
PISTES :
1. El Despertar (2:23)
2. Condenados (8:06)
3. Mas Alla Del Limite (3:27)
4. Tiempo Sin Razon (6:09)
5. Utopia (2:24)
6. La Espiral (2:48)
7. Signos En El Cielo (10:52)
8. Sueño Infinito (4:51)
9. Detras Del Umbral (9:17)
10. La Procesion Intérior (3:37)
11. Eterno Y Fugaz (10:22)
12. La Batalla (4:17)
13. El Ultimo Ritual (4:51)
FORMATION :
Lalo Huber
(claviers)
Carlos Lucena
(guitares)
Daniel Ianniruberto
(basse)
Luis Nakamura
(batterie)
Mariela Gonzalez
(chant)
NEXUS
"Detras Del Umbral"
Argentine - 1999
Record Runner - 73:28
À force de nous entendre répéter sans cesse la même chose, vous allez finir par penser qu'on ressasse tout le temps les mêmes idées... Vous n'avez pas tout à fait tort, mais que voulez-vous, la richesse du courant progressif est aujourd'hui telle que notre enthousiasme est quasi permanent...
Découvrir par exemple cette nouvelle formation sud-américaine a provoqué en moi un ravissement que je n'avais nullement imaginé avant d'insérer le CD dans ma platine. Un premier album de cette trempe, c'est à dire possédant autant de caractère, ne peut laisser longtemps insensible, et je prends le pari que vous succomberez certainement vous aussi rapidement au charme divin de ces argentins... Ma certitude quant au large pouvoir de séduction de Nexus réside dans le caractère très consensuel de l'album qu'il nous propose. Entendez par 'consensuel', non pas une tendance à présenter une musique docile et prévisible, mais une disposition indéfinissable à la rendre rapidement essentielle...
Ainsi, Detras Del Umbral n'est aucunement une œuvre typique des contrées sud-américaines. Elle n'honore en effet un symphonisme aérien que de façon parcimonieuse, et ne peut en aucun être réduite à cette présentation. Point de clone de Dogma à imaginer ici, même si bien sûr les chiens ne font pas des chats... La tradition latine, qui consiste à nouer des éléments locaux à des emprunts occidentaux, se retrouve bel et bien ici aussi, mais elle se singularise par la vitalité et le dosage de cette mixture.
Les claviers de Lalo Huber, par ailleurs compositeur de l'ensemble de l'album, constituent le fondement de l'art de Nexus. Un peu comme les acariens, on peut dire qu'ils sont partout... Ils s'insinuent en effet dans chacune des compositions, de façon insidieuse parfois (quand il s'agit de soutenir les autres instrumentistes) mais très souvent pour des envolées flamboyantes qui nous renvoient aux plus belles heures du progressif... japonais. La forte présence du Moog et, dans une moindre mesure, de l'orgue Hammond évoque indéniablement quelques claviéristes nippons, au premier rang desquels on place Motoi Sakuraba. Le lien n'est évidemment pas gratuit, tant certains passages de Detras Del Umbral évoquent les fastes de Beyond The Beyond, seconde œuvre en solitaire de l'ancien leader de Déjà-Vu... A la différence bien sûr que le guitariste de Nexus, Carlos Lucena, cherche constamment et avec succès à s'inscrire dans le sillage fédérateur de Lalo Huber...
Cependant, ce qu'il convient peut-être de préciser clairement à propos du présent album, c'est son contenu intraitable : nous sommes en effet exposés à un rock progressif qui ne cherche pas à reproduire des recettes (quelles qu'elles soient d'ailleurs, bonnes ou mauvaises...) mais qui se joue à coups de convictions visiblement et intimement partagées par les musiciens. Le fait que Detras Del Umbral soit enregistré 'live en studio' participe également au naturel et à la spontanéité qui s'en dégage...
Dans la logique de ce progressif entier et exigeant, le chant (en espagnol) de Mariela Gonzalez est rare et plutôt discret, qui plus est clairement utilisé pour introduire les parties strictement musicales. La structure de l'album, consistant à combiner des titres courts souvent totalement instrumentaux (neuf, de 2:23 à 6:09) et des morceaux plus étendus (quatre, de 8:06 à 10:52), est elle aussi très pertinente, au point de créer une formidable marche en avant qui conduit inéluctablement l'auditeur vers un nirvana progressif.
Plus l'album défile, malgré sa durée qui pourrait lasser, plus la sensation d'être confronté à une œuvre importante se fait sentir. Detras Del Umbral peut ainsi être appréhendé comme la naissance d'une formation essentielle, qui - je tiens à le répéter - s'inscrit dans la tradition d'un progressif éclatant et fier de ne se fixer aucune limite... Le CD de ces six derniers mois ?!?...
Olivier PELLETANT
Entretien avec Lalo HUBER :
Peux-tu nous retracer l'historique de Nexus ?
Le groupe est né en 1976, lorsque j'ai fait la connaissance de Carlos Lucena. Nous avions tous deux une quinzaine d'années, et allions au collège à Moron, une grande ville de la province de Buenos Aires. Nous nous sommes rapidement découvert une passion commune pour les grands albums progressifs : Close To The Edge, Pictures At An Exhibition, Relayer, The Lamb Lies Down On Broadway, Tarkus... Très vite nous avons créé Nexus avec Luis Nakamura, un voisin de Carlos. Pendant plusieurs années, nous avons fait tous les concerts que nous pouvions trouver, dans toutes sortes de lieux, de tous petits théâtres à des grandes salles comme l'Obras Sanitarias où des groupes comme ELP, Deep Purple ou Rick Wakeman s'étaient produits... La formation actuelle remonte à 1990, c'est alors que Nexus a vraiment trouvé sa voie.
Votre musique n'est pas vraiment typique de ce qui se fait en Amérique du Sud. L'influence des groupes anglais des années 70 est plus évidente...
C'est tout à fait exact. Cette musique est notre idéal artistique : ELP, Yes, Genesis époque Gabriel, King Crimson... Nous tentons de suivre cette voie, de repousser comme eux les limites et les étiquettes, à la recherche de l'essence de la musique. Concernant la scène progressive sud-américaine, je dois avouer que je la connais assez mal. Mais il y a un groupe qui nous a tous profondément marqués... un groupe d'ici, que nous avons eu la chance de voir sur scène à l'époque et dont les disques n'ont jamais totalement restitué la magie : Crucis...
Vous semblez privilégier la dimension Instrumentale de votre musique...
C'est vrai, mais c'est un aspect qui va certainement changer. Mariela, notre chanteuse, est la dernière à avoir intégré Nexus, et à l'époque de son arrivée, j'avais déjà écrit une grande quantité de musique instrumentale, qui constitue l'essentiel de Detras Del Umbral. Le rôle de Mariela va devenir plus important : toutes nos compositions plus récentes («Detras Del Umbral», «Eternal And Fugacious», et trois titres d'ores et déjà prévus pour le second album) comportent des parties vocales.
Peux-tu nous dire quelques mots sur le concept de l'album ?
C'est l'histoire d'un homme et de son parcours vers l'illumination, la perfection. Un voyage de la matière vers l'esprit, de l'ignorance à la sagesse, de l'enfer au paradis, de la haine à l'amour, de l'ombre à la lumière... Chacun des morceaux correspond à une étape de cette évolution. A un moment donné, le héros atteint un stade qui lui donne accès à un message divin, qui lui donne la clé de l'harmonie universelle. Mais entre-temps il devra mener une terrible bataille intérieure, dont il sortira finalement victorieux. Une victoire spirituelle, pas matérielle. Ce concept n'est pas imaginaire, il est le fruit de longues recherches de ma part dans le domaine des philosophies et religions du monde entier. Nous devons tous nous battre à l'intérieur de nous-mêmes, mais un jour nous nous retrouverons tous à un niveau supérieur d'existence... J'espère que je retrouverai là tous les gens que j'admire - John Lennon et Paul McCartney, Mozart, Bach, Keith Emerson, Peter Gabriel, Chris Squire, Eddie Jobson, Steve Howe et tous les autres... Je vous laisse imaginer la musique que nous ferons ensemble !
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°30 - Mai 1999)

