BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Arrival (1:54)
2. Neurosaur (5:22)
3. No Cross To Carry (5:44)
4. Threshold (8:10)
5. Neuro Boogie (5:42)
6. Trantor Station (5:28)
7. Waltz Of The Biots (11:12)
a) Particle Storm
b) Cocktails in the Vestibule
c) Grand Ballroom
8. Critical Mass (7:43)
a) Leviathan
b) Anthem
c) Republic
d) Foundation
e) Leviathan Reprise

FORMATION :

Erik Norlander

(claviers)

Greg Ellis

(batterie)

Don Schiff

(basse)

ERIK NORLANDER

"Threshold"

États-Unis - 1997

Kinesis - 51:37

 

 

Quand un claviériste publie une œuvre solitaire, il y a toutes les chances que ladite œuvre appartienne à l'une des catégories musicales suivantes : new-age ou envolées complexes et rugissantes à la ELP. Si je précise de plus que le présent CD comporte une préface de Keith Emerson, vous allez penser que Threshold intègre logiquement le second des genres évoqués plus haut... Eh bien non (pas plus que le premier d'ailleurs) ! Les ficelles de cette annonce sont certes un peu grosses, mais il est surprenant qu'un artiste affichant une telle admiration propose une musique aussi éloignée de celle de son mentor...

Mais commençons par le début. Erik Norlander est le leader-claviériste de Rocket Scientists, formation américaine, auteur de deux albums dont seul le second (Brutal Architecture) s'apparente au style progressif, et de superbe manière qui plus est...

Bien évidemment, les huit présentes compositions (de 154 à 11:12) sont dévouées aux claviers, seuls instruments solistes recensés ici... Néanmoins, elles parviennent avec un rare brio à repousser les limites intrinsèques à ce type d'exclusivité instrumentale. Un symphonisme altier parcourt cette musique avec constance pour nous proposer de somptueuses atmosphères, aussi changeantes que la pigmentation épidermique d'un caméléon. Pas ou peu d'éructations d'orgue Hammond sont à dénombrer ici, comme il était logique de le penser a priori. La musique d'Erik Norlander ne ressemble donc que très très peu à celle de certains de ses contemporains, japonais notamment comme Ars Nova ou Gerard...

En fait, la suavité, initiée notamment par les sonorités très chaleureuses du Moog, habite chaque parcelle de ce rock progressif orchestral et constamment mélodique. Car de rock, il s'agit bien du fait de la présence d'une véritable section rythmique. Cette dernière bâtit l'ossature de l'ensemble des compositions pour que les développements exclusivement instrumentaux viennent s'épancher en toute quiétude. La musique de Threshold a donc du corps, ce qui lui ôte tout côté rébarbatif et lui permet d'offrir des ambiances en constant renouvellement...

Le talent mélodique de Norlander nous permet ensuite de découvrir des paysages éblouissants, charmeurs ou remplis de ferveur. Cette grande variété est indéniablement la base de la réussite de cet album qui renvoie parfois (sans l'égaler, mais la perfection est difficilement égalable...) à Motoi Sakuraba, notamment aux splendeurs qu'il nous a offert avec Beyond The Beyond. On pense également parfois aux œuvres en solitaire de Lito Vitale (claviériste du groupe argentin Mia), pour certaines couleurs latines et à Tribute pour l'évocation d'étendues enneigées empreintes de pureté. Constat bizarre que ceux-ci, mais il semble que Norlander soit un adepte du cosmopolitisme progressif et que ses sources inspiratrices soient dénuées de frontières...

Une forte personnalité affublée d'une sacrée ouverture d'esprit, voilà donc les ingrédients d'une réussite artistique aussi insoupçonnée qu'enthousiasmante !

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°21 - Juillet/Août 1997)