
PISTES :
1. Lupus In Fabula (5:22)
2. Field Of Mars (2:54)
3. Bigas (7:46)
4. Sacrifice (4:45)
5. Vestals (4:19)
6. Head Of The Winner (7:17)
7. End: On A Lance (4:54)
8. Reliqua Tempora (3:43)
9. Minus Nihilo (4:49)
10. Hydra (3:59)
FORMATION :
Victor Rodriguez
(claviers)
Txema Fernandes
(batterie)
Amanda Pazos
(basse)
Angel Ontalva
(guitare)
OCTOBER EQUUS
"October Equus"
Espagne - 2006
MaRaCash - 49:48
Dernier né de la scène ibérique, October Equus a fait une entrée remarquée dans le petit monde du progressif d'avant-garde. A peine quelques mois après sa sortie, son premier album homonyme (après une démo dont tous les titres sont ici repris) a été chaudement applaudi par l'ensemble de la critique internationale.
A l'instar de Difficil Equilibrio (dont nous vous reparlerons dans notre prochain numéro), ce quartette instrumental (claviers, guitare, basse, batterie) n'est en rien typique de ce que produit habituellement ses autres compatriotes. Loin des envolées lyriques et symphoniques, sa musique compacte et acérée prendrait plutôt l'auditeur à rebrousse poil. Ce n'est pas sans raison que le groupe se réclame de certains compositeurs du siècle dernier (Stravinsky, Bartok), du jazz et du prog le plus audacieux (Zappa, Crimson, VDGG et la scène RIO). Comme on peut s'y attendre les morceaux sont complexes, ambitieux, dissonants comme il le faut et riches en harmonies bien sordides (essayez de me trouver un accord majeur, ou même mineur, là dedans, pour voir). De la même manière, les rythmes sont tendus et commettent volontairement de nombreux impairs.
Sombre, froid et oppressant, cet album l'est indiscutablement et, quelque part, c'est une de ses forces. Toutefois, il ne s'agit pas d'une froideur clinique et cynique, comme on peut l'entendre chez certains groupes où la virtuosité l'emporte sur le fond. Dans notre cas, les musiciens mettent leur savoir faire déjà impressionnant au service de l'émotion, une émotion pas très joyeuse il est vrai. L'interprétation est vivante et vivace, et les structures ne sont pas suffisamment tarabiscotées pour empêcher l'auditeur d'être captivé de part en part sans jamais lâcher prise.
Il est alors fort triste qu'un élément technique vienne relativiser mon enthousiasme. Sans pouvoir dire s'il s'agit là d'un parti pris esthétique ou bien d'une réelle déficience technique, je dois admettre que le son de cet album a été un frein à mon adhésion inconditionnelle. Séduit par les compositions, mes ardeurs étaient refroidies par les interventions de guitare. Ce n'est pas tant le jeu du musicien qui est à remettre en cause, au contraire celui-ci fait un travail admirable, aussi bien en accompagnement (assez frippien) qu'en premier plan. Seulement la façon dont i! fait saturer ses six cordes me paraît assez contestable. Certainement branchée en directe (sans passer par un ampli et un micro), elle sonne aigrelette, creuse, et manque singulièrement de chaleur et de discernement. Un peu moins maladroits, les claviers pourtant vintages (orgue, mellotron, clavinet etc.) pèchent de ce qu'il faudrait de rondeur pour rééquilibrer le mix dans le bon sens.
Dommage, c'est vraiment très dommage... Surtout que les autres composantes sont parfaitement cohérentes et maîtrisées. October Equus atteint même un niveau rare pour un premier album. A mon avis, il pourrait très bien soutenir la comparaison avec l'Änglagård anguleux et rêche d'Epilog, ou avec A Triggering Myth pour son côté synthétique et résolument moderne; sans toutefois parvenir à les égaler, essentiellement par manque de plénitude et de variété stylistique. Vous l'avez compris, ce groupe possède de très solides atouts et un potentiel certain. Quand on apprend qu'il n'avait que deux années d'existence quand il a enregistré ce disque (premier trimestre 2005), on veut bien lui pardonner ses quelques défauts de jeunesse, finalement accessoires, et croire en sa marge de progression, bien réelle. Reste hélas un dernier problème à régler, et non des moindres : remplacer le batteur et le claviériste démissionnaires depuis. Espérons que les deux rescapés mettront autant d'acharnement pour trouver les perles rares qu'ils mettent dans leur œuvre.
Olivier VIBERT
(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)

