BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Mirar Hacia El Centro (17:28)
2. Perpetuum Karma (14:56)
3. Del Abismo Al Sol (9:50)
4. Travesía (9:12)
5. Cruces Y Sombras (14:00)
6. En Ese Viento (6:44)

FORMATION :

Luis Nakamura

(batterie, percussions)

Carlos Lucena

(guitares électrique et acoustique, percussions)

Daniel Ianniruberto

(basse)

Lalo Huber

(orgue Hammond, orgue d'église, Mellotron, piano, synthétiseurs, chœurs)

Lito Marcello

(chant)

NEXUS

"Perpetuum Karma"

Argentine - 2007

Record Runner - 72:23

 

 

Sans vouloir faire de vilain raccourci à deux euros (enfin si un peu quand même !), le troisième album des argentins de Nexus fait partie de ces œuvres attendues comme le Messie. Car à l'instar de ce cher Neal Morse, si le discours du groupe est très largement empreint de l'esprit divin, tout comme ce dernier, la musique atteint des sommets de maestria. Et là est bien l'essentiel pour la majorité d'entre nous. Tant qu'un groupe de progressif ne vantera pas les mérites d'une thèse nauséabonde, on peut bien laisser à l'appréciation de chacun (et en l'occurrence aux hispanophones avertis) un contenu textuel somme toute inoffensif.

Rassurons de suite les plus impatients : Perpetuum Karma est de la même trempe que ses deux devanciers, et les amateurs de rock symphonique sont donc une nouvelle fois à la fête. Seul changement notable, le chant n'est plus assuré par une chanteuse seule, mais le plus souvent par une voix masculine avec le renfort d'une seconde voix féminine, toutes les deux très bonnes. Et comme celui-ci est en espagnol et qu'il est plutôt rare, il n'y a aucun souci à se faire. Car au niveau instrumental, le quatuor habituel mené par les claviers tentaculaires de Lalo Huber et la guitare camelo-incandescente de Carlos Lucena fait feu de toutes parts et monopolise bien évidemment toutes les attentions.

En six longues compositions (17, 15, 10, 9, 14 et 7 minutes), le groupe continue sans nous lasser une seconde à offrir des épanchements fantastiques de créativité, que ce soit par les claviers ou la guitare. On pense bien sur aux mêmes références des années 70 (ELP, Genesis, Camel en tête), mais le groupe a un tel talent mélodique qu'il parvient sans peine et très vite à nous faire oublier ce petit jeu lassant des comparaisons. Compte tenu de la longueur des morceaux, les musiciens prennent leur temps pour exposer leurs idées, et les changements de thèmes et les variations de tempo (la recette classique alternant passages vifs et accalmies) sont légions. Le groupe varie aussi ses sonorités, passant de claviers aux sons analogiques (orgue et piano surtout) à des synthés plus modernes, quand la guitare fait de même entre une approche d'un lyrisme qui doit beaucoup à Andy Latimer à une urgence plus énervée.

Tout en reprenant globalement les mêmes recettes que ses deux devanciers, Perpetuum Karma parvient à ne jamais paraître redondant, et à captiver d'un bout à l'autre. Sans doute est-ce là la marque des meilleurs. Il peut paraître curieux de se dire qu'on pourrait presque reproduire d'une chronique à l'autre les mêmes commentaires, pour au final annoncer toujours qu'un album magnifique est entre nos mains. En général, ceux qui se répètent à l'infini ne font pas l'objet de pareilles faveurs. Oui mais voilà, tout le monde ne s'appelle pas Nexus. Tout le monde n'a pas leur sens de l'épopée symphonique, ou de la mise en orbite, à partir de quelques notes, de thèmes mélodiques confinant au sublime.

S'il paraît un peu prématuré d'assurer aujourd'hui la supériorité de Perpetuum Karma sur Metanoia ou Detras Del Umbral, on peut en tout cas sans se tromper affirmer que ce troisième opus studio est une réussite majeure de plus à mettre au crédit de ce formidable groupe argentin. Puissent-ils continuer longtemps à tutoyer le(s) dieu(x) de la sorte...

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)