BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

False Memory Archive pochette

PISTES :

1. We, The Drowned (5:24)
2. Claire De Lune (7:16)
3. False Memory Archive (4:47)
4. Lost Causes (8:30)
5. Intermezzo (1:42)
6. The Lights (10:34)
7. These Are The Stars We're Aiming For (4:19)
8. Transparent Eyes (4:59)
9. Psalm 51 (7:25)

FORMATION :

Simen Valldal Johannessen

(chant, piano, claviers)

Øystein Sootholtet

(basse, guitares, banjo, claviers, programmation)

Sigbjørn Reiakvam

(batterie, percussions, claviers, programmation)

INVITÉS

Stephan Hvinden
(guitare)

Ole Michael Bjørndal
(guitares [1,6])

Bjorn Riis
(guitare [4])

Steinar Refsdal
(saxophone)

OAK

"False Memory Archive"

Norvège - 2018

Karisma Records - 54:50

 

 

Dans la famille du chêne, voici le groupe norvégien basé à la périphérie d'Oslo. Rien à voir donc, ni avec le groupe folk typically British des années 70, ni avec les métalleux hardcore suédois, ni avec le combo de stoner londonien (et je suis certain qu'il serait possible de trouver encore un paquet de groupes avec ce patronyme). Mais passons. Nos quatre Norvégiens ont créé Oak en 2013 et sorti illico leur premier album, Lighthouse. Réalisé en version numérique, l'album a bénéficié de quelques CD promotionnels et a attiré l'attention, permettant au groupe de se produire avec ses compatriotes d'Airbag et de jouer également sur scène avec Bjørn Riis. Un tel départ leur a permis de signer avec l'excellent label Karisma pour produire leur second opus, False Memory Archive.

Né comme un duo, le groupe est officiellement un trio, mais bénéficie, sur disque comme sur scène, de la présence du guitariste Ole Michael Bjørndal (ici titres 1 et 6) - ainsi que celles de Bjørn Riis (titre 4), du guitariste Stephan Hvinden et du saxophoniste Steinar Refsdal sur le présent opus. Oak pourrait être rangé dans le genre crossover prog car les influences y sont variées (pop, folk, électro ou post-rock sont autant présents que le progressif). On pourrait également plus simplement parler d'art rock... De fait, le groupe ne tend jamais à la démonstration mais insiste plutôt sur la qualité des compositions, le travail des sons, et la superbe voix chaude et envoûtante de Simen Valldal Johannessen (également aux claviers et piano) - concurrent direct de son compatriote Einar Solberg (Leprous). Cela pourrait également amener à comparer le groupe à The Pineapple Thief, par exemple. False Memory Archive propose neuf titres allant de quatre à plus de dix minutes - on sortira de ce décompte le court instrumental (1:42) et très classique _Intermezzo_ qui sert de transition et d'introduction à la pièce la plus longue de l'album, "The Lights", ses 10:33 et une ambiance qui me rappelle, par moments, les Hongrois d'After Crying. Ce que l'on ressent, par exemple sur ce titre, c'est le travail effectué sur le son, à commencer celui de la rythmique de Sigbjørn Reiakvam (percussions, programmation, claviers) et Øystein Sootholtet (basse, guitares, claviers programmations). Si le traitement est parfois électronique - sur l'intro de "We, The Drowned" également -, la sonorité n'hésite pas à aller flirter avec le jazz, ce qui ajoute à la qualité de la composition. On a par exemple un fabuleux travail de clappements de mains ainsi que des choeurs finement ciselés. Néanmoins, dans son ensemble False Memory Archive est plus sombre que Lighthouse, mélancolique même.

Atmosphérique, la musique sait aussi l'être, comme avec ce "Claire De Lune" au titre étrange et au riff de départ proche de celui du "Set The Controls For The Heart Of The Sun" du Pink Floyd. Le morceau titre est quant à lui plutôt dans la veine de leurs compatriotes de Gazpacho (les battements de main renforçant le côté ibère de la chose). "Lost Causes" est bien entendu renforcé par la guitare subtile de Bjørn Riis ainsi que par les magistrales interventions du saxophone de Steinar Refsdal, mais c'est peut-être surtout la voix de Simen Valldal Johannessen qui impressionne, allant chercher au plus grave de ses possibilités pour ensuite en développer toutes les qualités musicales et jazzy - à l'instar d'un Mark Hollis (Talk Talk)  ou d'un Black (le regretté Colin Vearncombe)... Si la suite de l'album reste quand même un peu dans le même registre, c'est à mon sens véritablement ce "Lost Causes" qui constitue la pépite de cet album.

False Memory Archive est magnifiquement arrangé et produit. Avec du bon matériel d'audiophile impénitent et dans des conditions de relâchement et de concentration mêlés, il sera possible d'en apprécier toutes les subtilités. Écueil du deuxième album magnifiquement surmonté, donc, pour un Oak qui devra néanmoins continuer de creuser son sillon pour trouver une place vraiment originale dans le monde du progressif nordique...

Henri VAUGRAND

(chronique parue dans Big Bang n°104 - Novembre 2018)