BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Living Out Loud (4:32)
2. Lost Cause (5:02)
3. Landslide (5:27)
4. That Which Doesn't Kill (4:42)
5. Everything is Wrong (5:03)
6. Nowhere Fast (3:45)
7. Emma (3:16)
8. A Whole Nother Trip (23:58)
a) Bomb That Can't Explode (9:03)
b) Mr. Upside Down (4:41)
c) The Man Who Would Be King(4:22)
d) It's Alright (5:52)

FORMATION :

Neal Morse

(gutares, claviers...)

Nick D'Virgilio

(batterie [sauf 1])

Glenn Caruba

(percussions [8])

Chris Carmichael

(cordes [7,8])

NEAL MORSE

"Neal Morse"

États-Unis - 1999

Ear Candy - 55:45

 

 

Découvrir un album solo du leader de Spock's Beard laisse d'abord dubitatif, voire inquiet. Dubitatif, car l'on se demande bien de prime abord ce que Neal Morse, compositeur et instrumentiste omnipotent de son groupe, ne pourrait exprimer qu'en solitaire. Inquiet ensuite, en tant qu'amateur de rock progressif, car l'on craint un peu de voir notre homme se laisser aller dans ce contexte à ses velléités les plus commerciales.

En écoutant l'album pour la première fois, on est plutôt surpris de constater qu'il n'y a apparemment pas de grande différence entre celui-ci et un opus de Spock's Beard, en particulier le dernier en date. Certes, la dimension progressive de la musique, déjà atténuée sur Day For Night, l'est encore plus ici. Mais elle est loin d'être absente, puisqu'aux sept chansons de facture relativement conventionnelle qu'il nous propose (de 3:13 à 5:27) vient s'ajouter une longue suite en quatre parties, dont la première en particulier (9 minutes à elle seule) est tout ce qu'il y a de plus progressif.

Mais cette similitude n'est en fait que superficielle. En décidant d'assurer lui-même l'essentiel de l'instrumentation, Neal Morse ne pouvait guère s'éloigner de l'univers sonore de Spock's Beard étant donné qu'il y tient déjà plusieurs rôles : au chant et aux claviers et guitares viennent simplement s'ajouter la basse et, sur le premier morceau, la batterie. Ce dernier instrument, visiblement celui qu'il maîtrise le moins, il a eu la sagesse d'en laisser la responsabilité à son fidèle complice Nick D'Virgilio (qui officie également aux chœurs). D'un point de vue formel il était par conséquent inévitable de se trouver en terrain familier.

En fait, la spécificité de Neal Morse est résumée dans son titre, ou plus exactement dans son absence de titre. Il s'agit en effet d'une œuvre visiblement plus personnelle, où celui-ci a souhaité se retrouver face à lui-même, afin de laisser s'exprimer des facettes de sa personnalité que sa pudeur lui interdirait d'imposer à son groupe. Les textes, tour à tour autobiographiques et introspectifs, brossent un autoportrait sans fard, qui révèle une personnalité d'écorché vif ressentant le besoin d'exorciser par la musique ses blessures passées et présentes.

Egocentrique, cet album l'est donc assurément, mais l'absence totale de complaisance de Neal Morse à l'égard de sa propre personne lui permet de développer un propos plus universel. Ceux qui ne voudront ou ne pourront (la barrière de la langue, encore elle...) accéder à cette dimension, avant tout littéraire, de son œuvre, pourront estimer à juste titre que l'ambition musicale n'est pas toujours assez au rendez-vous. Mais il semble que les sentiments que Morse a souhaité exprimer ici n'appellent pas nécessairement un propos instrumental complexe, au contraire même.

Inutile de préciser, toutefois, que Neal Morse n'a visiblement pas encore décidé de dire adieu à notre genre de prédilection. Son très attendu album en collaboration avec Roine Stolt, Mike Portnoy et Pete Trewavas devrait bientôt nous le prouver. Et en attendant, les 23 minutes de «A Whole 'Nother Trip», étonnamment plus progressives que quoi que ce soit sur Day For Night, présentées par Morse comme en clin-d'œil en direction de Spock's Beard à l'attention de ceux qui découvriraient le présent album sans connaître les autres activités de son auteur. Souhaitons qu'ils soient nombreux !

On ne pourra s'empêcher, pour finir, de saluer en Neal Morse la preuve vivante que le 'multi-instrumentisme' n'est pas forcément un pis-aller : tout est une affaire de compétence et de goût. Des qualités que notre homme possède manifestement en abondance. Cet apparté solitaire ne fait que confirmer une nouvelle fois un talent hors du commun, qui a encore beaucoup à offrir à la scène progressive... avec ou sans Spock's Beard !

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°32 - Octobre 1999)