2:28)
15. Under Dali's Wing [Remix] (3:07)
16. Queenside [Remix] (5:37)
17. These Castle Children [Remix] (7:10)
FORMATION :
Tom Scott
(clarinettes, flûte, saxophones, bois)
Billy Swan
(basse, guitare, saxophones, effets sonores, chant)
Fred Frith
(guitare, piano, violon, harmonies vocales, piano préparé)
Dave Golub
(clarinette, sons, cris)
Dave Newhouse
(orgue, clarinettes, piano, claviers, saxophones, bois)
Paul Sears
(batterie, percussions, saxophone, chant)
Paul Sears
(basse, guitare, saxophone, chant)
THE MUFFINS
"<185>"
États-Unis - 1981
Cuneiform Records - 75:54
La boucle est bouclée : cinq ans après avoir réédité Manna/Mirage (1978), le premier (et plus célèbre) album du quatuor américain, le label Cuneiform, qui entretemps avait sorti deux compilations d'enregistrements rares ou inédits - Chronometers et Open City -, fait de même avec <185> (1981), sorti peu avant la séparation du groupe. Certes, il manque à cette discographie digitale le live Air Fiction (1979), mais celui-ci, désavoué par les musiciens, ne devrait pas sortir de sitôt de l'obscurité à laquelle le confinait déjà son pressage en quantités microscopiques au format vinyl.
Ce CD n'est pas une réédition comme les autres, dans la mesure où il nous propose non seulement les titres de l'album d'origine, mais également des versions alternatives de la plupart (sept sur dix, ce qui exclut trois improvisations). On peut ici parler, pour utiliser un néologisme approprié, de versions «démixées», dans la mesure où Fred Frith, producteur des sessions, avait passé les enregistrements à la moulinette d'un mixage plutôt radical (qualifié dans les crédits d'"anti-jazz" !). Cette démarche avait valu au groupe un certain nombre de critiques; le tir est aujourd'hui corrigé, puisque l'alternative entre versions «brutes» et «produites» nous est désormais proposée.
Comme l'explique Dave Newhouse (instruments à vent et claviers) dans l'entretien ci-après, les Muffins avaient entrepris, à l'époque de l'enregistrement de <185>, une radicalisation de leur discours musical résultant dans une approche instrumentale beaucoup plus brute et des compositions à la structure harmonique parfois floue. Les deux allant d'ailleurs de pair, l'abandon progressif des claviers laissant seuls en scène trois instruments monophoniques (deux saxophones et une basse) et la batterie.
Il en résulte une musique expérimentale et radicale qui s'éloigne des rivages progressifs pour partir à la conquête de contrées plus proches du free-jazz ou de la scène expérimentale new-yorkaise de l'époque. Une musique destinée donc en priorité à un public averti...
Aymeric LEROY
Entretien avec Dave NEWHOUSE :
A leurs débuts, les Muffins jouaient une musique d'inspiration assez «Canterburienne», avant de prendre au fil des années une tournure de plus en plus improvisée, voire «free». Peux-tu nous expliquer comment s'est opéré ce glissement ?
En fait, quand le groupe s'est formé, nous ne connaissions pas encore ce que l'on a appelé plus tard l'école de Canterbury. Nous avons découvert sur le tard les disques de Virgin. A l'époque, nous écoutions Soft Machine, Frank Zappa, Gentle Giant, Yes, King Crimson. Parallèlement, nous nous intéressions beaucoup au jazz, qu'il soit classique ou d'avant-garde : Miles Davis, John Coltrane, Ornette Coleman, Anthony Braxton... Evidemment, nous nous sommes rapidement identifiés à l'esprit de l'école de Canterbury, mais nous avons toujours essayé de conserver une identité distincte, typiquement américaine. Comme Henry Cow, nous aimions mélanger compositions très écrites et improvisation totale, mais dans un esprit plus typiquement jazz. C'était sans doute l'influence du mouvement free-jazz, notamment Sun Ra qui incarnait pour nous l'esprit de l'improvisation. Cette influence était présente dès le début, mais il est vrai qu'elle n'est devenue évidente qu'au fil des années. Au moment où nous avons fait <185>, je crois que nous étions parvenus à un bon équilibre.
Qu'as-tu fait depuis la séparation des Muffins ? As-tu toujours des activités dans la musique ?
Je n'ai pas joué en public depuis un certain temps. Je me consacre à ma famille et à mon nouveau métier d'instituteur. Mais j'ai mon propre studio, et j'ai enregistré plusieurs K7 que Steve Feigenbaum a distribuées via Wayside. Certaines comprennent des improvisations et enregistrements divers des Muffins, et d'autres choses. Je me suis acheté un clavier Roland il y a deux ans et je m'amuse beaucoup avec. J'ai accumulé entre 50 et 60 minutes de musique instrumentale que j'espère sortir un jour. La majorité est dans une veine 'canterburienne', avec des titres en forme de clins-d'oeil. Par ailleurs, je joue toujours beaucoup de saxophone, il faut que je garde la forme. En ce moment, j'économise pour m'acheter un magnéto digital huit pistes, en partie grâce aux royalties que je touche sur les CD des Muffins. La musique est une part de moi-même, et je ne cesserai jamais d'en faire, ne serait-ce qu'à titre de hobby...
Les Muffins se sont retrouvés en 1993 pour enregistrer un titre sur la compilation Unsettled Scores. Cette expérience aura-t-elle des suites ?
Sans doute, car cette réunion s'est merveilleusement passée. Le 'feeling' était absolument intact, nous en étions presque effrayés. Nous avons enregistré l'équivalent de deux cassettes lors de cette session. Peut-être en sortirai-je une partie... Et puis l'été dernier, nous avons failli donner un concert, mais cela n'a finalement pas pu se faire. Nous avions même établi une liste d'anciens et nouveaux morceaux... Nous allons sans doute réessayer l'année prochaine. C'est quelque chose qui nous manque, cette sorte d'électricité... Quel pied ce serait de nous retrouver tous sur une scène, tous les quatre, à improviser. C'est un peu comme marcher sur une corde raide, à la fois terrifiant et excitant !
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°18 - Hiver 1996/97)

