
PISTES :
1. Ouverture
2. Cats
3. The Stack
4. Don't Sleep part 1
5. Who We Are
6. Farewell
7. Fly Away
8. Don't Sleep part 2
9. Hold Out Your Hand
10. Island
11. Fairy Tales
12. Negative Zone
FORMATION :
Cédric Cartaut
(guitare, chant)
Manuel Santiago
(guitare, claviers, chant)
Bruno Ramousse
(basse, chant, flûte)
Fabrice Dimondo
(batterie)
NEGATIVE ZONE
"Negative Zone"
France - 2005
Muséa - 64:34
Au vu de l’esthétique ténébreuse du livret de ce premier album, comme du patronyme vaguement inquiétant choisi par cette nouvelle formation française (pas totalement inconnue d’ailleurs, puisque deux de ses membres, le bassiste Bruno Ramousse et le batteur Fabrice Dimondo, sont issus du groupe Marseillais Eclat, tandis que le guitariste Cédric Cartaut officiait en tant qu’invité sur le deuxième album de Mirage, Tales From The Green Sofa), je dois avouer que je m’attendais à découvrir ici un progressif dense, sombre et torturé, d’inspiration radicalement Crimsonnienne. Dire que j’ai été pris à contre-pied par la musique de Negative Zone est sans doute un peu excessif, car les zones obscures qu’elle explore restent très prégnantes, mais c’est à travers un climat résolument planant et intériorisé que celles-ci sont dépeintes, d’une façon indolente et imperceptiblement hypnotique qui m’a conduit à me repasser l’album de nombreuses fois avant de commencer à en épuiser l’envoûtement.
Pourtant, il semble difficile de décerner à Negative Zone la palme de l’originalité, tant son propos reste globalement prisonnier de références manifestes et envahissantes. A l’instar d’un RPWL, le quatuor français peut être rangé sans conteste parmi les disciples du Floyd les plus révérencieux. Mais là où la formation allemande sus-citée s’inspire de la période la plus pop et la plus accessible de cette icône psychédélique britannique, dans la droite ligne de l’évolution entamée au cours des années 80, Negative Zone a choisi de nous offrir une synthèse de ce que Pink Floyd a pu produire de meilleur durant la première moitié de sa carrière discographique, autrement dit de Piper... à Animals, avec un détour appuyé sur Meddle. A tel point que les quelques digressions vers des rivages plus loufoques ou tourmentés (mais non moins circonscrits…), comme le très Crimsonnien «Who We Are», ou encore «Cats», clin d’œil à la B.O. du Phantom Of Paradise de De Palma, paraissent assez marginales.
A vrai dire, rares sont les passages de l’album que l’on ne croirait samplés sur un titre du Floyd issu de son âge d’or, l’ensemble de ces emprunts se percutant et s’entremêlant au sein d’un melting-pot pour le moins exclusif, focalisé sur une œuvre certes singulière mais déjà maintes fois revisitée. Depuis les accompagnements de guitare acoustique évoquant la face A d’Atom Heart Mother, les glissandos de slide guitare ou autres effets sonores calqués sur Meddle, en passant par la section instrumentale de «Don’t Sleep part 1» qui ressemble à s’y méprendre à une superposition d’«Echoes» avec les arabesques synthétiques d’«Any Colours You Like», jusqu’aux accords nerveux de guitare électrique sur «Hold Out Your Hand», tout droit sortis d’Animals, c’est à une relecture presque impressionniste de l’œuvre du Floyd que Negative Zone nous convie, sous forme de petites citations grappillées au hasard de son écoute. Le chant lui-même, plutôt correct malgré un petit accent français plus ou moins prononcé selon les titres (surtout sur «Fairy Tales»), parvient à reproduire ce froid détachement si indissociable de la musique de qui vous savez.
Comme je le disais en introduction, l’effet de séduction est immédiat, Negative Zone parvenant bien souvent à restituer une magie comparable à celle du Floyd, en dépit d’accroches mélodiques tout de même moins inspirées que celles de son illustre modèle. Mais malgré tout le talent dont témoigne cette entreprise, et le respect que je voue aux formations affichant fièrement et ostensiblement leurs influences, le mimétisme est ici poussé si loin que je finis par me demander quel est l’apport distinctif du groupe. Ni hommage clairement revendiqué, ni œuvre suffisamment singulière pour se parer d’un caractère profondément personnel, Negative Zone a sans doute rendu une copie trop scolaire pour susciter autre chose qu’une imparable nostalgie, et finalement l’envie de se repasser encore une fois les originaux. Voilà donc un album attachant, en définitive, mais trop clairement influencé pour ne pas souffrir de la comparaison…
Olivier CRUCHAUDET
Quelques questions à Negative Zone :
Le public progressif connaît déjà certains d’entre-vous à travers le groupe Eclat. Pouvez-vous brièvement vous présenter, et nous dire comment vous vous êtes rencontrés ? Et qui a eu l’idée de créer ce groupe ?
Bruno Ramousse : L'origine du groupe est une réunion entre Cédric Cartaut (guitare, chant), Manu Santiago (guitare, claviers, chant) et moi. Fabrice Dimondo (batterie) nous a rejoint plus tard.
Doit-on considérer Negative Zone comme un groupe à part entière, ou comme un side-project pour certains de ses membres ?
Fabrice Dimondo : Bruno et moi ne jouons plus dans Eclat, Negative Zone est un groupe à part entière de par l'énergie et le temps qu'il nous a demandé, nous travaillons tous sur d'autres projets mais nous espérons bien faire vivre le groupe longtemps.
A l’écoute de ce premier album, on remarque des influences très marquée, en premier lieu Pink Floyd, et dans une moindre mesure King Crimson. A vrai dire, l’ombre du Floyd y est très prégnante. Est-ce une sorte d'hommage délibéré, ou le pur hasard de l'inspiration ?
Cédric Cartaud : Nous avons juste essayé de faire de la bonne musique. Bien sûr nous sommes influencés par ces groupes, comment ne pas l'être, mais c'est surtout l'amour pour le son, la liberté artistique et l'esprit des années 70 qui nous a réunis autour de Negative Zone.
En flânant sur un forum de discussion, il m’a semblé voir votre CD présenté comme un concept-album. Est-ce le cas, et si oui, quel en est le thème ?
Bruno Ramousse : Cet album raconte sa propre histoire. Nous nous sommes inspirés de sa création pendant que nous le composions. il parle donc de lui-même, du processus qui l'a mis à jour.
Avez-vous d’autres projets discographiques, et si oui, comptez-vous y prolonger la même démarche ou expérimenter d'autres horizons ?
Manuel Santiago : Nous travaillons ensemble sur d'autres projets, mais Negative Zone est notre espace de recherche, d'expérimentation et de totale liberté, le seul but est d'être sincère. Alors qui peut savoir... ?
Des concerts sont-ils envisagés ?
Fabrice Dimondo : Nous y travaillons, des choses sont en vue, mais il est encore un peu tôt pour en parler.
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°59 - Octobre 2005)

