BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. The Secret Garden (intro) (1:39)
2. Septagone (6:16)
3. Eng Oppen Dir (4:58)
4. Merry-Go-Round (3:30)
5. Orient Express (12:25)
6. The Eternal Spring (3:59)
7. Broken Heart (5:00)
8. Autumn Days (4:15)
9. A Tale Of Mr. Fogg (12:05)
10. Follow The Signs (5:24)
11. De Verstand (piano / vocal) (3:30)

FORMATION :

Patrick Kiefer

(chant, percussions)

Alex Rukavina

(claviers)

Gilles Zeimet

(guitares)

Christian Sonntag

(batterie, percussions)

Dan Pieknik

(basse)

Gilles Loes

(basse [2,7])

NO NAME

"The Secret Garden"

Luxembourg - 1995

Angular Records - 63:13

 

 

Angular Records, branche néo-progressive de Muséa, nous propose aujourd'hui sa seconde réalisation faisant suite à Stories de Ziff (cf. Big Bang n°13). Après l'Allemagne, c'est au tour du Luxembourg d'être mis à l'honneur. No Name est en effet originaire de cette petite nation, qui ne s'est pas beaucoup manifestée jusqu'alors dans le microcosme progressif. The Secret Garden est le deuxième album de ce groupe, qui s'est fait connaître en 1992 avec la parution de Zodiac. Passé malgré tout quelque peu inaperçu (autoproduction oblige), cet album trouve en The Secret Garden un séduisant successeur. En trois ans, No Name a en effet assez nettement progressé, progrès qui lui permettent aujourd'hui de se présenter à nous dans une tenue musicale tout à fait présentable.

Tout label qui se spécialise dans le néo-progressif laisse a priori le public perplexe, dans la mesure où ce genre a souvent tendance à tourner en rond en s'auto-plagiant (la plupart du temps avec un manque de talent rédhibitoire)... Pour l'heure, force est de reconnaître que Angular Records s'en tire relativement bien. Son écurie est ainsi constituée de deux poulains qui, à défaut d'être novateurs (antinomie ?) ou transcendants, n'en sont pas moins tout à fait respectables. Ainsi, No Name nous dévoile son 'jardin secret' où fleurit une élégante musique néo-progressive dominée par les claviers de Alex Rukavina. Rien d'étonnant dans tout cela puisque ce musicien est l'unique compositeur des 11 compositions (de 1:39 à 12:25) de The Secret Garden. Cette formation est en fait un quartette, constitué de Patrick Kiefer (chant et percussion), Gilles Zeimet (guitares), Christian Sonntag (batterie) et bien sûr Alex. La basse est pour sa part tenue par Dan Pieknik (bon appétit!) et Gilles Loes (sur seulement deux titres), qui semblent posséder une place intermédiaire entre les membres à part entière de No Name et les quatre invites (flûte, guitare classique et acoustique, et chœurs); bizarre...

Le présent album, je l'ai dit ne révolutionnera pas le genre. Néanmoins, il parviendra vraisemblablement à séduire ses adeptes les plus exigeants; c'est à dire ceux qui ne veulent faire preuve d'ostracisme à l'égard d'aucune ramification progressive à partir du moment où elle engendre des albums de qualité. Soyons clair : ce n'est pas tant le rock néo-progressif (en tant que tel) qui est critiquable que le manque de talent et d'ambition de la plupart des groupes qui s'en revendiquent... Alors, ôtons nos oeillères et considérons No Name comme un représentant honorable de ce style si souvent (à juste titre, mais souvent pour cette mauvaise raison qu'est 'l'intégrisme') décrié.

The Secret Garden est typiquement le reflet d'un groupe en pleine maturation, ne réussissant que partiellement à exprimer son potentiel et ses idées. Les compositions sont bien sûr diversement intéressantes; on retiendra particulièrement les deux suites ("Orient Express" - 12:25 - et "A Tale Of Mr Fogg" - 12:05 -, qui rendent hommage à Agatha Christie et à Jules Verne) qui permettent à leur auteur de s'émanciper totalement des parties vocales par lesquelles souvent le mal arrive... Ici, le chant est néanmoins tout à fait supportable et ne s'avère aucunement une source légitime de rejet. Le souci mélodique est constant et a l'heureuse idée de se lier très souvent à un raffinement formel. L'écoute de l'album, bien que certains morceaux soient un peu mièvres, est donc globalement plaisante.

La maladresse à ne pas commettre serait de réclamer à ces luxembourgeois plus qu'ils ne sont capables de nous offrir à l'heure actuelle... Car plus que des révélations, ce sont davantage des promesses que nous fait aujourd'hui No Name. Souhaitons simplement qu'il sache les tenir...

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°14 - Hiver 1995-96)