BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

What Colours pochette

PISTES :

1. Doors To The Dark Room (7:10)
part 1: reception
part 2: waiting room
part 3: the dark room
2. Precious Things (2:21)
3. Cabin Fever (6:36)
part 1: solitary confinement
part 2: undergrowth
part 3: out of the woods
4. Ghosts In The Wind (3:59)
5. Bastogne (2:44)
part 1: hold the line
part 2: foxhole
6. Halloween Factory (9:21)
part 1: production line
part 2: after dark
7. Release (5:34)

FORMATION :

Andy Chalinor

(guitares)

Paul Blewitt

(claviers)

Darryl Finch

(batterie)

Rob Tyson

(basse)

NAUTILUS

"What Colours The Sky In Your World ?"

Royaume-Uni - 2006

Cyclops - 37:40

 

 

Nautilus est un jeune groupe plein de promesses, originaire de la blanche Albion et qui, parti de l'autoproduction, a réussi à signer chez Cyclops. Quatre musiciens en font partie : Andy Challinor aux guitares et Paul Blewitt aux claviers, les deux compositeurs, ainsi que Darryl Finch à la batterie et Rob Tyson à la basse. Ce premier disque, qui se donne pour tâche de susciter la réflexion quant aux côtés sombres de notre réalité, vingt mille lieux sous la lumière, est totalement instrumental, et fort soigneusement produit. Les sept compositions de What Colours The Sky In Your World ? font preuve d'une belle inspiration et d'une indéniable richesse dans une certaine variété. De par la fluidité de la musique et sa dimension en partie planante, on pense à Pink Floyd et à tous ses nombreux successeurs, mais le King Crimson des années 80 vient également souvent à l'esprit du fait de certains sons de guitare caractéristiques et de progressions se terminant en explosions électriques à la dissonance contrôlée.

Les morceaux «Precious Things» (avec quelques touches de xylophone et de mellotron) et «Ghosts In The Wind», les plus courts (entre deux et quatre minutes), illustrent déjà cette équation, puisque débutant tout en douceur, avec des thèmes agréables, ils deviennent peu à peu plus denses, y compris pour les tempos, la guitare y délivrant des soli toujours mélodiques. Dans ce format, seul «Bastogne» est directement offensif, se rapprochant davantage d'un hard-prog sans prétention (peut-être en lien avec le thème possible de ce titre, lié à la Seconde Guerre mondiale ?).

Trois compositions sont plus étendues, s'étirant entre six et neuf minutes, divisées en plusieurs parties par le groupe, et surpassant les précédentes. Ainsi, «Doors To The Dark Room» s'ouvre par de délicats arpèges de guitare et un clavier jazzy, avant de s'assombrir de manière croissante, voire oppressante, avec une guitare qui soliloque et ouvre sur un nouveau thème noir terriblement séduisant. «Cabin Fever» est sans doute celui qui illustre le mieux le lien avec le roi cramoisi, jusque dans les contrastes et les variations sur un même thème, brillantes, avec en prime le seul solo de clavier du disque. «Halloween Factory», pour sa part, s'avère davantage construit sur une succession de thèmes sans véritables soli, mais avec la répétition, une fois la lumière des débuts éclipsée, de la mélodie principale, génératrice d'une certaine inquiétude, tout comme les meilleurs films d'horreur (dont le Halloween de John Carpenter, justement).

On peut rattacher à cet ensemble plus développé le conclusif «Release», qui alterne moments d'émotion calme et passages plus enlevés, la guitare et le piano véhiculant un lyrisme contagieux, teinté de mélancolie. Il serait injuste, enfin, de ne pas mentionner l'excellence de la section rythmique, qui officie dans un registre ni trop scolaire, ni trop démonstratif, d'une sobriété subtilement élaborée. Sans être nécessairement un chef d'œuvre, ce premier opus de Nautilus se révèle très attachant, sans aucune faute de goût ou baisse de régime, et l'inspiration dont il sait faire preuve dans la création d'atmosphères attirantes lui ouvre le chemin vers la cour des grands.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)