
PISTES :
1. Crisis 051209 (15:18)
2. Resentiment (8:55)
3. I Found A Deep Dark Hole And I Am Going To Jump In! (7:01)
4. Lethe (9:01)
5. Shell (16:28)
6. Tautrogy (3:46)
FORMATION :
Satoshi Kobayashi
(basse)
Kazumi Suzuki
(flûte)
Norimitsu Endo
(batterie)
Mitsuo
(guitares électrique et acoustique, trompette)
INVITÉS
Kei Fushimi
(guitare électrique)
Daishi Takagi
(claviers)
NAIKAKU
"Shell"
Japon - 2006
Poseidon/Muséa - 60:30
C'est un fait, le rock progressif japonais actuel n'a plus grand chose à voir avec celui, typiquement symphonique, des années 80. A quelques exceptions près, les productions nippones se situent désormais dans un registre 'fusion', que l'on peut juger trop balisé et stéréotypé, mais qui, il faut bien l'admettre, a engendré quelques réussites majeures comme le Four Corner's Sky de KBB ou le Leap Second Neutral de Machine & The Synergetic Nuts (ce n'est pas pour rien qu'ils figurent au sommet de mes classements annuels 2003 et 2005 !).
Sans atteindre le niveau des formations précitées, Naikaku, auteur d'un premier album paru en 2003 (Wheel Of Fortune), sort incontestablement du lot, notamment grâce à sa capacité à mélanger les genres et à s'extirper ainsi de schémas trop conventionnels. Les compositions, au nombre de cinq et totalement instrumentales, ne sont pas seulement jazz-rock mais intègrent aussi des éléments psychédéliques, metal, symphoniques et avant-gardistes pour un résultat tout à fait original. Les influences vont de King Crimson à Ozric Tentacles en passant par Jethro Tull, Mahavishnu Orchestra ou encore Dream Theater. Elles ne sont pas envahissantes pour autant. Non, Shell est avant tout un album de Naikaku.
Le duo fondateur, Satoshi Kobayashi (basse) et Kazumi Suzuki (flûte), s'est ici entouré d'une véritable équipe : deux musiciens de studio, Norimitsu Endo (batterie) et Mitsuo (guitare, trompette) auxquels il faut ajouter un second guitariste et un claviériste, crédités comme invités. Le rôle de ces derniers est, il est vrai, assez secondaire. Le maître des lieux est incontestablement la guitare électrique. Agile et mordante, elle trouve avec la flûte, allègre ou délicate, un allié de choix pour nous offrir des joutes passionnées et passionnantes, maelströms heavy-rock, ondulations jazzy (en compagnie de la trompette), tourbillons psyché-space, tout juste tempérées par de petites accalmies. Les claviers sont quant à eux accessoires, tissant quelques arabesques de Minimoog et nappes de Mellotron. En définitif, la démarche de Naikaku n'est pas sans rappeler, à un degré de maîtrise moindre, les prouesses d'Avant Garden, formation américaine hélas trop vite disparue.
Comme souvent chez les Japonais, la technique individuelle est bluffante. On le sait, elle peut parfois s'avérer néfaste, la virtuosité masquant une écriture des plus pauvres. Ici, elle est mise au service de l'expression collective, bien que flirtant dangereusement avec la démonstration. Quelques soli de guitare et des dissonances semblent ainsi superflus, pas forcément adaptés au contexte et donc étirant inutilement les compositions. Ces excès et extravagances sont heureusement concis et vite pardonnes, eu égard à la constante inspiration mélodique, à la richesse harmonique, à la recherche rythmique et aux nombreux rebondissements, sources de plaisirs renouvelés.
Sorte de fusion progressive d'inspiration seventies mais dotée d'une énergie rock toute juvénile, Shell est une œuvre intense qui resplendit sous les rayons du soleil levant.
Yann CARREAU
(chronique parue dans Big Bang n°62 - Été 2006)

