BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

Faerie Symphony :

1. The Woods Of (2:13)
2. Fordin Seachrain (1:42)
3. Bean Si (Banshee) (0:20)
4. Little Voices Of The Tarans (1:48)
5. The Fluter (3:00)
6. The Seelie Court (4:28)
7. The Spell Breaks (4:06)
8. The Fairy Song (1:16)
9. Dance Of Daoine Sidhe (pronounced Theena Shee) (3:33)
10. Memories Of Culchulainn (pronounced Coo-hullan) (1:31)
11. Aillen Mac Midna (1:16)
12. The Unseelie Court (bad faeries) (4:50)
13. The Woods Of… (1:54)

14. Sad Sing (2:16)
15. Excerpt from Stonehenge (2:45)
16. Will You Be Mine In the Morning? (2:55)
17. Excerpt From Concierto De Mango in E Major (2:30)
18. Day Of The Percherons (demo) (2:27)
19. The Soujourn To The Dun Of Culann The Smith (6:48)
20. The Courting Of Emer (4:54)
21. Superman (demo) (3:33)
22. Cycle For Moving Dunes (12:40)
23. Titre Bonus : Sad Sing (en Allemand)

FORMATION :

Tom Newman

(guitares acoustique et électrique, synthétiseurs, mellotron, nombreux instruments celtiques et ethniques)

Mike Oldfield

(guitares acoustique et électrique, piano)

Jon Field

(flûte, flageolet, cornemuse)

Tom Nordon

(guitares)

Pete Gibson

(trombone, gong, percussions, batterie)

Neil Innes

(orgue Hammond)

Debbie Hall
Jon Collins
Joe O'Donnell

(violons)

Tina Jones

(chant)

Geoff Westley

(piano)

Geoff's friend George

(tambour)

Willie (from America)

(basse)

Ward Kelly Conover II

(batterie)

TOM NEWMAN

"Faerie Symphony"

Royaume-Uni - 1977

Tempus Fugit - 77:14

 

 

Pour ceux qui n'ont jamais eu la chance de se fondre dans ces intemporelles féeries d'un autre âge, cette réédition n'est ni plus ni moins qu'une bombe à retardement... Vous excuserez cet engouement un peu précipité quand vous serez parvenu au terme de ces 75 minutes d'enchantement 'seventies'. La chronique pourrait s'arrêter là, le pillage des VPCistes commencer ici... Mais attendez d'en savoir un tout petit peu plus !

Tom Newman, irlandais par son père (et ce n'est pas un vain détail) est bien connu des fans de Mike Oldfield, dont il fut le producteur épisodique, de même que pour un certain nombre des poulains du Virgin des débuts (Hatfield and the North, Henry Cow...). Avant cela, il s'était illustré comme chanteur au sein du groupe psychédélique July, qui allait ensuite se métamorphoser en Jade Warrior.

Sa collaboration avec le label de Richard Branson (qui s'interrompra brutalement après une dispute avec ce dernier) lui permettra également de faire ses débuts en solo, avec Fine Old Tom (1974), puis Live At The Argonaut (1975, qui en restera au stade du test-pressing du fait des événements sus-mentionnés), deux albums de chansons excentriques où on le retrouve en bonne compagnie (Mike Oldfield, Jon Field, Fred Frith, Chris Cutler, Lol Coxhill...).

Faerie Symphony fut donc la première réalisation de Newman après qu'il eut quitté Virgin pour créer son propre studio, The Barge. Le jeune label allemand Tempus Fugit nous en propose aujourd'hui le lifting digital, rehaussé de divers titres bonus et d'une nouvelle pochette (qui respecte toutefois l'esprit de l'originale).

Ayant choisi d'œuvrer cette fois dans une veine complexe et orchestrale, Newman a logiquement fait appel à son vieil ami Mike Oldfield, qui tient ici guitares et piano en pointillés. L'instrumentation (à l'image des compositions-tiroirs du grand Mike) est d'une richesse inouïe : on y entend, entre autres, violon, trombone, hautbois, tablas, une multitude de claviers (dont le Mellotron-flûte), cornemuse, tin-whistle, mandoline, cloches, balalaïka... Mais conscient des limites du poly-instrumentiste, Newman a fait appel à divers invités dont le plus notable est Jon Field, flûtiste et âme de Jade Warrior.

Il convient de mettre en exergue la suite «Faerie Symphony» qui, du haut de ses 32 minutes, bouscule l'auditeur vers des contrées musicales diverses et constamment déroutantes. Les percussions classiques sous-tendent une alternance de symphonisme grand teint, d'accalmies salvatrices et d'expérimentations tout à fait inclassables (ni tout à fait jazz, ni tout à fait rock). L'habile construction des séquences fait perdre tout repère, et le romantisme le plus raffiné cède la place à des dissonances vaporeuses aussi rapidement que le folklore irlandais (dont cet album est totalement imprégné) abouti à des ambiances médiévales...

On pense pêle-mêle à Anthony Phillips (celui de Tarka), au Camel de The Snow Goose, au Harmonium d'«Histoire Sans Paroles», et bien sûr au Mike Oldfield le plus inspiré. C'est indéniablement la flûte de Jon Field qui domine les débats en s'adaptant miraculeusement à chaque atmosphère. «Faerie Symphony» est une ascension savante vers la folie, un manège progressif infernal qui finit par conférer à l'abstraction (l'agencement des parties solistes très 'free' qui concluent la suite est hallucinant - on y entend un Mike Oldfield proprement possédé !).

Les neuf autres histoires qui complètent cette réédition sont parfois tout aussi essentielles que «Faerie Symphony», parfois plus anecdotiques. «Sad Sing», «Day Of The Percherons» et «Superman» voient encore la participation d'Oldfield; ces titres courts, chantés ou non, démos ou non, sont le prétexte à des délires typiquement irlandais, proches des collaborations fastueuses Oldfield/Bedford, que ce soit «In Dulci Jubilo» ou «Don Alfonso». «Will You Be Mine In The Morning ?» est également dans cette lignée folk-song alcoolisée. «Excerpt From Stonehenge», «Excerpt From Concerto De Mango in E Major», «The Courting Of Emer» et «The Sonjourn To The Dun Of Culann The Smith» sont des pièces symphoniques à la rythmique inflexible et au celticisme plus mélancolique.

On isolera «Cycle For The Moving Dunes», dont les pratiquement 13 minutes conduisent à un véritable nirvana progressif : c'est un peu comme si l'hypnose du «Devil's Triangle» de King Crimson fusionnait avec la majesté d'un The Enid époque In The Region.... C'est dire le tour de force opéré par Newman !

Tout le charme de Faerie Symphony... réside dans un équilibre sans cesse sur le point d'être rompu : la richesse et la complexité de la musique de Newman n'ont d'égale que l'authenticité de son interprétation : live, brute, comme une subtile imperfection. Une page de l'histoire progressive à (re)découvrir d'urgence...

Olivier DAVENAS

(chronique parue dans Big Bang n°32 - Octobre 1999)