
PISTES :
1. Prelude (4:45)
2. My Uncle (8:22)
3. Where Am I Going From Here (6:13)
4. Decision (7:01)
5. Fool's Journey (7:53)
6. Anguish (5:42)
7. The Ladder (8:32)
FORMATION :
Ingemar Hjertqvist
(chant)
Per Sundbom
(claviers)
Roine Stolt
(guitares)
Jode Leigh
(batterie, percussions)
Pär Lindh
(claviers)
André Schornoz
(basse)
NEW GROVE PROJECT
"Fool's Journey"
Suède - 1997
Autoprod. - 48:31
Ce CD constitue une proposition ambiguë et risquée : il est en effet évident que la mise en exergue de ses participants les plus prestigieux (et ils le sont : Roine Stolt et Pär Lindh, symboles de l'actuelle excellence de la scène progressive suédoise) est le ressort principal de sa promotion.
Or, ce New Grove Project, se rapprochant de ce point de vue de celui d'Alan Parsons et son comparse Eric Woolfson, est le moyen d'expression de deux artistes qui s'impliquent relativement peu dans l'exécution instrumentale de leurs compositions : Ingemar Hjertqvist n'est crédité qu'au chant, tandis que Per Sundbom se contente de claviers additionnels sur un titre. Le danger est dès lors grand de ne voir dans Fool's Journey qu'un "coup" médiatique (même si ce n'est qu'à l'échelle somme toute modeste du marché progressif).
Pire, on peut craindre que certains, par bêtise ou opportunisme (cela avait été par exemple le cas avec Medicine Man, projet d'un batteur anglais - John Bowman - mais présenté un peu partout comme l'énième avatar de son producteur, Clive Nolan), contribuent à répandre l'idée qu'il s'agit d'une collaboration entre Roine Stolt et Pär Lindh, générant du même coup des attentes qu'il risque fort de ne pas pouvoir satisfaire.
En réalité, au-delà du fait d'être ou non du niveau des œuvres personnelles de ses exécutants, Fool's Journey s'inscrit surtout dans un champ stylistique assez différent. Là où la plupart des formations suédoises reprennent intégralement à leur compte la tradition du rock progressif des années 70, New Grove Project en retient surtout un aspect : l'instrumentation, et en particulier les claviers analogiques. Le fond du discours, lui, lorgne plutôt vers un néo-progressif ambitieux (c'est-à-dire ponctué de séquences instrumentales relativement conséquentes). Guère étonnant finalement si l'on considère que l'écriture de ce concept-album remonte à 1984 (Hjertqvist et Sundbom l'avaient d'ailleurs enregistré à l'époque sous forme de démo, rééditée récemment en CD à tirage très limité).
Comme tout rock néo-progressif qui se respecte (sachant que celui de New Grove Project se respecte plus que la moyenne...), Fool's Journey se décline en compositions marquées par un souci d'accessibilité, tant au niveau des mélodies accrocheuses qu'à celui d'un chant qui en est l'élément prédominant.
Il faut hélas constater qu'Ingemar Hjertqvist n'est pas un chanteur à ce point brillant qu'il puisse se permettre de monopoliser l'attention d'une telle manière sans lasser, fût-ce avec la louable attention de rappeler que les compositions sont les siennes (et celles de Per Sundbom) et non celles de leurs brillants interprètes. Passons sur son accent anglais, correct à défaut d'être totalement crédible : le principal problème est son manque d'expressivité et, surtout, d'impact émotionnel. Reconnaissons-lui toutefois le mérite d'une certaine personnalité qui contribue à homogénéiser l'ensemble.
Evidemment, du côté des instrumentistes, on n'aura que peu de reproches à émettre. Roine Stolt nous régale à maintes reprises de sa guitare gourmande au son plein et légèrement éraillé; Pär Lindh est, comme il se doit, à la tête d'une panoplie de claviers estampillés 'seventies' (orgue, mellotron et moog en tête) dont il use de façon relativement classique, en s'aventurant hélas rarement en solitaire; quant au batteur Jode Leigh, il montre que les vingt ans écoulés depuis le mythique Garden Shed d'England n'ont nullement altéré son jeu à la fois puissant et subtil.
Ces qualités d'ensemble sont évidemment mises particulièrement en valeur sur l'instrumental "Fools Journey" (7:53). Du coup, on regrette l'absence de "Circles", la suite instrumentale de plus de vingt minutes qui était la pièce de résistance de la démo évoquée plus haut. Mais celle-ci, comme expliqué dans l'entretien ci-après, servira finalement de base à un second CD du New Grove Project (avec, vraisemblablement, les mêmes participants).
Fool's Journey a donc beaucoup d'atouts pour séduire une large frange du public progressif. L'accessibilité et la parfaite interprétation de ses sept compositions (de 4:45 à 8:32) compensent effectivement en partie son manque de profondeur, et en font une œuvre consensuelle par excellence.
Avec Zello, New Grove Project est finalement en train d'inventer une sorte de rock néo-progressif à la suédoise...
Aymeric LEROY, avec Christian AUPETIT
Entretien avec Ingemar HJERTQVIST :
Pour commencer, la question que tout le monde doit te poser : comment as-tu réussi à réunir un tel «casting» sur cet album ?
Vous savez, je m'occupe d'une structure de distribution spécialisée dans le rock progressif, More Music, et j'ai été amené à rencontrer pas mal de musiciens de ce style. Je connaissais donc Roine Stolt depuis un certain temps, j'étais en contact avec lui, ainsi que les autres anciens membres de Kaipa, par téléphone. Pär Lindh, je l'ai rencontré au Progfest'94 à Los Angeles ! Quant à Jode Leigh, je ne le connaissais pas avant, mais j'avais son contact et il était au sommet de ma liste. Enfin, Andy Schornoz faisait auparavant partie d'un groupe du nom de Groove Lords. En fait, lorsque j'ai décidé de réactiver le New Grove Project, ils venaient de se séparer et j'ai essayé de monter un groupe avec certains des musiciens, mais ça n'a pas fonctionné.
Sur la démo, tu étais non seulement chanteur, mais également ici instrumentiste. Ici, tu te «contentes» de chanter. Ne te juges-tu pas assez compétent en tant que musicien ?
Ce n'est pas vraiment ça. Chanter et jouer, c'est le même processus pour moi. Pour ce qui est de ma voix, je suis conscient qu'elle est loin d'être parfaite, mais je crois au moins être capable de chanter de diverses façons et exprimer par là des émotions variées. Il n'y a qu'à comparer le refrain de «My Uncle» et le premier couplet plutôt doux de «Decision». Je considère ma voix comme un instrument comme les autres. Le chant est un élément très important, je ne crois pas forcément que les amateurs de prog préfèrent forcément la musique instrumentale. La musique est importante, bien sûr, mais le chant l'est aussi, et celui-ci doit être bon, ou apporter quelque chose de spécial. Si la musique et le chant sont tous deux bons ou inhabituels, alors ça se vend bien. La musique instrumentale est plus difficile à vendre, à moins d'être vraiment excellente. Personnellement, j'aime beaucoup les longs développements instrumentaux...
L'histoire contée par les textes paraît plutôt obscure. Peux-tu nous éclairer sur sa signification ?
Je comprends votre trouble, car il s'agit de la retranscription assez fidèle d'un rêve que fit Per lors de notre séjour à Nylunda, en 1984, pour enregistrer la démo qui est à l'origine de Fool's Joumey. Ce rêve parle d'un certain Arlan, qui se retrouve seul, sans aucun ami, et cherche à échapper à son ennui. Seul son oncle semble y parvenir. Mais qui est cet oncle ? Ne serait-il pas un extra-terrestre ? (rires)... Ou Arlan lui-même ne serait-il pas un extra-terrestre ? Quoi qu'il en soit, il lui faut construire un vaisseau spatial, ce qu'il fait à partir de vieux tonneaux... Tout cela est assez étrange, je l'admets, mais c'est le rêve de Per, tel quel ! Bref, le voyage fou commence... La fin, vous la connaîtrez en écoutant le deuxième album !
Justement, quand doit-on s'attendre à voir sortir «Fool's Journey Part 2» ?
Il ne s'appellera sans doute pas comme cela, mais son écriture est déjà bien avancée. Nous l'enregistrerons si tout va bien en janvier 1998. Cette fois, Per Sundbom tiendra lui-même les claviers, même si la participation d'un second claviériste n'est pas exclue. Ce qui est sûr, c'est que Roine Stolt tiendra à nouveau les parties de guitare. L'album comprendra donc une version ré-arrangée de «Circles», avec un peu de chant, mais toujours à dominante instrumentale. Il y aura vraisemblablement quatre autres titres durant entre huit et douze minutes, tous avec du chant même s'il devrait y en avoir globalement moins...
Petite curiosité personnelle pour finir : comment était l'ambiance des sessions au Crimsonic Studio de Pär Lindh ?
C'était super, évidemment ! Son studio est en pleine nature et, pour un fan de claviers, c'est un vrai paradis : deux mellotrons, trois orgues Hammond, un piano à queue, un clavinet et tout un tas d'autres claviers analogiques ! Fantastique ! Nous avons cependant travaillé très sérieusement, avec discipline, sauf un soir où nous sommes sortis boire un coup au pub voisin - Jode ne pouvait plus tenir !...
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°19 - Mars/Avril 1997)

