
PISTES :
1. Douce Mort (16:26)
2. Ici, Maintenant (6:27)
3. Miroirs (6:44)
4. Si (8:00)
5. Apprentis Sorciers (20:05)
FORMATION :
Jean-Pierre Louveton
(guitare, chant)
Guillaume Fontaine
(claviers, chant)
Jean Baptiste Itier
(batterie, chant)
Lionel B. Guichard
(basse, chant)
NEMO
"Si Partie 1"
France - 2006
Quadrifonic - 57:44
En à peine cinq ans, Nemo a réussi à s'imposer comme un groupe incontournable du paysage progressif français. Si Partie 1 est déjà leur quatrième album studio, et s'inscrit comme une pierre supplémentaire sur ce chemin pavé qu'arpente le groupe vers le Graal de la reconnaissance pleine et entière. Car on retrouve sur ce nouveau disque tous les ingrédients qui ont fait la force du groupe, un cran au-dessus. Cinq compositions sont au menu, dont deux épiques, qui abordent à travers des textes un brin ampoulés des thèmes toujours d'actualité de nos sociétés contemporaines, la manipulation génétique post mortem («Douce Mort»), la mort comme moteur de la vie et l'espoir de l'immortalité malgré tout («Ici, maintenant» et le titre éponyme, évocateur du «Réveille-toi» de Ange), la difficulté à voir la véritable apparence des gens («Miroirs»), et les dérèglements de la nature impulsés par les inconséquences de l'humanité («Apprentis Sorciers»).
La mise en musique de ces histoires témoigne une fois encore du talent de mélodistes des quatre musiciens, avec comme climax «Douce Mort» et ses seize minutes : introduction instrumentale d'abord délicate, puis à l'électricité parfaitement maîtrisée sur un thème posé et séduisant. S'ensuit un chant de plus en plus présent sur un accompagnement à la gravité subtile, avant une accélération musicale et quelques breaks qui au piano (magnifique interlude en solo), qui à la guitare électrique, puis une ultime partie plus rythmée. Aucun temps mort dans ce premier temps fort, et une assurance vocale de la part de Jean-Pierre Louveton qui se révèle nettement plus convaincante que sur Prélude à la Ruine.
«Ici, Maintenant» commence avec un piano tout en finesse, pour s'électriser là aussi sur un thème mélodique prenant, avec un passage plus aérien de guitare et de piano qui ouvre la voie à une séquence soutenue. C'est d'ailleurs là que les faiblesses vocales commencent à se manifester, aussi bien au niveau du chant principal que des chœurs. On retrouve ces limites ponctuelles de justesse sur le titre éponyme, sorte de comptine qui propose un bien joli solo de guitare sur un accompagnement de synthétiseur particulièrement magnétique. L'entraînant «Miroirs», quand à lui, est assez inspiré de Dream Theater et du hard-prog, avec riffs bien lourds et soli enlevés de claviers et de guitare. Enfin, l'ultime composition, «Apprentis Sorciers», longue de vingt minutes (mais à la fin trop abrupte), affiche des influences plus proches du jazz, piano et basse volubiles en tête, avec une guitare à la sensibilité à fleur de peau, quelques percussions et même un violon synthétique qu'il aurait été certainement appréciable de jouer en authentique et sur davantage de moments du disque.
L'enregistrement rend parfaitement justice à l'ensemble, mettant spécialement en valeur la guitare et les claviers. Héritier du rock progressif théâtral à la Ange et Mona Lisa, Nemo impose ici son style très rock, un peu à la façon du premier Marillion dans les années 80, et réalise quasiment un sans faute : tant de talent mériterait une nouvelle fois de sortir du fond des mers et d'atteindre la surface d'un plus large public...
Jean-Guillaume LANUQUE
(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)

