BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Nihil pochette

PISTES :

1. Glass Spirit (5:27)
2. Traveller's Rest (6:21)
3. Night's Grace (1:49)
4. Summer Bled (7:26)
5. Close (1:25)
6. The Sunclad (5:09)
7. Peregrina Sublime (9:34)

FORMATION :

Patrick Schaad

(chant)

Maria D'Alessandro

(chant)

Christoph Steiner

(batterie, percussions)

Christine Schüpbach-Käser

(violon)

Anouk Hiedl

(flûte)

Rebecca Hagmann

(violoncelle)

Fredy Schnyder

("tout le reste")

NUCLEUS TORN

"Nihil"

Suisse - 2006

Autoprod. - 37:11

 

 

D'emblée, ce nouveau venu sur la scène progressive se distingue par un packaging pour le moins original, un moyen peut-être de contrer le piratage abusif, très en vogue actuellement : une enveloppe noire qui contient une boîte cartonnée plus large qu'un boîtier de DVD, sans aucune inscription et qui, lorsqu'elle est dépliée, propose le dessin d'un paysage sauvage aux teintes noirâtres du plus bel effet; les paroles et la composition du groupe sont d'ailleurs directement inscrites à l'intérieur de ce digipack cartonné. Derrière le groupe, justement, on retrouve un artiste déjà connu du milieu pour s'être distingué au sein de Thonk et de New Grove Project, à savoir Fredy Schnyder. A ses côtés, Maria D'Alessandro et Patrick Schaad au chant (jamais ensemble, malheureusement), Anouk Hiedl à la flûte, Rebecca Hagmann au violoncelle, Christine Schüpbach-Küser au violon et Christoph Steiner à la batterie.

Avec cette instrumentation plutôt dépouillée, Nucleus Torn nous emmène vers des contrées tristes et mélancoliques, sans pour autant générer de l'ennui du fait de morceaux relativement variés. Deux d'entre eux, inférieurs à deux minutes, proposent l'un une belle et sensible partition de piano par Fredy Schnyder («Night's Grace»), l'autre un chant a capella très médiéval de Maria D'Alessandro («Close»). On retrouve d'ailleurs cette très bonne interprète pour l'introductif «Glass Spirit», un titre mélodique particulièrement agréable, aux sonorités très folk, voire celtiques, qui évoque la démarche d'un Blackmore's Night, voire d'un Alan Stivell. «The Sunclad», autre titre au chant féminin, est tout aussi doux, bucolique même, avec des arrangements très classisants (piano, violon, violoncelle, flûte).

Mais les compositions les plus longues sont des chansons au tempo moyen qui, avec les cordes et la guitare électrique, alternent explosions sonores presque oppressantes (le chant virant quasiment au cri) et passages plus sobres, épurés, dominés par les instruments acoustiques, qui occasionnellement deviennent parfois saturés (la fin de «Summer Bled»). Les neuf minutes très intenses de «Peregrina Sublime» en sont le meilleur exemple, même si «Traveller's Rest» est plus convaincant, et on pense à certains groupes Scandinaves qui ne se sont jamais remis des premiers albums de King Crimson, Anekdoten en premier lieu. Le seul bémol de ces titres «gothique prog» réside dans le chant de Patrick Schaad, fort peu chaleureux et surtout loin d'être toujours dans le ton, ce qui gâche une bonne partie de l'album... La démarche s'avère intéressante, mais encore perfectible donc, d'autant que la durée du disque est étonnamment courte. Nul doute néanmoins que Nucleus Torn saura rapidement trouver un public d'amateurs.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)